III
être reconstituerait-il ainsi avec le temps une partie de la fortune engloutie dans les guerres civiles ? Ses enfants en bénéficieraient.
Lors de notre première visite j'éprouvai la plus agréable surprise quand je vis venir à notre rencontre un charmant vieillard. Grâce à la vie simple et austère qu'il menait en son ermitage, il avait conservé toute la fraîcheur et la vigueur de la jeunesse. Aucune recherche dans sa tenue. Habillé d'un simple vêtement de cotonnade blanche et coiffé d'un grand chapeau de fine paille de palmier, le propriétaire de cette petite principauté déchue, n'afl^ectait pas « de porter au dehors ses élégances ». Mais tout son extérieur dénotait ses qualités intimes ; sa belle tête blanche, sa barbe soyeuse, qui lui descendait sur la poitrine comme une lame d'argent, ses grands yeux clairs, vifs et parlants, où se reflétait une âme douée d'une sereine énergie, tout en lui inspirait la confiance et commandait le respect. Ses traits présentaient une délicatesse presque féminine, mais son teint bronzé laissait aisément deviner que sous l'épiderme doré par l'air vif et les chaudes caresses du soleil, courait encore un sang ardent et Qfénéreux.
Rien de séduisant à l'égal de son aspect extérieur ; mais sa distinction lui venait surtout de son maintien et d'un air de simplicité affable et parfaite, répandu sur toute sa personne. Vêtu d'un sac de grosse toile, comme en portent au Brésil les travailleurs de la forêt, il n'en eût pas moins laissé deviner le gentleman avec son esprit cultivé et ses goûts affinés que n'aurait pu dissimuler cette bourre grossière.
L'impression favorable ressentie à première vue ne fit qu'augmenter par la suite; chaque jour j'étais mieux à même d'apprécier l'excellente bonté de son cœur et l'élévation de ses sentiments.
Tout en lui révélait le véritable grand seigneur, instruit et lettré, dont la haute intelligence se parait de toutes les grâces
AU rOND D'UN VIEUX MANOIJÎ DU BRÉSIL.
attrayantes et subtiles de la formation latine. Le baron nous reçut tout d'abord avec la plus cordiale amabilité. A peine lui eus-je été présenté, qu'il m'adressa la parole dans un français impeccable ; personne n'eût été surpris d'entendre le même sur les grands boulevards de Paris, mais au fond de ces solitudes, sur des lèvres étrangères et si loin de ma patrie, il me valut l'effet d'une musique délicieuse.
Nous nous liâmes rapidement d'un agréable commerce d'amitié, qui devint chaque jour plus étroit, à mesure que nous connaissant davantage, la confiance devenait entre nous plus intime et plus expansive.
Don Andrès, retenu par les soins de son exploitation, ne pouvait être toujours des nôtres, mais il me laissait entièrement libre de mes allées et venues, estimant que c'est là un des devoirs de l'hospitalité.
Cédant à leurs instances pressantes, je pris bientôt l'habitude de me rendre seul chez nos aimables voisins. Bientôt il advint que je passai des journées entières et, quelquefois, plusieurs jours de suite à l'hospitalière Fazenda d'Itaboa. Je dois dire que tous les aimables hôtes de céans concertaient leurs efforts pour m.e retenir en leur gracieuse société, le plus longtemps possible.
C'était là une tâche facile. Il y suffisait du recours à une très douce violence, car je goûtais un plaisir sans mélange à cette franche liberté d'une vie sans apparat, dépouillée de toutes les gènes et de toutes les entraves que les conventions sociales et les préoccupations mondaines imposent trop^souvent à nos relations.
Le baron se montrait l'hôte le plus charmant. J'éprouvais une jouissance délicieuse de pouvoir au cours de nos longues causeries, aborder avec simplicité et indépendance d'esprit, les sujets les plus variés de conversation et de discussion ; les objets, nouveaux pour moi, et dont je me voyais entouré, ainsi que nos souvenirs et nos goûts communs, sans cesse les faisaient naître pour la plus grande joie de tous.
^ 113 ^ Wagner, Forêt Brésil. — S
Dans ce cadre paisible de fleurs et de verdure, sous ce ciel de rêve, les heures paresseuses semblaient replier leurs ailes indolentes. Le Temps sévère, lui-même par moment conquis et désarmé, suspendait son vol impitoyable. Si loin de la vieille Europe, les échos des vaines agitations des hommes et de leurs luttes stériles venaient mourir au seuil de ce manoir silencieux, perdu au sein des forêts du Nouveau-Monde comme meurent les vagues de la mer des Antilles sur les plages aux sables d'or, des Iles Heureuses ^
Notre hôte possédait une fort belle bibliothèque dont les nombreux volumes occupaient les rayons en palissandre d'une salle haute et spacieuse. Celle-ci donnait de plain-pied, par de larges portes-fenêtres, sur des parterres enchantés dont la nature avait été presque Tunique jardinier. Les roses, les œillets et les jasmins d'Europe, y mariaient cependant leurs douces et délicates senteurs à la voluptueuse haleine de la flore tropicale.
