ARABES. LES TURCS
Nous voici donc en Kabylie ; nons n'avons vu qu'un seul village cl quelques-uns de ses habitants, mais déjà nous avons pu reconnaître une autre race. Dans ce massif de montagnes, coupé en deux par le Djurjura, et qui s'étend do Dougie à l'Oued-Isser, vit un peuple qui n'est pas le peuple aral)e ; il n'en a ni les mœurs, ni le caractère, ni les coutumes; il a son cachet original. (Vest le Kabyle, cpii a su conserver son indépendance depuis des siècles, sans se lais-
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ser entamer ou amollir par les civilisations qui l'ont côtoyé. Toute l'énergie du peuple arabe, qui a dominé le plus longtemps dans ces contrées, s'est brisée contre ces volontés inflexibles, tout son génie a écboué devant cette inertie; il n'a pu ni les soumettre, ni leur imposer son langage ; seule la religion musulmane a pénétré dans la société kabyle par l'entremise des marabouts.
Quelle est donc cette population qui porte avec fierté le nom de kebaïle, dont nous avons fait kabyle? Estce un peuple autochthone qui, de temps immémorial, élabli dans ces montagnes, n'a jamais mêlé son sang à celui des peuples qui l'environnaient? Est-ce un mélange de toutes les races qui ont dominé eu Africjue, et dont, à cliaque nouvelle invasion, les dél)ris se sont réfugiés sur les pics inaccessibles? C/est là une question bien ardue, bien controversée et qu'il convient d'examiner très-rapidement.
Lorsqu'on veut étudier les institutions, les mœurs dune nation, il est utile de remonter à sa naissance pour y retrouver et y saisir la trace d'usages quelquefois aussi anciens qu'elle. Mais lorsque son origine est obscure, inconnue, ])arce que les monuments, la tradition, font défaut, c'est en suivant ces usages dans les siècles antérieurs, c'est en les com[)aranl, en consta-
IVS KKI'.AIM-S, ORIGINES IÔ9
lanl leur aiialogie. qu'on parvient à retrouver son lierceau.
Ce peuple, qui habite les régions montagneuses comprises entre Dellys, Aumale, Sétif et Bougie d'un eôté, Tizzi-ou-Zou et Fort-Napoléon de Tautic, est, nous Pavons dit. entièrement distinct de la race arabe. ïl s'appelait autrefois Berbère, et depuis l'invasion arabe il porle le nom de Kebaïle. Le nom de Berbère, dont les Bomains ont fait le mot Barbares, était une qualification donnée par les Egyptiens à tous ceux qui ne parlaient pas leur langue, et les hommes qui portaient ce nom étaient peut-être les anciens Libyens, descendants du Laabim de la Genèse. Quant au nom de Berbère, que Ton retrouve dans les plus vieux monuments de l'Asie méridionale, du sud de l'Egypte et de l'extrême Orient, quelques auteurs le font remonter à Ber, fils de Tamla. fils de Mazig, dont parlent les récils mosaïstes '. Libyens el Berbères oui donc une origine commune, et, sortis du centre de TAsie, comme tous les peuples de la Genèse, ils sont descendus par l'Egypte sur le continent africain, suivant les
' CoUo oxplirafinn, (\uo nous oniprnnlfms au savnni ou^Tagp de M. Pascal Ihiprat. lidccsaiirieiuu's cl moderucs, csl. do Imilcs les i)|iinions ômisos par los autours, rollo rpii noiK satisl'ait lo plus.
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côtes de la mer de Roura, ou Méditerranée, éparpillant leurs tribus dans les plaines que côtoie cette mer et les versants de FAtlas. C'est une erreur de penser que ce peuple soit autoclithone, c'est-ii-dire né sur le sol où il est placé. Il est bien plus croyable que son berceau est l'Orient; mais il s'est implanté en Afrique dès les temps les plus reculés, et nous en trouvons la preuve dans la découverte faite au dix-septième siècle par un voyageur. François d'Arcos, en fouillant, en 1631 , les ruines de l'ancienne Thugga, trouvait une pierre sur laquelle étaient gravées deux inscriptions, l'une de sept lignes, en langue phénicienne, l'autre en regard, de sept lignes aussi, mais composée de caractères inconnus.
