VI
PRÉFACE
ment, les conceptions philosophiques ne sont plus ce qu'elles liaient, mais l'idée directrice est demeurée la même : tout pour l'esprit, rien pour la vie. La simple comparaison de deux mots révélera le gouffre qui, sur ce point, nous sépare des peuples anglo-saxons. En France, nous avons un (( Ministère de l'Instructimi Publique » ; en Amérique, ils ont un (( Bureau de l'Éducation». Nous instruisons, ilséduquent. Chez nous, le livre ; chez eux, la vie. Ici, le domaine abstrait ; là, le côté pratique. Ce qu'ils cultivent avant tout, dans l'enfant dont ils veulent faire un homme, c'est ce l'énergie de la volonté, sans laquelle les plus beaux dons et le savoir lui-même resteraient inutiles ». Leur Emerson, apôtre de ce dogme, et prophète en son pays, ajoute : « La vie n'est pas affaire d'intellectualisme, ni de critique, mais d'action. » Ou bien : « L'éducation tout entière doit être une préparation à l'existence . » Ou, plus nettement encore : « Les jeunes gens doivent conquérir, avec une volonté ferme, la connaissance de la vie. »
Aux Etats-Unis, ces axiomes sont écrits sur les murs des écoles, gravés dans les esprits des maîtres ; on les respire comme Tair ; ils imprègnent les pensées, induisent aux gestes, se font réalités. Développer l'individu, Tencourager, l'exagérer, au besoin, pour qu'il soit plus fécond, et d'un rendement plus efficace : culture intensive de l'homme ! Tel est le programme. Chez nous, au contraire, l'Etat pédagogue semble avoir pour mission de comprimer les volontés, de discréditer les audaces, les élans, toute velléité de fuir hors de la règle et de se lancer dans l'action.
Qu'une telle éducation soit contraire à nos tendances naturelles, on peut le croire : intuitif et impulsif, le génie de la France la porte au goût des novations comme à celui