Cette pièce, fraîche et silencieuse, était devenue la retraite favorite d'un homme qui, après avoir pendant de longues années, guerrier et négociateur, tour à tour, joué un rôle important dans les affaires de son pays, était venu ensevelir au fond des bois les illusions évanouies de ses vastes projets.
Il aurait pu, mieux que Maynard lui-même, après avoir connu plus de luttes, d'espoirs et de souffrances, inscrire audessus de son cabinet d'étude ce quatrain bien connu, qu'en leurs heures mélancoliques, tant de vaincus de la vie se sont plu k répéter :
« Las d'espérer et de me plaindre Des Muses, des Grands et du Sort, C'est ici que j'attends la Mort Sans la désirer ni la craindre. »
Le baron de Itaboa avait longtemps voyagé en Europe. Tout
I. Iles Heureuses, nom que les premiers navigateurs donnèrent aux îles des Nouvelles Indes.
AU FOND D'UN VIEUX MaNO/R DU Blih.S/L.
jeune, ses parents l'avaient envoyé faire son éducation à Paris et en Allemagne. Du Quartier Latin, il gardait, en sa qualité de bon (c escholier » d'antan, d'aimables et joyeuses remembrances; les Universités germaniques lui avaient plutôt laissé un détestable souvenir. Les grossiers plaisirs matériels des étudiants, leurs beuveries interminables et leurs joies bruyantes avaient du, ; en effet, répugner, on le comprend, à la nature fine et aristocratique de cet homme sobre et réservé. Car aucun alcool n'humeetait jamais ses lèvres. L'eau pure, le café et le maté étaient pour apaiser sa soif, ses seules boissons, et si d'aventure il avait l'occasion de vider une coupe de Champagne en compagnie de quelque hôte choyé, visiblement il accomplissait plutôt un rite hospitalier et traditionnel, une sorte de libation riante en honneur des dieux charmants et des grâces légères d'un pays qu'il aimait.
Les concepts d'une science fuligineuse et embroussaillée, et les lourds sophismes de la « Kultur h avaient eu aussi peu de prise sur cet esprit pétri d'hellénisme et nourri de latinité qu'ils eussent eu de chances d'imprégner l'âme d'un Grec contemporain de Périclès, ou d'un Romain du siècle d'Auguste.
Formé et discipliné par ces humanités, faute desquelles, au dire de Boiste, « un homme n'est un homme qu'à demi », nos classiques étaient ses livres de chevet. S'il connaissait par cœur Racine, Corneille, Molière et nos meilleurs poètes, il avait, d'autre part, lu dans l'original respectif, Dante, Cervantes et tous les chefs-d'œuvre de la littérature italienne et espagnole, car les langues latines lui étaient, les unes comme les autres, devenues familières.
Ce fut sous ses auspices que j'appris à connaître la délicieuse « Maria » de Jorge Isaac, ce jeune écrivain «.le la Nouvelle Grenade qui, bien que mort à vingt-cinq ans, a mérité que Brunetière, parlant du seul livre qu'il ait laissé, cite son nom à coté de Chateaubriand, de Gœthe et de Bernardin de Saint-Pierre.
A TRA VERS LA FORET BRESILJENr^E.
Cette œuvre d'une fraîcheur exquise, frémissante de la plus ardente passion et marquée du sceau d'une troublante mélancolie, est, de toutes celles qu'on vit éclore sur la branche sudaméricaine du vieil arbre généalogique latin, la création intellectuelle où se reflètent avec le plus séduisant attrait, peut-être, le charme et la grandeur de la nature tropicale.
Notre petite société ne manquait pas d'agréments variés. Nous vivions en compagnie de la maîtresse de céans, vénérable dame à qui l'âge n'avait rien enlevé de sa vivacité d'esprit, et de deux charmantes jeunes filles, enfants d'un de leurs fils qu'ils avaient perdu. Chacun, son tour venu, lisait à haute voix quelques pages du livre préféré. C'est dans la suavité de cette atmosphère que nous achevâmes en trois ou quatre soirées, cette naïve idvlle du Cauca.
Elle n'est que la touchante histoire, baignée de pleurs il est vrai, mais parfumée de l'haleine du plus ardent et du plus chaste amour, de deux cœurs tendrement unis ; une stèle funéraire du marbre le plus pur sur laquelle la Beauté effeuille ses roses et la Mort ses pâles asphodèles.