11 fut impossil)le de déchiffrer ces hiéroglyphes.
Lors de l'occupation française en Afri(pie, la pioche des colons et des soldats fit découvrir, dans la province de Conslantine de nombreuses inscriptions phéniciennes, latines et d'autres dont l'écriture offrait une complète analogie avec les caractères de l'inscription de Thugga. La comparaison de ces écritures fournit le commencement d'un alphabet, et, en 1844, M. le capitaine Boissonnet acquérait la certitude que ces caractères mystérieux et inconnus, jusqu'alors, delà pierre
tic Tliiigga, n'étaient antres qne la langue Ijerbère. C'est donc une langue mère, un de ces idiomes que les peuples bégayent à leur enfance, ne s'appliquant ([u'aux besoins de la vie physique ; et la preuve, c'est que les mots se rapportant aux facultés intellectuelles ou morales de Thomme manquent dans la langue kabyle ou sont empruntés à la langue arabe. J.'alpbabel berbère est perdu aujourd'hui et le berberïa ne s'écrit qu'avec des caractères arabes. 11 n'existe ni manuscrit ni livre dans cette langue que parlent cependant, sur toute la surface de l'Algérie ou du Maroc, plusieurs millions d'individus, mais avec des altérations diverses provenant du commerce avec les peuples qui ont tour à tour dominé en Afrique. Ces divers dialectes de la langue originaire, le berberia, sont le :^enatia, le cJiellaya, le diaouiah et le zouaouiah.
L'origine constatée, suivons ce peuple dans les vicissitudes (piil a subies, dans les invasions (pfil a combattues, ou devant lesipielles il a cédé pour sauver son indépendance menacée. La première invasion, toute pacifique, est celle des Phéniciens. ÉloufQnit dans les murailles de leurs villes, trop étroites pour leur iioiidjre cl radiviléde leur génie, les Phéniciens se viient forcés d'émigrer et de chercher une autre
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patrie. Alors on vil les iiavigaleurs de Byblos, de Tjr, prendre pied en Europe, puis s'abattre sur l'Afrique et y fonder les plus riches colonies. A l'aide d'habiles négociations, d'acquisitions de terres aux Libyens, possesseurs du sol, les Phéniciens envahirent, sans combat, lont le littoral africain de la Méditerranée. Leurs peniières migrations lemontent à 1250 ans avant Jésus-Christ. C'est ainsi que furent bâties Utique, Hadrumctte, Leptis, Hippone et Carthage. Les Libyens, abandonnant les rives à leurs nouveaux alliés, se ressérèrenl dans les montagnes jusqu'au pied de l'Atlas.
Au sixième siècle de Rome, ^ly ans avanl Tère chrétienne, après avoir vaincu Carthage et toutes les villes phéniciennes du littoral, les Romains pénétrèrent dans l'intérieur de l'Afrique et l'occupèrent militairement ; ils y fondèrent des colonies, moins en envoyant des familles de colons que des soldats. 11 en fut ainsi depuis le sixième consulat de Marius jusqu'à Yespasien et Trajan, qui transportèrent dans les Mauritanies césarienne, tingitane et sitilieime. et la Numidie des armées conq)usées non pas seulement île Romains, mais d'individus de toutes les races vaincues aux^ quels ils avaient su inspirer ces idées de (hscipline .
