IV
PREFACE
a failli. Le Seigneur-de-la-Guerre, sentant derrière lui rénorme et trépidante armée des hobereaux qui voulaient en finir, des financiers qui ne savaient plus attendre, a cru devancer Theure : ensemble, ils sont partis pour la guerre (( fraîche et joyeuse ». Et le monde fut sauvé î
Il est sauvé. En souhaitant Tempire, on nous a délivrés de l'emprise. Grâce à Tavidité hâtive qui prétendit, par un coup brusque, avancer de quelques années la conquête définitive d'une planète, ce qui allait être ne sera point ; une domination qui menaçait tout l'avenir des races et toute la pensée humaine est éparî^née à Tunivers.
Mais comment donc se faisait-il que cette France, d'où étaient sortis autrefois, pour s'élancer vers les Indes ou les Amériques, des Dupleix et des Montcalm, des Lafayette et des Quélus, des Beaurepaire et des Pardal-Mallet, des EscragnoUes-Taunay, et tant d'autres, n'envoyait plus personne dans le sillage des aînés ? A ces belles « sources de Jouvence » , comme vous les appelez vousmême, (( à ces fontaines intarissables », si riches de sève, où le vieux monde pourrait aller boire une jeunesse renouvelée, pourquoi donc étiez-vous tout seul ?
Il semble bien que l'auteur responsable de ce méfait soit notre Code civil, ou plus exactement encore cet esprit d'équité qui inspira nos lois modernes : dans une pensée généreuse, la Révolution Française a supprimé le droit d'aînesse, qu'elle tenait pour immoral et qui certes l'était. Mais ce qui, moralement, est blâmable, ne se trouve pas toujours, politiquement, nuisible. Cette vieille injustice de
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nos sociétés féodales, qui déshéritait les cadets au bénéfice du premier-né, comportait pour le pays de sérieux avantages : en y créant une caste disgraciée, elle suscitait, du même coup, des énergies qui, sans elle, fussent peut-être demeurées somnolentes ; les jeunes hommes, dénués de ressources, s'ils voulaient leur place au soleil, devaient la conquérir et se lançaient dans l'aventure ; ceux qui n'eussent été que des fils de famille devenaient des héros. Duris iirgens ihsebus egestas ! La pauvreté est féconde. Aux âmes bien trempées, c'est la plus saine des nourrices, et la plus vigoureuse ; son lait est fort. Je ne connais pas, pour la jeunesse, de meilleur aliment que la vache enragée.
La dispersion de l'aisance, voulue par la Révolution, nous a fait une vie trop douce, au doux pays de France, et nous n'en sortons plus. La répartition équitable des héritages a produit, par surcroît, un méfait bien plus grave, que nos législateurs n'avaient guère prévu : le père de famille, afin de ne pas faire les parts trop petites en les faisant nombreuses, a voulu peu d'enfants, et la natalité française a formidablement baissé, depuis cent ans. Maudit soit le culte des sous ! Alors que l'expansion anglo-saxonne continuait et que l'Allemagne, — dont le talent le plus avéré consiste à surveiller ce qui se passe chez les autres pour adopter pratiquement ce qui pourra lui être utile, — s'ingéniait à imiter l'exode britannique, en l'aggravant de méthodes germaniques, les fils de France restaient tranquillement au logis, qui avait be?oin d'eux.
iMais, est-ce tout? Un autre facteur encore intervenait pour retenir la jeunesse française en son pays natal : Téducation que nous donnons à nos enfants. Elle est archaïque ; elle n'a guère changé depuis Philippe-Auguste. Évidem-