Et pourtant, aussi longtemps qu'en la jeune Amérique on parlera la langue sonore des vieux Conquistadores^ on prendra plaisir à relire l'histoire de cette fleur épanouie dans la vallée, qu'un souffle délétère a, hélas ! flétrie au printemps de ses jours ! Et, toujours dans chaque grande ville pleine de vie et de gaieté, comme au fond des plus agrestes asiles et des chaumières adossées au flanc de la montagne, des cœurs émus plaindront
son triste sort et de beaux yeux pleureront sa trop brève des-
tinee. *
Quant à moi, j'ai bien des fois relu ce récit chargé de mélancolie ; la forme en est d'un pur bijou et chaque fois j'ai mieux compris le sens intime du « est qiiœdam ftere voluptas » d'Ovide : le poète des Tristes avait sondé le fond des cœurs, meurtris. Rien certes n'est plus humain, ni plus vraiment sin-f
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AU FOND D'UN VIEUX MANOIR DU BRESIL
cère que ce cri, et cette volupté qui jaillit des larmes est de toutes les grandes émotions, la plus douce et peut-être la plus profonde.
Le baron possédait à fond la littérature de son pays. Il aimait à me faire remarquer combien les écrivains du Brésil, poètes et prosateurs, se sont affranchis des nébuleuses et indigestes conceptions du germanisme. Il me disait les qualités que leur talent souple et coloré doit à ces sources éternelles de beauté, de grâce et de clarté, les grands écrivains hellènes et latins, et leurs continuateurs des belles époques littéraires de l'Europe : Française, Italienne, Ibérique et Anglo-Saxonne.
Ce fin lettré, je le soupçonnais, à son corps défendant, d'avoir courtisé les Muses pour son propre compte. Aussi ne se lassait-il pas de répéter avec Chateaubriand : « que le goût est le bon sens du génie ». Justement fier des écrivains de son pays, il se plaisait à me démontrer qu'ils ont peu sacrifié au pédantisme des docteurs à lunettes d'Iéna, de Gottingue, et d Heidelberg. Ces cuistres, ainsi qu'il les nommait, le froissaient dans la délicatesse de son goût, par leur manque de mesure et leur grotesque emphase ; leur sot orgueil et leur suffisance brutale l'exaspéraient.
A l'appui de ses dires, il citait volontiers les œuvres de ses auteurs favoris : Gonçalves Dias, Castro Alves, Casimiro de Abreu, Machado de Assis, Murât, Coelho Netto, Billac et Raymundo Corrêas, entre autres. Il m'en lisait les plus belles pages de sa voix un peu chantante, mais doucement caressante, et la langue déjà si harmonieuse de Camoëns prenait, en passant par ses lèvres, une nuance encore plus musicale et plus captivante.
A l'écouter, je comprenais que Voltaire, malgré son scepticisme et ses tours de perpétuelle raillerie, ait pu dire que « Toreille est le chemin du cœur ».
Mon hôte avait traduit dans notre langue quelques vers de poètes brésiliens. Il eut la délicate attention de les recopier pour me les offrir. Malgré la vérité du dicton italien « traduttore,
traditore », ces versions me permirent de mieux saisir l'art avec lequel la jeune Muse de la « Terre où chante le sabia »' a su, pour se parer, entrelacer les fleurs cueillies dans le jardin de i\inémos5aie aux corolles parfumées et aux frais feuillages de son beau pays.
Il nousr récita un soir les vers célèbres de Gonçalvez Diaz que tout Brésilien connaît par cœur. Ces strophes mélancoliques datées de la terre d'exil, sont empreintes de ce sentiment que les Portugais appellent saudade^^, mot qui n'est traduisible en aucune langue. 11 exprime quelque chose qui n'est pas la douleur et ne lui ressemble que « comme le brouillard ressemble à la pluie )),
« And ressembles sorrow only
As the mist ressembles the rain. »
Ces vers du plus grand poète brésilien, je me permets de les reproduire ici, certain que mes lecteurs respireront avefc délices le charme nostalgique et pur qui s'en dégage :
« Mon pays a des palmiers où chante le sabia. Les oiseaux qui roucoulent ici, ne roucoulent pas avec la même douceur. Notre ciel a plus d'étoiles ; nos campagnes plus de fleurs ; nos bois ont plus
1. Sabia, sorte d'oiseau très commun au Brésil ; son chant mélodieux a été souvent célébré par les poètes.
2. « Le plus touchant de tous les mots doit être le mot portugais saiidade. Il exprime le regret de l'absence, le chagrin des séparations, toute la gamme de la privation des êtres et des objets aimés. C'est le mot qu'on grave sur les tombes ; le message que l'on envoie aux parents, aux amis. L'exilé a saudade de la patrie, le marin de la famille, les amoureux l'un de l'autre dès qu'ils se quittent ; on a saudude de sa maison, de ses livres, de son enfance, des jours vécus.