INVASION liKS lîOMAlNS U.'
el d'obéissance (jiii ont si puissainiiieiil conliibur à la conquclc du monde. C'est ce qui a fait dire à Montesquieu :
« C'était une circulation des hommes de tout l'univers: Rome les recevait esclaves et les renvoyait Romains. » C'est à cette époque de l'apogée de leur puissance qu'il faut rattacher une partie de ces grandioses constructions, temples, prétoires, portes triomphales, aqueducs, théâtres, citernes, dont les ruines, semées sui' toute la surlace du sol africain, attestent leur présence el leur domination; mais ces vestiges de l'occupation romaine que l'on retrouve sur toute la côte, dans les débris qui ont été Raga, Choba, Rusucurum, SalvîE, sont moins répandus en Kabylie. et l'on ne retrouve pas non plus, dans ces ruines éparses, les preuves d'établissements puissants ou les traces d'une domination bien assise.
Les Rerbères, en effet, combattirent sans cesse pour conserver leur croyance, leurs lois, leur indépendance et l'intégrité de leui' territoire, contre les divers conquérants qui voulurent les asservir, et l'on peut dire qu'ils ne furent jamais complètement à la merci d'un vainqueur* C'est ainsi que, vingt-ipiatre ans avant l'ère chrétienne, ils luttent contre Un lieulenanl tic Komcdu
!4i A TI'.AVKIIS I.A IvABYl.IE
nom de Cossus. L'an 17 de l'ère chrétienne, soivs Tibère, ce peuple belliqueux, conduit par un cliet' numide, du nom de Tacfarinas, va inquiéter la puissance romaine dans la province de (îirta^ Sous Yalenlinien, Fan Ô72 de notre ère, les Berbères, désignés par les historiens sous le nom général île quinqiie (jentiani, [uovoquent une sanglante insurrection, et ce n'est qu'après plusieurs années de luttes que cette rébellion est domptée par Théodose, père de Théodose le Grand ; les vaincus se réfugient dans leurs montagnes.
Ces insurrections û'équentes, ces incursions sur le territoire romain tendent à prouver que la soumission ifa jamais été complète; les vainqueurs eux-mêmes semblent s'être contentés de cerner les montagnards dans ces hautes contrées où ils avaient cherché un rehige, au pied de ce Djurjura, appelé par les Romains mous Ferratus, à cause de Fénergique résistance de ses habitants, sans occuper militairement leur lerriloire. Ils les observaient plus qu'ils ne leur imposaient des lois.
D'Aumale, VAuzia des Romains, à Bougie, Salvx cohmia, les ruines se rencontrent d'espace en espace, mais toujours dans les vallées, jamais dans les mon-
' AujuurdMuii [)ru\iiK:o do Coiist;iiitiiie.
l'.LI.NKS IIOMAI.NKS 1 U,
lagries. En face du bordj de Thazenialli ^e Lioiivcnl des débris d'édifice, parsemés sur le uiaïuelou de Thasbalh. C'est peut-être Aitsum, dont il est question dans Salluste. En (ace d'Akbou et sur un monticule boisé, s'élèvent les restes d'un monument funéraire que dans le pays on appelle le Tombeau du Romain. Plus au nord-ouest, giseut des ruines, sur une étendue de plus de douze hectares, ijue les Arabes appellent Tiklat et qui ont consei'vé une certaine imporlance. Au-dessus de ces ruines, qui représentent tout ce qui reste d'une ville, Tubusuptus peut-être, se dressent deux rochers, et sur leur cime des":débris de fortifications destinées à maintenir les populations renuiantes de la montagne. Des murs d'enceinte de six à huit mètres de haut subsistent encore en certains endroits, des chapiteaux d'ordre corinthien, richement (ouillés sont dispersés sur le sol; une colonne de six mèlres dresse dans ces solitudes son fût orné d'un chapiteau gigantesque et d'un seul bloc.
Sur la rive de l'oued Sahel, on retrouve les culées d'un édifice, aqueduc et |iont lout à la fois, et de l'autre côté de la rivière, à deux kilomètres, on voit un barrage destiné à détourner les eaux d'un ruisseau et les vestiges d'un temple.
