‹ À travers la KabylieChapitre 11 sur 70 · I.KS Fni'SOLES l»l' PRISONMKi · texte numérisé non relu

I.KS Fni'SOLES l»l' PRISONMKi

u Tu es un vil menteur, lui dit le bey, tous les Français savent peindre, on me l'a dit ; obéis, ou je te fais tranclier la tête. «

Tout tremblant, le cordonnier se mit à l'œuvre, cl du laborieux enfantement de son cerveau, sortirent ces fresques bizarres, impossibles, qui barbouillent les murs, dont les soubassements sont garnis de belles faïences peintes et d'encadrements de cèdre découpé. Le pauvre homme n'était pas sans inquiétude, cl il altendail. dans les angoisses de la peur, la visite du bey. 11 vint, parut émerveillé, et tint parole. Le [)eintre improvisé était libre, et, rentré dans son harem, Achmet disait à ses familiers :

« Ce chien de chrétien voulait me tromper, je savais bien que tous les Français étaient peintres. »

L'aide de camp du général nous fit voir les chambres qui servaient de harem au bey Achmet. Elles sont peu spacieuses, basses de plafond, assombries encore par des plantes grimpantes qui jettent leur ombre sur les étroites fenêtres. La salle où dansaient les femmes devant leur maître est aujourd'hui un salon orné de drapeaux, d'armes, d'instruments de musique ])ris sur les Arabes, et qui forment tout à IViilour de pittoresques Irophées. Par une l)elle nuil du mois de juin.

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assis sur un des balcons du [)alais, nous entendions dans le lointain celte sublime et lanienlable jdainle ■, du quatrième acte du Trouvère, soupirée par une musique militaire. La brise qui nous apportait les notes mélodieuses s'embaumait au passage, en secouant les orangers des jardins et ajoutait encore à la poésie de cette heure charmante.

A notre sortie du palais du gouvernement, nous allâmes au bain maure pour terminer la soirée. Je ne saurais oublier ces établissements qui sont une curiosité de l'Algérie. Les bains où nous conduisit notre guide sont situés dans la ville arabe. 11 était onze heures du soir et la maison, sombre et silencieuse audehors, était pleine de bruit et de lumière à l'intérieur. On nous introduisit dans une cour, au milieu de la- (luelle un jet d'eau fraîche retombait en pluie Hne dans une vasque de marbre. Une galerie, sous laquelle sont étendues des nattes et où Ton procède à son dé* vêtement, règne tout à l'entour. Un jeune garçon vient à vous et vous atlache sur les hanches une pièce d'étoffe rouge ou bleue, vous met sur les épaules une serviette, et aux pieds des sandales de bois. Ainsi accoutré, vous passez dans une première étuve ou l'ègne une température de vingt-cinq degrés ;, c'ef*l

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déjà l'oi'L raisonnable, mais la poile de Tcider s'ouvre, el vous pénétrez dans une grande pièce voûtée, d'où s'échappe une vapeui' brûlante qui vous jneiid à la uorge el vous éloutïe. \ous marchez en «ilissanl sur

ce c

les dalles polies par l'humidité jusqu'à une table de marbre sur laquelle l'étuvisle vous fait étendre; vous vous y livrez aux cabrioles d'un chai écliaudé. Après fpielques instants de séjour daus cette atmosphère

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bouillanle, voire peau bi'ùle, votre gorge se sèche, vous êles lialelaiil, et la [lositiou vous seiuble bientol intolérable. Mais peu à peu les pores s'ouvrent, les j)Oumons se dilatent, la rcs})iratiou revient. Dans les angles de la salle se trouvent de ])etites elianibres où le baigneur vous conduit pour procéder au massage. Celte opération consiste à vous danser sur la poitrine avec les genoux, à vous pétrir les bras, les jambes, à vous faire craquer, avec un bruit inquiétant, toutes les articulations, même la colonne vertébrale, en vous serrant les coudes et appuyant brusquement le genou sur la vertèbre médiale. Pendant ce tenqts, le jeune M'zabite i|ui vous clievauclie psalmodie une clianson monotone qui, s'unissant à la j>rostration passagère que cause la fatigue, produit une sensation de bien-être indétinissable. Puis le masseur vous savoime des pieds à la tête et \ous fricliomie l'iidemenl avec un giiiit de [)oil. Celte Iriction arièle la lrans|)ii'ali()u el rend aux membres leur élasticité. Une ain|>le aldulion d Cau tiède achève rojx'ralion. Alors vous reniiez dans la première étuve, où l'on vous envelo|)[»e de peignoirs d'étoffe pelucheuse en coton ; on vous roule un turban sur la tèle ; un burnous complète le costume, et bientôt, étendu sur les unlles de la ualerie. eiivc-