L'âme entiè.re de la race tient dans ce mot dolent et nostalgique. Le mot adieu a perdu pour tous le sens de sa composition, il ne suggère déjà plus à personne le sentiment qui l'a imposé au langage humain : à Dieu. Saudade, de même, ne suggère plus l'idée de solitude [soledade] ; il n'en a gardé que l'effet intime sur le cœur, le vide de ce qu'on aime. Il est bien étrange que cet effet, le plus profond de tous, celui de la solitude, n'ait été signalé que dans le langage d'une seule race humain^. Ceci prouve certes en faveur des qualit!-s affectives de cette race. »
(Jo'ÂQ.uiM Nabuco. Pcnsccs détachées et souvenirs.) ]
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AU FOND D'UN VIEUX .MANOIR DU BRESIL
de vie et notre vie a plus d'amour.
A rêver seul la nuit, je goûtais plus de plaisir là-bas.
Mon pays a des palmiers où chante le sabia.
Mon pays a des splendeurs qu'en vain je cherche ici.
A rêver seul la nuit je goûtais plus de plaisir là-bas.
Mon pays a des palmiers où chante le sabia.
Que Dieu ne permette pas que je meure sans que je retrouve les
beautés qu'en vain je cherche ici, sans que je revoie les palmiers
où chante le sabia. »
Le pesant bagage intellectuel, accumulé au prix d'un si pénible et laborieux effort par les maîtres de la pensée allemande, n'avait pu manquer de retenir l'attention de cet esprit éclectique toujours largement ouvert à toutes les manifestations de l'intelligence humaine. Mais dans les jugements qu'il portait sur cette œuvre inégale et chaotique, ce fervent du latinisme intégral, cet amant passionné des muses lumineuses de l'Hellade, ne se piquait point de faire preuve d'une bienveillance exagérée, ni même d'une trop rigoureuse impartialité.
Artistes et écrivains, philosophes et hommes de science nés sur le sol ingrat qui a nourri pour le malheur de l'Humanité, les Kant, les Hegel et les Fichte, les Haeckel, les Treitschke, les Oswald, les Nietzsche et les von Bernhardi, ce Platon des solitudes fleuries du Nouveau-Monde, eût voulu les chasser impitoyablement de*la République des lettres : ni les hommes, ni leurs œuvres n'avaient l'heur de le séduire et il ne ménageait ni aux uns ni aux autres les traits les plus acérés d'un esprit plutôt porté vers une grande bienveillance, mais qui savait se faire à l'occasion mordant et sarcastique.
Les sophismes tant vantés du philosophe de Kœnigsberg, il les qualifiait tout bonnement de sornettes périlleuses ; il y signalait le germe des pires ferments d'anarchie morale et de dissolution des sociétés policées. L'auteur de la Théorie de la raisonpiire, n'était à ses yeux que l'ingrat et sinistre fossoyeur
de toutes les aspirations élevées et de toutes les illusions consolantes qui allument dans le cœur de l'homme leurs flammes généreuses ; il voyait, en ce raisonneur glacé, le démolisseur impie et sacrilège de Tédifice spirituel que les mains de nos ancêtres ont élevé pour servir de solide abri aux nobles et bienfaisantes conquêtes de la civilisation.
Envers les écrivains de la Germanie, les plus généralement vantés et célébrés, ses jugements se montraient également sévères.
La sérénité olympienne d'un Gœthe dissimulait mal, à ses yeux, la déification orgueilleuse d'un monstrueux égoïsme ; à l'entendre, sous les plis noblement drapés du somptueux manteau que le courtisan de Weimar emprunte aux filles de Mémoire, la sécheresse de la pensée réapparaît trop souvent ; certaines formes outrées et disgracieuses dont il se complaît à vêtir des idées parfois nuageuses et contradictoires, blessaient les délicates susceptibilités de son bon goût. Avoir rêvé de convier Hélène de Sparte aux orgies des puants sorciers du Brocken, sans égard pour cet « étrange reflet des divinités immortelles », que porte au front la blonde fille de Léda, paraissait à cet humaniste un manque de tact, presque une profanation.
Ce critique dénué d'indulgence refusait aux fils de la rude et barbare Germanie les dons brillants de l'imagination et l'envol joyeux de la pensée; le large rire des dieux, et la claire intuition du Beau, leur faisaient, selon lui, également défaut.
Pour eux l'énorme devenait facilement le sfrandiose, et ils confondaient lamentablement le bizarre, le grotesque même, avec Toriginalité créatrice et féconde, ce don de la fantaisie ailée, étincelante et primesautière qui sait se plier aux règles flexibles mais impérieuses du goût, et allier aux élans les plus vifs de l'imagination et de la sensibilité, la passion de Tunité et le sentiment de la juste mesure.
AU FOND D'UN VIEUX MANOIR DU BRESIL
C'est à peine si les vers du poète de Vlntenne^^o, quelques ballades de Ulhand et de Gœthe, et certaines poésies fugitives de Zedlitz, de Hebbel, de Mosen et de Herwegh trouvaient grâce à ses yeux.