U6 A TfiAVKllS LA KADUJK
De Dellys à Bougie il existe encore une roule militaire qui reliait les deux villes, et, sur le parcours, des postes destinés à maintenir les montagnards : à Tiquelat, dans la tribu des Fénayas ; à Tissa, chez les Sénadjas; à Aïn-Foul^a, chez les Beni-Oudjal ; à Tiquebine, dans la tribu des Beni-Chebanas; entin, à Kontas, sur le territoue des Beni-bou-Bekeur, on retrouve des remparts, des fontaines encore très-bien conservées, des colonnes surmontées d'inscriptions, aujourd'hui illisibles, en un mot, des traces non équivoques d'une installation sinon complète, au moins durable, et les deux peuples, toul en s'observanl avec méfiance, tout en vivant sous des lois diftérentes. ont été, par suite (hi voisinage, des besoins mutuels, en rapport constant, mais sans fusion de races, sans mélange de nationalité. Beaucouj» de mots toutefois de la langue latine sont restés dans l'idiome kabyle avec de légères altérations. Nous en citerons quelques-uns seulement : ainsi les mots « tagmonte el Karouch, » la monlagne des Chênes, dérivent évidemment de mous el de quercus; « harbea, » herbe, de herba; « oulmo, )j orme, de ulmus; ^< arora, » aurore, iVamwa; enfin, « anguelos, » ange, d\fngeliis.
Mais ce vaste empire^ fondé en Africpie, qui
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s'éleiidail siii- loiilc la i-ôlc i'()iii|)i'ise ciilie l'uiiciriiiio cyrénaïquc et FOcéan, ticvail crouler au cimjuièiuo siècle, sous le lorienl des hordes vandales. En 4'28. le comte Bonii'ace, gouverneur de rAlriquc. ayani encouru la disgrâce de Placidie, mère de Valenlinien 111. el voulani s'en venger, appelle Genséric, (]ui envahit la Mauritanie^; la Numidie a bientôt le même sort. Comme une lroml)e (jui brise et renverse tout sur son passage, Genséric, dans l'intérêt de sa sûreté, sema de ruines le [)ays envahi par ses armées, el sur leurs débris, fonda son nouvel empire, dont Car- Ihage devint la capitale. Mais ce fut la ])erte des Vandales : amollis i)ar le climat, séduits par cette nature énervante et voluptueuse, ils furent impuissants, au sein de leurs villes dépourvues de défense, à arrêter les nouveaux envahisseurs. En effet, les empereurs de Byzance, qui rêvaient de relever l'empire d'Occident, écrasé sous le pied des races germaniques, el de reconstituer la puissance romaine alors déchue, avaient envoyé une flotte et une armée à la conquête de celte Afrique toujours envahie. En 536, Bélisaire aborde à Caput Vada, s'empare de Cartilage, extermine les Vandales et leur l'oi Gélimer à la journée
' En 435, Valentinieii iïil obligé de signer avec Genséric uu Irailé de paix*
i48 A Tl'.AVKHS LA KABVIJK
de Ti'icarémoii, et, passant par les monls Aiirès, pousse jusqu'à Siliphis, Sétif. Ce ue fut qu'une occupation toute militaire; les Byzantins ne fondèrent aucune colonie; tout au plus réussirent-ils à se maintenir dans les villes du littoral! Cette nouvelle invasion avait pénétré en Afrique, précédée du signe de la rédemption, et la religion chrétienne fit aux vainqueurs plus de prosélytes que leurs armes n'avaient amené de soumissions. Mais ces peuples ignorants se jetèrent dans le schisme des Donatistes et embrassèrent l'hérésie des CirconcellionsS peutêtre en haine de la domination étranoère. L'histou'e n'a pas conservé le détail des faits, et nous en sommes réduits aux conjectures; mais ce qui est resté dans les mœurs et les usages kabyles de cette divine clarté du christianisme (pii jadis illumina l'Airique septentrionale, c'est Fesprit de charité , de fraternité qui domine dans leurs lois, dans leurs mœurs. Ce qui ressort de l'ensemble des circonstances, c'est que les Berbères, souvent vaincus, jamais soumis, n'eurent d'aulie souci que de combattre leurs maîtres et de se joindre aux nouveaux conquérants, alin de chasser les anciens. C'est là le rôle constant des Kabyles.
