LE CHEMIK DU RETOUR
né, du ciel qui l'a le premier inondé de clarté. Conquis pour un temps par le charme subtil et voluptueux de la nature exotique, un enfant de l'Ile-de-France paisible, de la Touraine et de ses jardins fleuris, de la pieuse et vaillante Bretagne, du Berry, la terre d'élection du bon sens, de la Provence ensoleillée où chante la cigale, ou des Flandres grasses et plantureuses, longtemps, peut-être, se montrera infidèle à son pays d'origine. Mais chaque fois qu'il croira retrouver sur le visage de la terre étrangère le sourire de la terre natale, son cœur tressaillera du plus sincère émoi, et ses yeux se voileront des plus douces larmes. L'image de la Patrie, pour laquelle il veut lutter et combattre, même quand il en est éloigné, il la voit alors surgir victorieuse devant ses yeux, et vers elle s'envolera le meilleur de soi.
La douce et mélancolique chanson attribuée à Marie Stuart, qu'elle aurait vraisemblablement pu écrire, et qui commence ainsi :
« Adieu, plaisant pays de France Oh ! ma Patrie La plus chérie »
quel Français ne l'a murmurée, en voyant à son départ Ijleuir et s'effacer à l'horizon les côtes natales, ou quand enveloppé d'un nouvel horizon, le parfum autrefois savouré d'une fleur, le chant d'un oiseau, ou un refrain populaire du pays, lui a rappelé la « doulce France » ?
Mais parce qu'en celle-ci on admire, entre tous, le « plaisant pays » ceux qui ont eu l'incomparable avantage d'y naître ont trop pris peut-être, l'habitude de s'endormir sur ce tiède giron maternel.
Ma propre expérience y signale un grand dommage. Car chaque fois que j'ai retrouvé, sur des plages lointaines, la trace
A m AVERS LA FORET BRESILIENNE.
des pas denos aînés, j'ai compris combien ils avaient su dépenser d'énergie jadis et déployer de qualités aimables, pour mériter en tous lieux tant d'amour et s'attirer tant de respect. Et ainsi j'ai appris, chaque jour, à chérir davantage notre France, missionnaire de beauté et de justice, qui sait si bien conquérir les cœurs et élever les âmes.
C'est pourquoi je voudrais voir les cadets de nos vieilles familles reprendre le chemin des sources vivifiantes, intarissables fontaines de Jouvence, où buvaient leurs ancêtres en quête d'aventureuses expéditions. Ces sources rafraîchissantes^ la libérale nature les tend aux lèvres altérées d'inconnu, comme " aux âmes éprises d'ambitions généreuses et assoiffées de nobles idéals.
A toutes ces sources limpides, le génie de la France est assuré de trouver large et gracieux accueil ; mais parmi celles où se reflètent les splendeurs les plus captivantes, on comptera toujours les clairs miroirs qu'abritent sous leurs épaisses frondaisons les forêts vierges de l'Amérique Latine. Les déités protectrices des bois, et les muses évocatrices des arts s'y donnent rendez-vous : elles lui parleront sa langue. Comme lui, elles descendent, opulentes héritières, des vieux dieux de l'Olympe, de ces blanches divinités amoureuses d'ordre et d'unité, qui hantaient aux beaux jours de l'Hellade, les vallons du Pierus, et fréquentaient parmi les coteaux de l'Hymette, que parfument les senteurs du mj^rte et du cytise.
Don Andrès partageait sur ce point mes opinions. Au cours de nos longues conversations du soir, qui, maintes fois nous menaient jusqu'aux petites heures de la nuit, il revenait sans cesse sur ce sujet. Il me disait alors son regret de voir si peu exploiter notre riche patrimoine moral, et si mal développer Tinfluence déjà acquise par la diffusion des lettres et de la pensée françaises. Il aurait souhaité voir nos écrivains, nos philosophes et nos artistes retremper leur souple génie à ces sources