Et encore, ne manquait-il pas d'observer, n'était-ce qu'après s'être penchés sur les ondes pures de la fontaine d'Hippocrène que ces descendants des Barbares trouvaient ces accents inspirés ; les Muses farouches qui fréquentent leurs forêts natales ne surent jamais leur dicter d'elles-mêmes pareilles strophes harmonieuses.
Dans Heine, l'homme en soi ne lui était guère sympathique. Il ne comprenait pas Tengouement de ses contemporains delà France romantique pour ce soi-disant Parisien de la Sprée ; il suspectait ses tendances véritables d'esprit et sa sincérité de cœur, et il le surprenait trop souvent, disait-il, en délicatesse avec le bon goût.
Mais par-dessus tout, il tenait en piètre estime les reîtres à lunettes et les pédants bottés et casqués, ces écrivans de cape et d épée, qui ont contribué à communiquera l'Allemagne moderne, grâce à leur enseignement détestable, ce hideux faciès de bête de proie humaine qui ne respire plus que le carnage et la rapine. Il voyait en eux les principaux responsables de l'agression bismarckienne, aussi brutale qu'injustifiée, dont avait été victime le pays qu'il chérissait comme sa seconde patrie. Ce nouvel outrage sanglant infligé à la vieille terre gauloise l'avait touché au cœur et il ne pouvait le leur pardonner.
Aussi, ce bon latin impénitent, avait il accoutumé de répéter de sa voix grave et harmonieuse, empreinte cependant de la plus énergique conviction, que si, par un bienfait du Créateur, les limites de l'Univers se fussent trouvées arrêtées au Rhin, il ne manquerait pas au doux visage de l'Humanité un seul de ses sourires. Mais cet heureux changement dans la configuration du globe, ajoutait-il, eût, sans doute, par la suppression de la
Prusse, épargné au monde des fleuves de sang et des torrents de larmes amères.
Ce n'était pas sans en éprouver un sentiment de très grande tristesse que ce fidèle ami de notre pays entendait depuis nos désastres de 70, les impudents porte-parole de la « Kultur » hausser orgueilleusement le ton en Amérique Latine et tout particulièrement au Brésil. Partout et en toute occasion, ces vociférations brutales cherchaient à étouffer les accents de sérénité et de noblesse de la pensée française et les voix ailées, harmonieuses et pures, des antiques Muses de l'Hellade.
Le baron m'entretint à plusieurs reprises de l'immense avantage qu'il y aurait pour la France à faire largement état des richesses littéraires et artistiques de notre patrie. Ce serait le plus sûr moyen de ne pas laisser péricliter au Brésil, et dans toute l'Amérique Latine, notre royaume spirituel. Ainsi, disaitil, resterait entre des mains amies, le sceptre intellectuel que d'autres mains, envieuses et brutales, s'efforcent de leur arrachei
Du temps de dom Pedro II, le baron de Itaboa avait conçu, avec l'appui et les conseils de son maître vénéré, le projet de créer une Université Française de l'Amérique Latine. Le siège en avait même été choisi, dans une des plus belles vallées de la chaîne des Orgues, au sein d'une nature féerique, dans une localité assez élevée au-dessus du niveau de la mer, pour que les professeurs ainsi que les élèves puissent s'y trouver complè tement à l'abri des atteintes de la fièvre jaune et de la malaria ces deux fléaux, du reste, grâce à des travaux auxquels notre Institut Pasteur n'est pas demeuré étranger, sont aujourd'hu bannis, pour ainsi dire, du Brésil.
Il est permis de regretter qu'on n'ait pas mis à exécution c( projet plein des plus séduisantes promesses.
Mon hôte en avait été un des plus chauds partisans. Se sou venant de ses efforts, il déplorait ce qui lui semblait être indif férence de notre part.
AU FOND D'UN VIEUX MANOIR DU BRESIL
Des expressions d'un blâme amical lui venaient aux lèvres
quand il parlait de nos vues trop courtes, relatives à des matières
ussi importantes. Le trésor de précieuses sympathies qui nous
été légué par les siècles écoulés, il le croyait digne d'être conservé par nous avec une plus jalouse et agissante vigilance.
Ne serait-il pas naturel, en effet, que notre vénérable Ahna ;iater prodiguât ses sourires à cette sœur cadette qui lui tend i gentiment les bras? Chacun ne pourrait que gagner à voir se resserrer de plus en plus des liens qui, sous leur charme, dissimulent une force si o-rande.
Aujourd'hui, que les événements créent pour toutes les nations latines des devoirs nouveaux d'union et de solidarité, la jeune République brésilienne reprendrait sans doute avec plaisir le projet de son vieil empereur, si elle y était conviée. Peut-être même y donnerait-elle une plus grande ampleur ?
Qui n'aimerait à entendre retentir, du haut de la chaire de cette
Université Française des Pa3^s Latins d'Amérique, la grande voix
j généreuse de Ruy Barbosa', cette voix qui vient de prendre, si
haut et si noblement, la défense des principes éternels du droit
et de la justice, que d'aucuns traitent en quantité négligeable ?