' Dirigée \k\v Optatus, évoque de Thanugas.
INVASIONS DKS AHAliES 1-40
Quand les Vandales se ruent sur TAfrique, ils ont pour auxiliaires ardents, acharnés, les Berbères, qui espèrent, dans le renversement du pouvoir romain, retrouver les débris de leur vieille indépendance; ils ne tardent pas à se tourner contre leurs alliés de la veille, qui veulent les dominer à leur tour, et par des attaques continuelles ils parviennent à reconquérir une partie du pays envahi. Puis, quand les Bvzantins arrivent, les Berbères, fidèles à leurs habitudes, vont tendre la main aux envahisseurs et leur demander leur amitié, jusqu'à ce qu'une nouvelle invasion les jette dans la révolte et les fasse s'associer à une réaction contre leurs anciens dominateurs.
Au septième siècle, un peuple ardent, belliqueux, apparaissait en Afrique et jusque sur les plateaux de l'Atlas. Partis des rives de l'Yémen, les Arabes, convertis par Mohamed, leur prophète, à la foi de l'Islam, se répandirent dans la Perse, l'Egypte, la Syrie et pénétrèrent dans l'Afrique septentrionale sous la conduite d'Amrou-ben-Abas, un des lieutenants d'Omar. Bientôt la faible domination romaine en Afrique s'effaçait à jamais. La lutte s'établit alors entre les nouveaux conquérants et les Berbères, avec des alternatives de succès et de revers. La résistance des moula-
gnards fut longue, opiiiialre el si énergique que les Arabes ont conservé à la Kabylie le surnom de El- Adoua, « la terre ennemie. » Toute la force, toute la tactique des Arabes, vinrent se briser contre les efforis de ce petit peuple sauvage, qui défendait son sol inviolé jusqu'alors. Cernés de tous côtés par cette invasion, qui des plaines montait jusqu'aux montagnes, accablés sous le nombre, les Berbères se soumettaient en apparence, mais sans accepter de ces nouveaux maîtres, leurs mœurs, leurs lois, ou leur langue. Seule la religion de l'islarn s'imposait à eux. Refoulés sur les sommets du Djurjura, réduits à l'extrême misère, à la merci du vainqueur, ils n'avaient d'autre ressource, pour échapper à sa fureur, que d'embrasser cette religion nouvelle qui servait de drapeau à l'invasion. Ils acceptèrent le Koran, et c'est à ce moment (|ii(' le nom de Kabyles leur est donné'. Les Berbères soumis. l'Afrique appartenait aux Arabes.
Se|>t siècles plus tard, les Turcs ou Osmanlis, descendants des anciens Scythes, abandonnaient l'Asie du Nord, leur patrie, sous les ordres d'Osman, portaient
I K('l).ul vifiidruit alors du mot aralio kaliol, '' il a accqUi'. » Ji' trouve tctlo cNiditation dans l'ouvrage d(< M. le généial Dauiuas, la grande Kubylie; mais \o crois plus vraie colle (|ui fait dériver le mol kliail, de kbila. >i eoufédé- [■alidu. I.eiu' îrouvenifMnenl e^l une déuioiralir IV'il(''rati\e. ■
LKS TURCS KT liAliA-llAROI I».! I-M
la leiTcur, la guerre d'invasion dans l'Egyple, la Grèce et son archipel, et dispersaient les débris de l'empire byzantin. Deux renégats, Baba-Haroudj et Kliair-Eddin. donl. par une étrange altération des noms orientaux, les auteurs européens ont fait Barberousse et liarriadan, profitant des divisions des Arabes, affaiblis par leurs luttes avec les Berbères et les Espagnols, qui avaient envahi leurs côtes, vinrent offrir le secours de leurs armes à leurs coreligionnaires, et firent en Afrique de nombreuses conquêtes au nom du sultan des Turcs.
