LE CHEMIN DU RETOUR
« Partir, c'est mourir un peu C'est mourir à ce qu'on aime :
On laisse un peu de soi-même En toute heure et en tout lieu.
C'est toujours le deuil d'un voeu, Le dernier vers d'un poème; Et l'on part et c'est un jeu.
Et jusqu'à l'adieu suprême C'est son âm.e que l'on sème, Que l'on sème à chaque adieu, »
(Ed. h ar au court.
Si pour les amis inconnus qui liront peut-être un jour ces quelques pages fugitives, j'ai tenté de décrire avec amour le charme persistant de la Grande Forêt, c'est que je croirais avoir fait œuvre utile si j'avais pu inspirer à quelques-uns d'entre les meilleurs, le désir de lier connaissance avec elle, par euxmêmes, et d'aller un jour, à l'exemple de leurs aînés, redire aux forêts du Nouveau-Continent et chanter sous leurs ombrages hospitaliers, les gais accents et les aimables propos de notre « doux parler » de France.
Je suis de ceux qui ont toujours pensé que l'âme et le génie de notre pays ne sauraient demeurer captifs des étroites limites d'espace et de temps, et que nous devons infatigablement tâcher à étendre leur rayonnement à l'univers entier.
Nous avons été, grâce à l'effort persévérant de nos ancêtres, constitués les premiers pionniers de la civilisation. Le monde
le sait, ce n'est pas à nous de l'oublier. L'esprit d'aventure et d'audacieuse entreprise jadis agita puissamment notre race; il n'est certes pas éteint; il n'est qu'à peine endormi. Si, pour le malheur de notre pays, la natalité a trop sensiblement diminué, elle peut, par un heureux concours de circonstances, se relever et nous, permettre à nouveau d'essaimer au loin. La qualité peut souvent remédier à la quantité. La ruche ne s'est pas démesurément agrandie, ses habitants peuvent largement s'y mouvoir et y respirer à l'aise, mais elle n'en produit pas moins un miel très doux et très vanté. Il importe donc grandement à tout le monde et surtout à nous-mêmes, que quelques-unes de ses diligentes abeilles aillent construire de nouvelles et nombreuses alvéoles jusqu'aux plus lointains confins du globe. Ainsi le monde pourra de nouveau connaître et apprécier le fin parfum et savourer le goût exquis du miel de notre France.
La France restera toujours pour ses enfants « le plus beau royaume qui soit sous le ciel )>. Campagnes aux lignes apaisées et aux calmes horizons ; antiques forêts de la Gaule, montagnes sévères ou riantes ; parterres abandonnés se souvenant encore des pompes et des gloires du passé ; allées majestueuses que des pas d'empereur, las de parcourir l'Europe, ont foulées entre deux victoires ; clos provinciaux, témoins des jeux de nos ancêtres, petits jardins de curé aux fleurs désuètes et charmantes, mas couronnés d'oliviers, tous ces paysages de la vieille France, sur la face desquels vingt siècles d'histoire ont inscrit leurs traditions et leurs légendes glorieuses, rafraîchissent les yeux de celui qui les revoit après une longue absence ; rien ne saura jamais le tenter de les oublier.
Il a été dit que l'homme n'emporte pas le sol de la patrie à la semelle de ses souliers : rien n'est moins certain ; il fait mieux, il emporte vivants en son cœur jusqu'au bout du monde le souvenir attendri et le culte profond du coin de terre où il est