Les savants et les lettrés d'Oxford, de Cambridge, de Bologne et " de Harvard, s'y feraient également écouter, et leurs voix trouveraient, elles aussi, un écho sympathique sur ces plages lointaines.
Quel plus admirable monument de l'union entre les peuples de la Société des Nations alliées qui luttent en cette heure solennelle pour le salut de la civilisation humaine ?
Quand don Andrès s'éloignait pour quelques jours, ou me semblait trop pris par ses travaux, je sellais mon cheval et je courais passer quelques heures avec mon nouvel ami ; chaque jour m'offrait l'occasion d'apprécier davantage ses charmante^ qualités et son beau caractère.
Du fond de sa Thébaïde, cet esprit éclairé ne voyait plus le va-et-vient des événements et le jeu des passions et des ambi-
tions qui agitent le monde, qu'avec une philosophie indulgente, un peu désabusée peut-être. Mais il s'intéressait toujours aussi vivement qu'au temps des rêves et des illusions de la jeunesse aux manifestations de la pensée humaine, sans cesse en travail. Il n'assistait pas insensible aux progrès de la science ; il en suivait la marche hésitante sur la face de la terre, avec une curiosité constamment tenue en éveil.
La science et la littérature étaient, en effet, me disait-il avec une souriante mélancolie, ses deux bâtons de vieillesse. Il s'v appu3'ait, pour descendre doucement Tautre côté du versant, au bas duquel la Messagère Silencieuse dont il attendait la visite, sans impatience comme sans effroi, devait se montrer sous son visage voilé.
A ouïr les séduisantes leçons de la science, ce sage n'avait pas compromis la foi robuste de ses ancêtres. Quand viendrait pour lui le moment précis de fermer les yeux à la lumière indécise de la terre, il était assuré, d'après les enseignements du Livre resté pour lui le Livre par excellence, de les rouvrir alors à ces Clartés Éternelles en face desquelles pâlissent tous nos flambeaux éphémères.
Mais dans l'attente de cette heure qui sonnerait bientôt, il n'en cueillait qu'avec une joie plus calme et plus pure, les dernières fleurs de la vie. C'était avec l'enthousiasme d'un enfant qu'il feuilletait les ouvrages nouveaux et examinait les herbiers et autres collections d'histoire naturelle que je m'occupais de recueillir. Les phénomènes de mimétisme dont il avait observé de nombreux exemples, éveillaient chez lui le plus vif intérêt et le remplissaient d'une admiration étonnée. Les merveilles que mon microscope aux lentilles puissantes lui révélait dans la goutte d'eau puisée à la mare la plus proche, sur l'aile d'un papillon ou dans le pollen d'une fleur le plongeaient dans une pieuse extase. Ces jeux, ces beautés, ces prodiges de la nature représentaient pour lui, le mot de la Création, inscrit par le
AU FOND D'UN VIEUX MANOIR DU BRÉSIL
Souverain Ouvrier 'en caractères révélateurs sur le livre de l'Univers.
Ces signes mystérieux, il s'essayait avec humilité à les déchiffrer ; incliné devant leur sublime énigme, il baisait avec respect sur la page, les traces de la Main divine. Mais aucun doute ne trouvait place en son âme. tant sa foi était restée entière et sereine.
Profqindément attaché aux traditions et aux coutumes de son pays, le baron se considérait le protecteur-né de tous les cabo- ■ clos établis dans les environs de sa fa^^enda. Si quelques-uns i d'entre eux se laissaient aller en dépit de ses avertissements à s'endetter chez les commerçants allemands, il en était sans retard averti. Comme il n'ignorait pas les conséquences déplorables qui s'ensuivraient pour eux, il s'en montrait fort marri, et -ne dissimulait pas son mécontentement.
En raison des procédés déloyaux dont ces négociants usaient envers les petits posseiros, il détestait cordialement toute la gent teutonne et se refusait énergiquement à frayer peu ou prou avec eux. Malgré Tindulgence foncière de son caractère, il se montrait caustique à ses heures et prétendait qu'à toucher de la poix, on se salit toujours les doigts.
Le baron de Itaboa ne donnait pas cependant une importance capitale à la question allemande au Brésil ; comme beaucoup de ses pareils il n'en distinguait pas nettement tous les périls. .Les peuples latins de l'Europe se chargeraient, pensait-il, de mettre à la raison ces hôtes envahissants, s'ils devenaient jamais trop menaçants et incommodes. Il jugeait la question de très haut. Sa rectitude et sa noblesse native servaient à lui dissimuler beaucoup des facteurs de ce problème par trop compliqué. Tant de détails complexes échappaient à sa vive intelligence, pourtant douée d'une remarquable pénétration.
