I.AMIN DF, P.dl-KTKUN \7C
village et ([ne robsciirilé de la nuit ne m'a ])as permis (le voir. Le chemin est abrupt, diflicile. si j'en juge par les mouvements saccadés de mon mulet ; nous traversons un ruisseau ({ue j'entends bruire entre les cailloux ; puis nous grimpons de nouveau un chemin à lacets ; bientôt les aboiements des chiens nous avertissent que nous entrons dans le village. Nous parcourons des rues tortueuses, étroites, oii deux cavaliers n'ont jamais passé de ft'ont, et nous arrivons enfin à une maison qui est celle du cheikh ou plutôt de l'amin, car nous sommes en Kabylie.
La porte est fermée; les spahis frappent et les chiens font rage à l'intérieur. M... et moi restons prudemment sur nos montures, attendant l'issue de la négociation qui va s'entamer. La porte s'ouvre enfin ; deux hommes apparaissent dans la pénombre, éclairés par une lampe en terre que tient l'un deux. Le premier, homme de haute taille, à In figure ouverte et bienveillante, s'avance sur le seuil ; à la vue des spahis, les selam alek, les baise-mains commencent, puis nos guides demandent pour nous l'hospitalité. Le Kabyle nous reçoit avec gravité, sans s'informer de notre qualité, obéissant, non à un devoir social qu'il ne connaîl pas, mais à un pri'ccple de sa religion ([ni ini coni-
ir)4 A TRAVERS LA KARYLIE
mande de considérer Thôle comme un envoyé de Dieu. Il vient à nous, nous prend la main, la porte à ses lèvres sans servilité, nous aide à descendre de nos montures et nous fait entrer sous un hangar qui n'a, pour tout meuble, qu'un four et de vastes jarres en paille et en terre, oii se mettent les provisions et les grains. Deux serviteurs s'empressent d'étendre des nattes, on y ajoute des tellis et des coussins, et l'amin nous invile à nous asseoir. Puis il fait apporter du lait, du miel, et remplit avec dignité les devoirs de l'hospitalité. Un souper d'œufs, de miel, de figues, de galettes, est bienlot improvisé et nous y faisons honneur. L'amin s'ahsiieul d'y i^rendi'e pari, il nous regarde el cherche à piévenir nos désirs^ ; puis, lorsque noire repas est terminé, il enlève lui-même ce qui reste et va porter nos reliefs aux s])ahis el aux nnileliers accroupis dans un coin.
M... ])répare le café, et l'amin se rapproche, surpris de ce mode si facile de procéder avec une lampe à esprit-de-vin. Le café est fail en ciiKj minules, et les lasses dont nous sommes munis se remplissent el se vident rapidement. L'amin, à cpii nous en offrons,
' Los K;il)ylos, commo les Arahos. m* mniiooiit jamais avoc Ifiirs hôtes : ils croiraient inaïKjuer à la politesse.
I/A.MIN DK DOÎ-KTECN \7>h
accepte cl savoure lentement la boisson paifumée; c'est un l'égal |iour lui, car les Kabyles prennent rarement du café. Les Arabes des tentes n'en consomment pas non plus; les habitants des villes en ont seuls riiabitude. mais ils rumeiil dans le cliibdiik wuo espèce de tabac lrès-l)lond, très-doux, appelé cliébli. Pendant toute la durée de notre voyage, je n'ai pas vu fumer un seul Kabyle.
Bou-Kteun, aussi appelé Tela-Méla, situé à mi-côle du Dern' cl Abîmer, « le Plateau l'ouge, « est un |)auvre village qui garde le passage des Ribans, ou Portes de fer. Il n'a rien d'intéressant, et à part la maison de l'amin, qui est bien construite, toutes les autres ressemblaient à de vraies cabanes. Le lendemain, dès l'aube, nous le quittions, et l'amin, aussi matinal que nous, nous accompagnait pendant quatre kilomètres. Tous les alentours du village étaient autrefois plantés en oliviers, en figuiers; c'élait la richesse de ce village; mais la guerre a (ont détruit, les arbres ont ét(' brûlés ou sciés au |»ied, et l'amin me les montrait eu disant : f< Roumi francrs; » ce sont les chrétiens français.
OHAPITIÎIÎ XIII
LA KABYLIE. — ORIGINES BERBERES. — KEBAILES