‹ À travers la forêt brésilienneChapitre 21 sur 71 · DON ANDRÈS PROTÉGÉ DE DIEU OU DU DIABLE · texte numérisé non relu

DON ANDRÈS PROTÉGÉ DE DIEU OU DU DIABLE

Quelques pans de rocher et les falaises sourcilleuses des tayinbés interrompaient également, de loin en loin, la surface légèrement ondulée de l'immense forêt, dont les plans les plus reculés se teintaient d'un vert bleuâtre et finissaient par se confondre complètement avec l'horizon.

Flottant dans le ciel, de grands nuages, emportés lentement par le vent, promenaient irrégulièrement sur ces houles de verdure, des taches d'ombre mouvantes. Par endroits, l'éclatante lumière du soleil, frappait obliquement le sommet des collines; ainsi éclairé, le feuillage miroitait et semblait alors s'allumer, flamboyer et lancer vers le ciel, tel un énorme brasier, de pétillantes gerbes d'étincelles.

Nous nous trouvions là, élevés à plus de mille mètres d'altitude. La température y était douce et fort supportable malgré la saison. Mais, sous ces latitudes, le soleil devient singulièrement piquant; aussi éprouvai-je une vive satisfaction quand j'appris qu'une fois sortis de ces prairies dénudées, nous retrouverions l'ombre protectrice des grands pins, et celle, plus transparente, des bambous, dont les légers berceaux protègent le voyageur contre les ardeurs du soleil.

A un endroit où la route côtoyait un taymbé, je vis soudain courir devant nous deux belles perdrix presque de la taille d'une poule.

C'étaient des tinamous à ailes rousses. Ces grandes perdrix sont assez communes dans les savanes et les prairies marécageuses de l'Amérique du Sud. On trouve au Brésil plusieurs variétés de ces gallinacés, fort estimables, les unes comme les autres, au point de vue gastronomique.

Je mis rapidement pied à terre, et arrivai silencieusement sur les deux oiseaux qui s'étaient blottis sous les touffes d'herbe. Ils partirent avec fracas dans mes pieds même, et prirent leur vol au-dessus du tayjnbé, dans les profondeurs duquel, d'un doublé heureux, je les culbutai aisément, l'un après

l'autre. Les tinamous s'enfoncèrent comme des pierres dans le gouffre de verdure qui s'ouvrait devant nous, et, ne comptant pas un moment les revoir, je regrettais presque ma poudre et mon plomb. Mais le jeune garçon du capitaine, qui avait suivi la scène avec autant d'intérêt que son maître, se mit à descendre sans hésiter dans le ravin. S'accrochant tantôt aux anfractuosités de la pierre, et tantôt s'aidant des arêtes des rochers et des lianes pendantes, il gagna par ce chemin accidenté et périlleux le bas de la falaise

Un quart d'heure après il reparaissait sur le plateau tenant à la main les deux tinamous qu'il était allé quérir si hardiment. Je ne sais ce qu'il faut admirer davantage?... La merveilleuse adresse et Taudace à affronter les périls d'une descente aussi risquée^ ou les talents d'observation qui avaient permis à ce jeune homme de retrouver ces deux pièces de gibier au milieu d'un fourré dont l'épaisseur n'eût pas permis de voir un bœuf à dix pas. *

Entre temps le capitaine avait apprécié le coup en jconnaisseur : « C'est bien tiré, s'écria-t-il, et je ne sais dans tout le pa5^s que don iVndrès pour en faire autant. »

Décidément Rathbaum avait raison : mon compatriote était l'homme par qui juraient tous ces bons montagnards !

Pl. II.

Duucan L. Waudi'i.

LE NID D AIGLE d'iIN VIEUX GUERILLERO

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