Ce grand seigneur de vieille souche avait fréquenté chez quelques-uns des hommes les plus distingués de l'Ancien et
du Nouveau-Monde, des Latins principalement; il reconnaissait en eux les cousins germains et les petits-cousins issus de son sang. Aussi, ces teutons gloutons, avides, bruyants et trop grossiers, n'étaient, à ses yeux, qu'autant de goujats et de malappris. Il prévoyait que la marche naturelle des choses et leur immanente justice les remettraient sûrement, un jour ou l'autre, à leur vraie place. Les nations policées finiraient bien par s'en fatiguer tôt ou tard. Elles ne sauraient davantage supporter ses frasques et ses incartades, ni entendre plus longtemps brailler et taper sur la table, cet enfant mal élevé de l'Europe. Le jour où la patience de cette dernière serait poussée à bout, la vieille dame, « Mother Europe », comme l'avait surnommée jadis une chanson qui eut son heure de célébrité, donnerait le fouet à l'écolier turbulent et l'enverrait se coucher sans souper.
Le vieux gentilhomme dort maintenant, et depuis longtemps déjà, dans le petit cimetière aux ombrages paisibles, près de la chapelle du village dont ses ancêtres avaient tracé les plans et posé les premières pierres. Il « g'ît » à côté des « nobles hommes » de l'époque coloniale. Il aimait de son vivant à évoquer leurs figures originales et pittoresques, entre autres son grand-père maternel, le 'général Couto de Albuquerque, qui l'avait tant gâté enfant; à son sujet il me contait maints traits de bravoure chevaleresque et de généreuse prodigalité. De tant de charmantes anecdotes, celle-ci, qui peint un caractère tout entier, lui plaisait davantage.
Voici comment il me la racontait.
Pendant sa courte vie d'étudiant parisien, son aïeul avait jeté au vent de toutes les folies une somme de près de deux millions. Aussi rien d'étonnant qu'il se trouvât des plus désargentés quand il lui fallut dire adieu aux plaisirs de la Grand'Ville.
Toutes ses dettes, il les avait royalement payées, mais, ce devoir rempli, toute largesse lui était devenue impossible : la
AU FOND D'UN VIEUX MANOIR DU BRESIL
cassette à laquelle il avait si souvent fait les yeux doux était
vide, on le comprend.
Et ne voilà-t-il pas qu'il apprend, le pied déjà^à l'étrier, a'un de ses meilleurs amis du Quartier Latin, un jeune peintre
do talent, à qui la mort avait failli faire tomber les pinceaux
de la main, se trouve dans un cruel besoin. Convalescent, les
médecins répondent de lui ; mais pour cela deux petites choses
sont nécessaires : le repos du corps et le calme de l'esprit, que
seul l'argent peut procurer. .
La bise était venue et d'espèces sonnantes et trébuchantes
notre prodigue se trouvait, comme on Va dit, fort dépourvu.
Ouant au crédit, pas davantage : les usuriers se défient de ceux
qui sont sur le point d'
'' entreprendre
Un vo^'age en lointain pays »
Que faire en cette occurrence ?
(( Mon grand-père possédait, fort heureusement, une superbe garniture de brillants, de célèbres diamantinas^ (Balzac en a écrit dans un de ses romans) qui valaient plus de vingt mille écus. Lui, qui n'en avait jamais fait grand cas, ce jour-là, en connut toute la valeur, car ils lui permirent de sauver son ami. >>
Le petit-fils trouvait la chose toute naturelle. Nul doute qu'en pareille circonstance, il n'eût imité son aïeul sans hésiter un seul instant.
Les diamants furent mis en gage. Leur produit permit à l'heureux bénéficiaire de cette largesse princière de retaire sa santé, de terminer ses études et de parvenir au succès et à la fortune. Le jour arriva aussi où le peintre déjà connu retira de chez la bonne parente où ils avaient trouvé un asile hospitalier, les précieux bijoux. Mais le général ne voulut jamais les reprendre.
I. Diamants provenant des célèbres mines de Lençôes au Brésil. Leur eau rivalise avec celle des plus belles pierres de Golconde.
« La main droite d'un Albuquerque ne saurait recevoir, répondit-il, quand il fut question de les lui renvoyer, ce qu'elle ignore avqir été donné parla main gauche. »
Dans la bibliothèque du baron, un magnifique portrait, celui de son aïeule, signé d'un nom célèbre, représente une belle jeune femme aux grands yeux noirs qui tiennent la moitié du
visage.
Du temps de mon séjour à Itaboa, ce tableau témoignait encore de la reconnaissance que l'ex-rapin du Quartier Latin, devenu un des grands seigneurs, de l'art, avait conservé à l'égard du grand seigneur des forêts et des savanes brésiliennes, dont les terres couvraient presque Tétendue d'un département français.
J'ai tenu à citer ce trait. Il met en relief le côté chevaleresque de celui qui aimait tant à le conter. Il explique aussi certaines faiblesses que, du reste, plus d'un de ses compatriotes partage avec lui.