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loppo de cliaudes couvertures, vous vous livrez à une sieste délicieuse, en savourant une lasse de rwiv maure. Une heure après, bien séché, dispos, les membres souples, vous rentrez chez vous, et pour toutes ces jouissances un peu cuisantes, si vous avez l'ail le généreux en donnant deux francs, le baigneiu' vous appelle « sidi captann ; » si votre folle générosité s'émancipe jusqu'à trois francs, un « selam-aleikoum, sidi commandant, » vivement articulé, clialouilic agréablement la libre militaire, toujours à l'état latent chez nous autres Français. Ces bains sont ouverts luiil et jonr ; comme le feu de Yesla. les louineanx ne s'éleignenl jamais.

ClIAPlTUli VIII

ORDRES RELIGIEUX - LES AISSAOUAS - LES KMOUANS

Il y a Ions les vendredis, à Conslaiitine, de grandes séances de kliouans Aïssaonas, el tons nos amis nous engagèrent à assister à nne de leurs cérémonies. Nons y allons donc, et chemin faisan!, un de nos companjnons me donne snr les ordres relioienx de l'Akérie,

el notamment sur les Aïssonas, les renseignements suivanis :

Il cxisle siii' loule la surface de l'Afrique, Algérie. Tiniisie et iMaroc, de nondjreux ordres religieux, aux- (juels sont affdiés, sons le nom de khouans (frères). lous les lioinmes importants du pays el spécialement du nord de 1" AlVicpic. Alid-cl-Kadci'. le r-élèbre émir,

qui pendant si longtemps a tenu en échec nos armées, était affilié à Tordre de Mouleï-Abd-el-Kaderel-Djelali. Tous les chérifs qui, au nom du prophète dont ils se disaient descendants, sont venus agiter les populations, en proclamant la guerre sainte (djedad), et les jeter dans les hasards des combats, sont des chefs de khouans, khaliffa ou mokkadem : c'est-à-dire chef spirituel, ou président de mosquée.

Notre intention n'est pas de faire connaître tous ces ordres, leurs institntions, leurs tendances ; ce serait sortir du cadre que nous nous sommes tracé ; cependant nous voulons dire quelques mots de Tordre de . sidi M'hamet-ben-Aïssa, qui joint à ses prières des pratiques qui nous ont paru de véritables jongleries.

L'ordre de Sidi -M'hamet-ben-Aïssa (ut fondé à Meknès, dans l'empire du Maroc, il y a trois cents ans environ. Voici la légende. C'était un pauvre homme, que ce Ben-Aïssa, plein de confiance en Dieu, à qui il laissait le soin de pourvoir aux besoins de sa nombreuse lamille, car pour lui il n'avait jamais songé à combattre la misère par le travail ; aussi passait-il plusieurs heures dans la journée en ])rières à la mos- (piée; mais ses i)rières étaient v;iines. et en l'.'iilrant

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chez lui. il enleiidail les plaintes décliiraiiles de ses enfants qni, exténués par la laim, lui demandaient du pain.

Un jour, il y en avait quatre qu'ils n'avaient mangé, pendant l'absence de sidi M'hamet qui était sorti pour ne pas entendre leurs cris, en s'enfermant à la mosquée, un inconnu entra dans la maison et remit à sa femme un panier couvert en lui disant : « Prends ceci, c'est sidi Aïssa qui te l'envoie, » et il disparut. La femme découvre le panier; il contient du mouton, des légumes, des truits, des galettes beurrées. La pauvre femme s'empresse de préparer le repas du soir, tout en partageant à l'avance quelques fruits entre ses enfants affamés.

Le soir est venu, sidi Aïssa revient de la mosquée ; il marche lentement, il tremble de trouver sa pauvre famille morte d'inanition : tout à coup il entend les enfants demander de la galette, et la mère répondre qu'il faut attendre le père qui va rentrer.

