‹ À travers la KabylieChapitre 12 sur 70 · A Ti;.\VKi;s LA KAliYLlK · texte numérisé non relu

A Ti;.\VKi;s LA KAliYLlK

avec ce iiiaraboul, ci j'ai pu eu tracer, à sou lusu, uu

rapide croquis.

Les khouans prieut d'uue l'açou siugulière : loule leur prière consiste à dire ceul fois : « Dieu pardouue ! » puis ceut t'ois la foriuule : « Allah ill' Allah

ou Dieu est Dieu, et Mahomet est le prophète de Dieu. Mohamed, ressoul Allah. » A la prière de trois heures, ils r('pèleut cinquante lois la première invocation, cent lois la seconde; entin, à la [)rière du soir, a el moghreh. » ils redisent la'piière coimne le matin.

Tels sont les ordres religieux parsemés sur le sol

LIi\ CAFK MAI lit: A CONSTA.NTINE 8.^

de J'Algéi'ic, chjiii doivent èlre pour nos gouvcrimiils robjel d'une incessante surveillance, car c'est p;ii' Icui' l'anatisnie (jue rinsuiTCclion s'est propagée tlans les [)i'ovinces et a entraîné de pauvres fous dans les hasards des combats, dont ils sont toujours les seules victimes, par les razzias faites sur leurs bestiaux, ou les contributions de guerre imposées à leurs tribus. Les khouans se tiennent derrière le rideau.

Mon compagnon de voyagé et moi avons adopté dans le quartier arabe, un café maure où nous allons deux ou trois fois par jour prendre une tasse de kaoua. Les premières fois qu'on hume cette boisson, on est tout étonné de boire et de manger tout à la fois, mais oiî s'y fait vite, et le café, avec son marc, ne vous paraît (jue plus [larl'umé. C'est assis sur un banc de pierre recouvert d'une natte, que nous contemplons ce perpétuel va (;t vient de chevaux, dànes, de nulles, trottant dans ces rues (pii n'ont pas un mètre et demi de large. Les passants, vendeurs, acheteurs, ilaiieurs, Arabes, Kabyles, Turcs, Maures, Juifs, spahis, Koulouglis, gens de toutes nations, sont très-nombreux. De tous cotés on n'entend (|ue ce cri : « Balek, )> (Pi'ends garde). La rue n"est |»as pavéCj, le cheval ou l'àne l^e^l pas l'en'é; vous iiavez rien entendu venir

8i A TH.WKI'.S LA KAl'.YIJK

et à peine avez-vous le temps de vous garer en vous eltaçaiil contre le niui', ((u'im cavalier passe fièrement devant vous, ou (prun troupeau de bourricots non bridés, chargés de chaux, de sable, de pierre contenus dans des paniers en sparterie, vous éralle en trot-

tinant. Cette activité, cette circulation incessante sont fiour moi un spectacle toujours nouveau. J'ai dit ([iie les rues étaient fort étroites : rpielques-unes sont couvertes de toits de planches avec de petites fenêtres pour renouveler Tair. Ces rues-là sont obscures, surl(tul h^s jours de bruine, maison peut s'y iMomencr à

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l'abri du soleil, pendant" Télé, de la pluie ou de la neige, Irès-fréquentes en hiver dans ces hautes régions.

De chaque côté de ces rues, qui ressemblent à des bazars, s'ouvrent de petites boutiques d'un mètre et demi de large, sur deux mètres de profondeur, et d'une hauteur proportionnelle. Le fond et les côtés sont garnis de rayons, encombrés de marchandises. La devanture est ouverte, el des échantillons y sont suspendus aux moiilaiils de la porte. Siu' la dalle qui sert de comptoir, exhaussée à un mètre du sol. est accroupi le marchand maure ou juif, attendant le chaland. Si c'est un Maure ou un Turc, vous le recomiaîlrez aisément à son air endormi, à son apathie; il ne lient pas à vous vendre, il vous présentera la marchandise demandée, mais ne cherchera pas à (ixer votre indécision. Le juif, au contraire, actif, éveillé, guette le client, fait ses offres de service, déploie ses étoffes, les fait chatoyer à vos yeux, ne i)laint ni sa peine, ni ses paroles, et tache de lire dans vos regards ce (pii vous ])laît d;ms son assortiment.

Chaque industrie a sa rue, où se liouvent réunis tous les marchands de la même profession : ici les (ailleurs qui vendent les burnous, les liaïks. les étoffes de laine ou de soie ; là le marchand de colonnades, el

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^' VOUS voyez les toiles peintes d'Alsace, les mouchoirs

<le Chollet, les indiennes de Rouen, mêlés aux étoffes indigènes, plus grossières de fabrication peut-être, mais certainement plus originales. Ici la rue est pleine de bruit : ce sont des forgerons battant l'enclume, et dont la boutique, grande comme une serviette, contient cependant une foige. un soufflet des plus primili Is, une enclume et un ou tillage assez peu compliqué ; les spécimens de son travail sont étalés sur la devanture de la boutique, dans laquelle il est enfoncé Jus- (pi'à mi-corps. Plus loin, ce sont les cordonniers, corporation nombreuse à Conslantine; une chose incroyable! c'est l'énorme quantité de babouches, de souliers, de bottes qui se fabriquent pour ce peuple ([ui marche presque toujours pieds-nus. Les boutiques des cordonniers sont un peu plus vastes et contiennent des soupentes où travaillent les jeunes apprentis. A la devanture de chaque cordonnier est appendue une cage d'osier ou chante un rossignol; devant lui, un vase où trempe nnc fleur. C'est sa poésie, une chanson et un parfum.

Dans une petite rue voûtée et sombre comme un souterrain, sont établis les tailleurs de vêtements. C'est merveilleux de les voir coudre ou broder avec

RUE DE CONSlANTlNf-

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