Mon hôte a rejoint sa demeure derhière avant d'avoir vu le peuple de proie, l'enfant mal élevé de l'Europe, qui lui donnait tant sur les nerfs, battre sa nourrice, casser tous les carreaux de la maison, et, devenu grand, endeuiller de ses jeux sanglants la moitié du monde civilisé.
La dépouille périssable du vieux baron repose dans les entrailles maternelles de la terre ensoleillée qu'il aimait d'un si filial amour. S'il avait raison (et qui, dans son orgueil, oserait affirmer le contraire?) il connaît maintenant le mot de l'éternelle énigme et sait pourquoi l'Humanité, en cette vallée où coulent tant de larmes, marche vers ses destinées par de si rudes et si douloureux chemins.
J'aime à me rappeler combien, en toutes circonstances, sa foi sincère versait de consolations au cœur de cet homme qui avait beaucoup souffert. Puisqu'il « n'est pas de si h eau jour, qui n amené s.i nuit », heureux les privilégiés à qui il est donné
AU FOND D'UN VIEUX MANOIR DU BRESIL
d'entendre comme lui, jusqu'à la fin, « la vieille chanson qui berce les douleu7'S humaines », et de voir briller au ciel de leur dernier soir ces étoiles que des mains téméraires seraient tentées d'éteindre.
J'ai gardé vivantes en ma mémoire les hautes et belles pensées que la simple foi du charbonnier, qui était la sienne, savait inspirer à cet esprit passionné des sciences et des lettres. Le souvenir ému et plein de charme que j'ai conservé de cet homme de bien, sincère et loyal ami, en demeure tout parfumé en mon cœur.
Certains soirs, faisant trêve aux graves discussions, il nous arrivait d'inviter la Folle du logis à nous tenir compagnie, et de lui donner place au cercle de tamille.
« Si Peau d'Ane m'était conté, J'y prendrais un plaisir extrême. »
a dit le bon La Fontaine. J'en éprouvais un tout aussi grand peut-être, à me faire redire les rustiques légendes du folklore sud-américain. Mes hôtes possédaient de ces naïves histoires une collection variée, inépuisable pour ainsi dire.
La vieille Sévérina, une mulâtresse née dans la République Argentine, au pied des Andes lointaines, la nourrice de la rieuse Yaya^ Anita, une piquante brunette et la plus jeune des deux sœurs, à ce vénérable in-folio, ajoutait constamment quelque nouveau feuillet. *
Toutes lumières éteintes, pour ne pas attirer les moustiques importuns, et peut-être aussi, afin de favoriser, grâce au mystère qui naît de l'ombre propice, les effets du narrateur, nous nous réunissions sous la véranda, ouverte sur le jardin, pour redire et écouter ces contes populaires.
Alors, durant ces longues heures, qui nous semblaient si
I. Yûya, Diminutif familier et affectueux de seuhorita (demoiselle) que les serviteurs appliquent au Brésil aux jeunes filles et aux jeunes femmes de la maison de leurs maîtres.
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brèves,^ la voix du conteur troublait seule le silence du soir. De lentes phalènes, dans leur vol léger, caressaient parfois noi fronts attentifs de leurs ailes paresseuses ; les blanches clochej des daturas, lourdes de parfums capiteux, s'argentaient sous h lune, ou, par les nuits sombres, les rondes capricieuses def lucioles entrelaçaient dans les branches leurs guirlandes de feu.
Chacun écoutait sans mot dire, cependant que résonnaien au loin les clang ! clang ! monotones et métalliques des rai nettes forgeronnes. Les caboclos racontent, mais on n'est pai obligé de les en croire, que, la nuit, ces hôtes des marécage: battent infatio-ablement sur leurs enclumes invisibles des fer de dards aigus, munis de pointes envenimées. Leurs chalanc seraient de petits nains, voleurs de miel et buveurs de rosée que Ton soupçonne d'employer à de mauvais usages ce fléchettes légères. Car ces armes sont fées, dit-on, et leur piqûres donnent la fièvre, la mort même quelquefois, au voya geur imprudent, qui, le soleil couché, s'attarde auprès < l'humide royaume de ces nains irascibles et cruels.
C'était bien là le cadre poétique qui convenait le mieux ces naïves légendes. D'humeur un peu rêveuse et curieux d toutes choses, je ne me lassais pas d'en entendre le récit. J'ai pri soin de noter celles qui m'ont le plus agréablement charmé.
J'aimerais dire ici, comment en un oiseau, à la voix et au yeux humains, dont la plainte attriste les grands bois, fi changée la trop gourmande Cyrilla ; en punition de que méfait le Cit-Prin\ la femme-oiseau, dont les petits pieds nu se mouillent de rosée, doit, sous sa robe sombre parsemée d larmes d'argent, danser sans repos jusqu'à l'heure du jugemer dernier, sous le soleil brûlant de midi et aux pâles rayons de! lune. Et aussi décrire la surprise du vieux cacique des Cayngaj|