Sidi Aïssa rentre, soupe gaiement au milieu de ses enfants, sans demander l'origine de ce bien-être iinisilé ; le lendemain, le même miracle se renouvelle, les jours qui suivent également, et chaque jour les provisions doultlcnl. La femme se jilaint à sidi Aïssa de

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cette prodigalité si disparate avec la misère passée. Et celui-ci de répondre : « Dieu seul est grand, seni il connaît ses secrets desseins; jouissons delà richesse comme nous avons supporté la misère, et adressons à Dieu nos humbles prières, mais avant purilions-nous par des ablutions. » La lennue va à la citerne et au lieu d'enu, elle en retire un seau plein de sultbanis dW^

La nuit suivante, sidi Aïssa eut un songe dans lerpiel Mohamed , par l'ordre du Tout-Puissanl , lui ordonnait de former des prosélytes et lui révélait la formule de la prière.

Le lendemain Aïssa parcourt la ville, cherchant ceux qui, par leur piété, pouvaient devenir ses disci|)les, el à chacun d'eux il disait : ce Veux-tu travailler avec moi? Viens, je l'apprendrai quel travail tu devrns faire. » Et dans sa maison il leur enseignait la manière de prier et de dire son chapelet. Pnis il leur donnait de Tor en leur disant : « C'est Dieu qui le l'envoie, n'oublie jamais ses bienfaits; ne crains rien; désormais aucun mal ne peut t'atleindre. » 11 forma ainsi ceni disciples, qu'il nomma khouans; l'ordre des

' l-f 'Hilllioiii fsl uni- mnnn;ii(' (|iii iToxislo plus. Il \ on nvnit ilc |iliisi('iirs pdiils; In plus politi' posiiit qiKilic [Miistros, environ vlnfT(-rln(| l'iniics.

I,KS KllOUANS AÏSSAOl AS ^r^

Aïssaoïias clail fondé'. Sidi M'hamet-Aïssa moiiiiil plein de jonrs à Moknès, et sa secle a prospéré.

Nous étions arrivés à nne maison manres(pie, où dans nne conr à ciel onverl, éclairée par des bongies de cire jaune fichées contre les colonnetles des galeries, devait avoir lieu la cérémonie. Deux longs cierges étaient placés snr nne estrade basse où l)rûlaif nn brasero. Tout à Fentoin^ de cette estrade étaient assis des musiciens armés de vastes tambours de basqne, appelés tar ; ils attendaient pour commencer le signal du mokkadem. La salle se remplissait d'Arabes qui s'asseyaient gravement sur les nattes ; les spectateurs européens étaient groupés dans nn coin de la galerie inférieure. Au ciel, d'un bleu sombre, scintillaieni les étoiles, et l'on apercevait, penchées sur les terrasses les silhouettes des femmes enveloppées de leurs haïks.

Bientôt le mokkadem entra et alla s'asseoir sur une pile de coussins entassés dans une espèce de niche sous la galerie. Les musiciens commencèrent alors des chants graves, lents d'abord, et assez sembla-

' Los Aïssaouas soiit donc Ips fivrps do l'ordro (h Aïsaa, qui vput diro Jésus. Le fondaloiir do notre rcligfinn, le Clirist. est 'toujonis iippclé, dans le Koian, Siflufi-Aï:isa. noire seicncnr Jésus.

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bles aux litanies de la liturgie catholique ; le nom dv sifli M'Iiamet-ben-Aïssa revenait à chaque instant comme une invocation. Puis l'accompagnement des tar et des derbouka ', (jui jusqu'à ce moment avait joué en sourdine, se mêla d'une manière bruyante au chant, pressant la mesure et prenant à cliaque note une nouvelle intensité. Les frères se levèrent alors et, se tenant enlacés sur un seul rang au fond de la salle, se mirent à danser sur place en donnant à celle longue file une oscillation, de moment en moment plus accentuée, (i'était un bruit , un mouvement indescriptibles : les pieds s'agitaient, les têtes se balançaient à droite et à gauche, et, par une as[)iration gutturale, les h'ères rugissaient en mesure le nom d'Allah.

