III
PREFACE
parmi la flore exubérante et sous le ciel enthousiaste qui évoquent les premiers jours du monde, et les premiers bourgeonnements des espérances humaines, l'histoire ressuscitait une scène allégorique : F Homme chassé de chez lui par le Serpentj et le Serpent qui prend possession du Paradis Terrestre... Je vous plains d'avoir été le spectateur muet d'un tel spectacle. Pèlerin des régions que vous admiriez, hôte du peuple que vous aimiez, j'imagine votre douleur d'être impuissant contre les menaces de la mort sournoise qui entrait, et je vous vois, montant sur quelque roche, comme Sœur Anne montait sur la tour, pour regarder la mer, du côté de la France... Rien ne viendra donc, de chez nous, de chez nous aussi ? Plus rien ne viendra donc du pays qui jadis envoyait vers cette terre neuve des hommes chargés de notre âme et vibrants de notre pensée ? Rien ne viendra donc plus, pour combattre l'intrusion du reptile germanique ? — Rien ne venait, et l'emprise se poursuivait.
Depuis plus de vingt ans, l'Allemagne, d'une voix hypocritement dolente, se plaignait de ne point posséder un domaine colonial qui fût en rapport avec sa puissance et sa fécondité ; en fait, elle adoptait comme colonies TEurope entière et les deux Amériques. Partout, ses émissaires avaient pris pied, et de quelle âpre façon ! Le Brésil le sait mieux que d'autres. Encore un an, deux ans, dix ans de ce régime-là, et un Kaiser, suprême représentant du monde féodal, aurait domestiqué le globe, par Taction simultanée de ses capitalistes, de ses camelots, et des espions à ses gages. L'œuvre était en si bonne voie, qu'il ne manquait plus, pour parfaire la conquête totale, qu\m peu de patience... iMais la patience, au dernier moment.