Singulier génie (pie relui de Baba-Haroudj ! A vingt ans, prisonnier des Turcs, il a renié sa religion. Timonniej' à bord d'une galèie turque, il s'empare du commandement, en luaiit d'un coup de hache le chef de la (liioiinic. se l'ail recoiinaihc poui' «'ImT par ré(juij)age l'évollé et, corsaire d'aveir luic, Icjilc (raiidacieuses enli'('|)ris('s, souvciil cdiiroiiiiées de succès. C'est là le piédestal de sa lianic lorluiic. La violence, la trahison, l'assassinai son! aulaiil (r(''ch('loiis ipii ["('lèveront an pouvoir. Il est la terreur de rAdiialitpie. (hi lill<»ral de la M(''(literranéc el de ses iles. Sa volonté iiitatigable (pie rien ne fait (('dcr. sa l('in('nl(''. son éner|iie tpii lui loiil
ir.2 A TP.AVTRS LA KAISYLIK
tout entreprendre, le poussent vers les rivages de l'xAtrique, et, après bien des luttes, bien des revers, suivis de victoires, il est appelé au secours d'Alger que tiennent en (k'iiec les Espagnols ; pai- luie indigne Iraliison, il s'ein[)are de la ville, en étranglant le cheikh El-Etrumy, avec son })ro])re turban, et se Ont proclamer roi; puis, pendant de longues années, il maintient son usurpation en iaisant tomber des t(Mes, en étouffant dans le sang les rébellions sans cesse renaissantes. Les violences, les exactions de ce conquérant sanguinaire deviennent odieuses aux Algériens, et ils a|)])ellent à ieui- secouis les Espagnols; mais une sanglante défaite de l'armée de Diego de Véra vient ajouter encoïc au prestige de Baba-Haroudj qui, [)ai' une heureuse inspiiation, et pour affermir son pouvoir ébranlé, se j)lace sous la protection des Tuics et demande riiivestilure au sultan.
Une alliance alors eut lieu entre les Arabes et leurs vainqueurs; la religion musulmane fut un lien entre eux, et une armée composée de ces deux éléments assura rapidement la conquête des villes (\\\ littoral et de rintérieur. Ils se firent redouter par la violence de leui' Ivrannie. et ne se soutinrent
FKDK HAT IONS KAP.YI.KS loâ
jusqu'à la couquete française que par la lerreui' qu'iiispira leur despotisme.