La musique animant encore le rhythme, pousse l'exaltation et les vociférations au paroxysme. Quelques frères se détachent de la chahie vivante qui se balance avec fureur et viennent, en poussant des cris, en f^iisant mille contorsions hideuses, en agitant leurs corps, comme s'ils étaient secoués par l'épilepsie, exposer leur tête à la fumée de l'encens que le mokka-

l)crhoul,(t, rspiVo (lo tiiiili:ilo l'iiltc d'iiii |iiil de f.nvs sur lt^(|iii' rsl tiMiiiu IdrlcituMU iiii |iai'clit'niiii.

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deni a jclc sur le brasero. Les turbans rouleiil à lerre cl découvrent les crânes rasés. Les nialioniels ' llotteiil d'avant en arrière cl fouettent le visage des l'rères dontrexallation va toujours croissanl. Ce ne sont plus des hommes, ce sont des animaux ; ils imitent leurs mouvements, marclient sur les mains et poussent des hurlements : là c'est le rugissement du lion, ici le glapissement du chacal et de la hyène, un autre imite le beuglement du chameau. La sueur ruisselle sur leurs visages, et c'est à ce moment, voisin de la folie, qu'ils commencent leurs jongleries. Ils se traînent vers le mokkadem et lui demandent à manger en rugissant. Celui-ci leur distribue la nourriture : à Fun il otïre une feuille de liguier de barbarie, garnie de ses [)iquants, ou des chardons épineux ; à Fautre il donne du verre qu'il croipie et broie à belles dents, im troisième avale des clous énormes, celui-ci danse sur le Irancliant d'un yatagan (|ue tiennent deux livres, celui-là, avec un villtrequin (|u'il tourne au coin de la pau[)ière, fait sortir l'œil de l'orbite et le montie tout samiiiinolcnt aux assistants. Le inokkadeju ouvre

' Oïl a|ipollf utaltomcl l;i IniilTo de tlif'M'UX rjnc luns les Aialios laissnil lnuisscr sur le S(iiiiiiirl du cnuic, cl pai' ki(|ucll('. apirs It'Ui' iiKiit, le pni- [•lièlc lc> ciilrvf ,!u |iaia(lis.

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une buîle, en tire des scorpions, qu'un jeniie Irère déchire avec ses dents et dévore; enfin, le plus hardi de la bande, le plus adroit sans doute, ap[)orte une pelle en fer rougie à blanc, l'agite en Tair, en fait jaillir les étincelles et se la passe sur les bras et siu' les ' mains : il la lèche avec fureur, et Ton entend un grésillement comme si la langue brûlait. Tout cela est de la jonglerie, je le crois et personne autour de moi n'émet de doutes à ce sujet; mais ces tours sont faits avec une telle adresse que l'on ne peut discerner les moyens employés. Les frères ne peuvent sans doute, connue les augures de Rome, se regarder sans lire, mais le public (|ui les entoure, à l'exception des Européens, est facilement trompé. Dans tous les cas» c'est une singulière façon d'honorer le souverain créaleni' i[ue de s'abaisser au rang de ses plus viles créatures, et Ton ne peut se défendre d'un sentiment pénible en assistant à cet avilissement de l'homme au ni venu de la brute et à celte aveugle croyance du nitisulmau. qui acce[)le ces tours de [irestidigilalion comme articles de foi.

Arépoquedelafètedu prophète, les Aïssaouas, dans toutes les villes du Maroc et de TAlgérie, promèneiil un ou plusieurs khouans enchaînés, demi-nus, les die-

\(Mi\ luii«^s et ('pars comme uul' crinière, el poiissaiil dos rugissements (jiii n'ont rien d'humain. Les drapeaux verts de l'islamisme flottent sur leurs têles pendant ces exhibitions dans les villes, el une musique de flûtes de roseaux et de lars les accompagne. Sur leur passage le nnisulman s'arrête et invoque sidi M'hamet-ben-Aïssa, le saint, le marabout.

Il existe plusieurs autres ordres religieux en Algérie : 1" les khouans de Sidi-Abd-el-Kader-eI-l)jelali ; c'est le [)lus ancien et le plus populaire du i»ays; c'est le nom qui revient sans cesse dans la bouche des mendiants quand ils implorent la charité. C'est lui qu'invoquent ceux à qui il arrive un accident. La secte est très-nombreuse en Algérie.

