CHAPITRE X
LA GRANDE FORÊT AU CHANGEANT VISAGE
« Questa selva selvaggia e aspra e forte Che nel pensier rinnovar la paura, Tanta e amara que poco e piu morte.
Ma per parlar del ben cli'i vi trovai * Diro deir altre cose che v'ho scorte^ »
(Dante, Infer^io, 1 canto.)
« Depuis le jour antique où germa la semence, Cette forêt sans fin. au feuillage houleux S'enfonce puissamment dans les horizons bleus Comme une sombre mer qu'enfle un soupir immense.
Sur le sol convulsif l'homme n'était pas né Qu'elle emplissait déjà, mille fois séculaire, De son ombre, de son repos, de sa colère, Un large pan du globe encore décharné. »
(Leconte de Lisle, la Forêt vierge.)
La forêt vierge avait, en don Andrès et en moi, deux admirateurs passionnés. Fort peu d'ailleurs, parmi ceux qui approchent Tenchanteresse, échappent à ses enveloppants sortilèges. La plupart des explorateurs subissent son charme vainqueur et cèdent aux irrésistibles attirances de la grande Circé tropicale, quand une fois ils en ont respiré les philtres subtils et puissants.
Dans Tesprit de bien des gens, le mot de forêt vierge évoque, depuis Tenfance, l'image de quelque chose de lointain, d'énorme