Les Turcs avaient organisé un système de gouververnemcnl qui consistait à s'emparer des grandes vallées qui entourent la Ka^Dvlie, à les faire garder par des colonies militaires indigènes, commandées par un chef turc nommé kaïd ; mais ces chefs n'avaient qu'une autorité purement nominale et nullement effective. Ils établissaient des l)ordi ou foi'teresses dans la vallée de l'oued Amroua, qui Iracc la route d'Alger à Bougie, dans la vallée de Toued Bou-R'ni el do l'oued Sébaou, qui occupe la route de Ilaniza à Dcllys. Enfin, dans la vallée de l'oued Isser, qui va d'Alger h Consiantine. Mais ce n'est qu'à l'aide de razzias d'hommes et de récoltes que les kaïds paivenaient à recouvrer une partie de l'inqxM. Ainsi, pendant (ju'ils assujettissaient, comme gage de dé pendance, les Beni-Abd-el-Djebar à une faible vcdevance, perçue par le beylik de Consiantine, ils laissaient les Aït-Aidel et les gens de la [irincipauté de Kouko, aujourd'hui les Zouaouas el les Flissas, conqilétement indépendants. 11 en était de même pour Ions les Kabyles des hauts plateaux, d(tnl le s(»l ;ni(lt' n"<>Hr;iil rien d'iililc à la ('on([uélr. coin-
loi A TRAVEHS LA KADYLIE
paré aux riches plaines du Sahel. Le peuple berbère resta donc libre ; les Turcs établirent bien sui* quelques pics, ou dans les vallées voisines de la Kabylie, des forteresses destinées à maintenir les inonIa<;nards dans l'obéissance, mais ce fui une (lomiualion plus apparente que réelle. Les Kabyles continuèrent à se gouverner eux-mêmes démocrali- ({uement, à choisir leurs chefs, à former une ré- |)ublique fédérative, composée d'un grand nombre de liibus kbila. Chaque confédération se divisait en tribus, arch, et chaque ti'ibu en villages clechera. Il Cl! est encore ainsi aujouril'hui, les tribus indépendantes les unes des autres se gouvernent ellesmêmes, sans obéir à un chef suprême de la confédéralidu; elles ne se groupent, ne se constitueul eu solls on rangs que poui' la défense de leur pays, en cas (le péril.
Ainsi unis cl se scnlanl loris, les Kaityles rel'usèrenl de payei' uu impol rcgulici' aux conquérants, el n'obéirent (ju'à des lois paiticulières, formées de traditions d'usages locaux, et qui aujourd'hui encore subsistent et ])ortent le inêuie nom de Kanoun. Ce mol. dérivé du Grec, canon, règle de rKglisc, indique l'origine chr(''lienne de celte législation toute paternelle.
I" 1-01': H AT IONS KM! vu: S i:,:,
Ce petit [)cii[)le, défeiidanl ])io(l à piiMl son indépendance, se laissant refouler jusque sur les somniets de ses montagnes, résistant à ces mélanges de races qui eussent |ieu à peu ellacé sa vivace individualité, n'a pas changé d'aspect depuis deux mille ans. Simples, austères, sauvages, ne comprenant pab les besoins que crée la civilisation, ces montagnards ont re|)oussé toutes les tentatives faites pour les rendre sociables.
Salluste a tracé un portrait des Berbères qu'il a pu voir, et ce portrait, à quelques siècles de distance, est encore ressemblant. « Race d'hommes, dit-il, de constitution robuste et saine, rapides, résistant aux fatigues, ne cédant qu'au poids de la vieillesse ou à la dent des bêtes féroces, ne se laissant abattre (jue pai' le fer de leur ennemi. » Procope complète cette esquisse : « Ils couchent sur la terre, écrit-il, et n'ont, en joute s;iisou. qu"uu habit grossier, une luiuijue l'aile de poil, dont ils s'enveloppent. Ils ne connaissent ni le pain ni le vin, l'oi'ge et le froment suffisent à les nourrir. »
De toute cette uudiilude de peuples qui ont semé l'Afi'iqne de leurs débris, il ne reste aujourd'hui (pie les Arabes, les Turcs, les ("oulouglis ou
150 A TnAVKRS LA KADYLIE
Arabes-Turcs, et les Maures; mais ils ont perdu leur énergie, leur caractère, clans ce mélange, dans cette fusion de leurs races : seuls, les Berbères, ont vu passer comme un fleuve torrentueux toutes ces révolutions qui ont tour à tour bouleversé l'Afrique du nord, et sans être entraînés ]X\r elles, sont restés libies et forts : établis au pied de l'Atlas depuis plus de deux mille cinq cents ans, ces rudes Lybiens, comme les appelaient les Romains, ont conservé la virilité d'un j)euple que la servitude ou la civilisation n'ont jamais amolli.
GHAl'lïUH XIV