^2° L'ordre de Mouleï-taïeb, fondé il va (pielqucs siècles, par une famille de cheurfa' du Maroc. Mouleï, s'il Tant en croire la légende, a lait une singulière prédiction; il a dit à ses khouans : u Vous dominerez |)lus lard sur tout lOullian " d'Alger; mais avant que ma prédiction s'accom[)lisse, il laut que celte conlrée ait été possédée par les enfants du jaune. « Hauou-ei

' Ckeurfa est le pluriel de chôrif. Ce sont les familles arislocraliiiues du |)av>.

- Outhan veut dire arrondissement, et pris plus généralement, pa\s. Bii, c'est la tente; douar, cercle de tentes; ferkn, liaition de triiui; arali, une Iriltu: iilusifiiis (rilms réunies, nu oiilhaii. (\iMr l»c >e\cu. les Khoiians)-.

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asfm', y) désignant ainsi les Français. « Si vous vous en emparez maintenant, les chrétiens le reprendront sur vous ; si, au contraire, les Français prennent l'oullian les premiers, le jour viendra où vous le reprendrez sur eux. »

La conquête de TAlgérie est donc un lait naturel, |)révu pour les khouans de Moulei-taïeb ; la prédiction du marabout s'est accomplie quant à nous ; ils hâtent de tous leurs vœux la réalisation de sa seconde partie, puisqu'ils doivent régner après nous avoir dépossédés'. Aussi, dans tous les soulèvements des Arabes, dcjuiis notre prise de possession, ti'ouvons-nous des khouans de Mouleï-taïeb, soit à la télé, soit dans les rangs des insurgés. Bou-Maza, « le Père delà Chèvre, » qui, en 1845, souleva la tribu des Magroua, dans le Dalira, se disait chérif de sidi Alif et khouan de Mouleït;iïeb. L'empereur actuel du Maroc, Abd-er-Rhamaii est khouan de cet ordre ; ce (jui expli(pie les insurrections de la ])rovince d'Oran cpi'il a Ibmenlées, et la guerre qu'il nous a l'aile. La bataille d'Isly, le bombar-

' I II Aiiilic, (|Ui ;,\;iil i( (.11 (l'un oriicicr CiiiiUMis un l'usil ;i pi^lmi, (it (•lian,:;('r les hiittcrics jiniir m rciiictlro (rjiiiripnnrs ;i jiieriTs. On lui dc- 11 anda |Hnii(|iioi ce changcniciil, il rcpruulil : « Ndiis ne savons jias faliri((Ui'r les cajiMilfs, ri, (|nan(l vous n"y sciez plus, inaïKjuanl (Panioices, mon fusil serait iiuiliic. Te ddit élic un Midiian-taicli.

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(leiiieiil de Tanger cl de Mogador lui oui enseigné à ne pas trop coniptev sur les prédictions des saints de sa famille.

L'ordre de Ben abd-er-Hliaman est originaire d'Alger, où il a de nombreux adhérents ; il est mort en Kabylie, où il a un tombeau, et je raconterai sa légende lorsque j'en serai au Djurjura. C'est Tordre national en Algérie; aussi, lorsque Abd-el-Kader nous combattait, il eut soin de s'y faire affilier ; il espérait ainsi s'attirer les sympathies des Arabes et des Kabyles ; il es! certain que les zaouia de cet ordre lui ont fourni des secours d'hommes et d'arsent^

L'ordre de Sidi-\oussef-Hansali , originaire des environs de Gonstantine, composé de deux mille khouans, est [turement religieux. La maison de sidi Youssef était, au tenq)s du bey de Conslantiiie. lui lieu de refuge que le souverain n'osait violer. Elle est aujourd'hui une école où l'on apprend à lire et à écrire aux enfants pauvres. Sitli Hanuno-el-Zoïiauui, descendant direct de sidi Youssef-Hansali, est aujourd'hui chet de l'ordre et jouit, à Conslanline, d'une grande réputation de sainteté. J'ai passé une heure

' On appelle xaouin des êlablissemeiUs religieux tout à la l'ois écolo, lieu d'asile, hôtellerie- poui* les pèlerins. (Voir plus loin la znoiiia de chellaia .)

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