‹ À travers la forêt brésilienneChapitre 54 sur 71 · I. Ucli, Ccicus quisco · texte numérisé non relu

I. Ucli, Ccicus quisco

Papillons diaprés de teintes chatoyantes, coléoptères aux reflets mordorés, hyménoptères en costume de cour, vêtus de pourpre et de velours, lamés d'hermine et d'azur, cousus d'or et brodés d'argent, ces mille joyaux ailés, la nature, follement prodigue, semble les avoir tirés à pleines mains de ses plus riches écrins. Affairés, actifs et empressés, ils se posent sur les lèvres des larges calices, blancs ou nacrés, des nombreux céréus, tourbillonnent à Tentour en nuage vivant, ou décrivant d'indolentes spirales, s'en éloignent et s'en approchent tour à tour au gré de leur caprice.

Emportée par son vol rapide, une grande cétoine à la cuirasse moirée, aux él5tres d'un noir de jais, rehaussé d'argent poli, passe avec la rapidité d'un trait lumineux. Soudain, elle s'arrête, revient sur elle-même, tournoie un instant au-dessus d'une de ces belles coupes embaumées, brusquement s'y plonge, et, voluptueuse dans sa gourmandise, se perd aussitôt sous la gerbe épaisse des longues étamines soyeuses.

Sous la surprise de cette caresse inattendue, la grande fleur frissonne. Craintive, elle referme doucement sa délicate corolle, ramenant vers l'intérieur de son calice ses beaux pétales translucides, qui semblent de verre filé.

Et, pendant ce bref instant de pudeur effarouchée, le grand œuvre de la fécondation où les insectes jouent dans l'immense domaine des fleurs, un rôle si important, s'est peut-être mystérieusement accompli. :

Cette jalouse forêt vierge mobilise pour la défense de ses tré- ;; sors, contre les hommes aussi bien que contre les animaux, un i formidable arsenal : dards, harpons, piquants, aiguillons et ; crochets; elle s'en hérisse sur toutes les coutures. ?

Pourvus d'épines, en effet, sont le feuillage et les menus ^ rameaux des grands qtiehrachos^, rouges ou blancs Mont le bois ^

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