I. Cereus Pasacana
fleurs crème lavées de carmin et de rose, aux longues aiguilles robustes et acérées disposées en bouquets tout le long de ses côtes. ^
Cette formidable cuirasse ne défend pas ces plantes contre les entreprises de ce petit pic, noir et blanc, que nous pouvons voir cramponné à une de ses fortes épines, creuser activement les chairs tendres du beau cactus, l'attaquant au défaut de l'armure, juste à un endroit où sa menaçante panoplie ne le protège plus.
De son bec robuste et pointu, l'adroit insectivore, que les gens du pays nomment « le petit charpentier », en Quichua, carpintero utula, découpe au flanc du céréus un beau trou bien régulier de la dimension d'un rond de serviette. C'est l'entrée d'une galerie qu'il mènera peu à peu jusqu'au cœur de la plante, jusqu'à la moelle blanche et savonneuse, qui remplit la partie ligneuse de cette sorte de candélabre naturel. Là, il ménagera une petite chambre circulaire y bien régulièrement tapissée de plumes, et y construira un doux nid, fourré du plus fin duvet. Son œuvre achevée, il confiera ses œufs à cette retraite, si redoutablement fortifiée que nul ne se risquera à oser les y chercher.
Sa couvée y prospérera en toute sécurité. N'est-elle pas mise à Tabri du vent et de la pluie, ainsi que des brûlants rayons du soleil? Elle est protégée, en outre, par sa position élevée de trois ou quatre mètres du sol, contre tout autre péril possible. Cachés dans ce sûr asile, blottis au sein de la plante hospitalière, qui les défend de ses mille et une aiguilles d'acier, les petits pourront se rire des tentatives des plus hardis maraudeurs, soit des chats sauvages à la gorge blanche, à la robe rouge ou pointillée, soit des malodorantes sarigues, à la longue queue prenante, qui rôdent la nuit, en quête du mauvais coup à faire
Son travail terminé, l'adroit mineur goûtera un repos bien
DU PAU A M! NI Alix ANDES NEIGEUSES.
mérité. A l'huis de son nid, sur un des grands piquants qui le protègent, il guettera les insectes qu'attire le parfum des fleurs entr'ouvertes, et qui se délectent des fruits d'un tLcli^ voisin dont la chair colorée du plus vif incarnat est toute parsemée de petits points noirs. Arrivés à maturité ces fruits éclatent, pour laisser apparaître en s'entr'ouvrant leur pulpe juteuse, festin largement offert à toute la gent ailée.
D'un bec avide, l'oiseau fouillera cette pourpre impériale, et pour les petits coléoptères, si nombreux, qui osent la souiller de leur présence, il se montrera sans pitié. Ces hôtes insolents, dont lui-même raffole, il les gobera pour les punir, et, tout heureux, par ses cris perçants et répétés, il dira sa joie de vivre aux plantes généreuses qui, tout en lui offrant à si peu de frais, pour lui et les siens, le logis inviolable et commode et la table toujours mise, se plaisent à orner son couvert aérien de leurs belles fleurs odorantes.
Opontias, céréus, cactées des genres les plus divers, chacun de ces bizarres échantillons de l'espèce végétale, déploie à son heure, en efîet, les splendeurs de ses larges et profondes corolles-, les unes richement colorées, les autres presque blanches, ou à peine teintées des plus délicates nuances ; beaucoup répandent des senteurs délicieuses que les vents brûlants de ces solitudes emportent au loin sur leurs ailes.
De formes rustiques et vigoureuses, tout semble calculé et disposé en ces étVanges végétaux pour protéger leur vie et leur beauté, et résister aux dures épreuves des longues sécheresses périodiques. Cette famille de plantes robustes et vivaces portent des corolles parfumées qui leur servent, pour ainsi dire, de parure nuptiale. Autour d'elles folâtrent une multitude d'insectes, qui par la vivacité de leurs coloris incomparables, rivalisent avec les plus belles espèces équatoriales.