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GROSSE DENT, - LE MIRACLE DU COLONEL

Nous avons vu le rôle des amins dans Tadministraliondela decliera. Il a quelque imporlance, suiloul si l'amin apparlieiil à une lanu'lle ancienne el (le noblesse religieuse. Mais au-dessus (TenN il existe une autorité occulte, indéfinie, et qui s'inlei- |)ose dans toutes les affaires. C/est l'aniorité des marabouts. Quelle est leur origine probable?

Expulsés d'Espagne, les Maures viin-ent cbercliei' un refuge en Afriipie. Ouelipies-unes de leui's

tribus se melèrenl aux Arabes, el ne formèrent bientôt avec eux qu'une même population; d'autres, plus fières ou plus puissantes, se jetèrent flans les montagnes, demandant un asile à ces montagnards qui souffraient eux-mêmes de la proscription. Le savoir de ces bommes qui avaient étudié les sciences nalurelles. les services cpfils surent l'cndre, leur liabilelé pLiliti([ue, (]ui consistait surtout à s'effacei' toujours, tout en ayant la main dans toutes les aflanes importantes, leur acquirent une influence considérable. Leurs vertus, leur désintéressement, au moins a[)parenl, les fil vénérer comme des saints. En effet, ils ne voulurent rien accepter pour eux des biens que leur offrait la reconnaissance des populations, dont ils avaient apaisé les mésintelligences. Mais ils reçurent, au nom de Dieu, les terres, les maisons, qui leur furent données par successions ou donations, et c'est au nom de Dieu qu'ils en jouirent. C'était diuie acboilc jK)Hli(|ue; car, en mettant leurs biens sous la protection de la Divinité, ils s'en assuraient l'éternelle et tranquille possession. Ils fondèrent ainsi ces zaouias ou écoles, enricbies par les dons des croyants, qui leur constituèrent des revenus, dits

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liahous, c'est-à-dire voués à Dieu. C'est ainsi que i)rit naissance l'institution des marabouts'. Ces liabiles politiques ii((iiiiivnl .liusi dans toute l'Afrique une inq)orlaiu'e qui n'a pas diminué; on les vit intervenir dans les dilïérends enlre tribus, et prendre dans les marcbés un ascendant supérieur à celui de l'amin lui-même, donnant des conseils, ouidanl le choix des Kabyles dans l'élection de leurs chefs: enfin, ils perçurent rinq)ôl de la zekkat cl de l'achour. presci-il par le Koran. el versé à la mosquée '.

Mort, le marabout, qui s'est recommandé par sa vie exemplaire, par sa piété, passe à l'état de saint, et la koubba qui le renferme est visitée [»ar de nombreux pèlerins, venus souvent de loin pour lui demander sa protection cl lui apporter leur ol-

IVande.

On pourrait citer par centaines les légendes des marabouts célèlnes en Algérie. Je me bornerai à

< M;ir;i!)()ul vient de niniljelh, lié à Dieu.

■i Je ne sais si les Kabyles payent encore aux mosquées raeli.mr, ([m e>t l'i.npùl .lu dixième sur la récolte et la zekkat qui est rinipùl sur les troupeaux ; mais ils payent au gouvernement français la le/ma ou impôt de capitation divisée en trois catégorie^, selon la fortune. 15. H» et 5 Ir. Les indiaents ne pnveni rien.

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raconter celle de Ben-Alxl-el-RIiaiiiaii, fondateur de l'nn des ordres religieux d'Algérie ', et qu'on appelle Boii-Kmiherin. Plioinme aux deux tombeaux. Voici cette léficnde.

nOU-KOIIREIUN

i 'homme \t\ riF, i\ TOMnKArx

Le marabout Ben-Abd-el-Pdiaman, qui vivait, il y a près d'un siècle, au temps de Mustapba-Paclia, habitait avec sa famille aux environs d'Alger, et avait autour de lui de nombreux disciples, ou khouans. Peu de temps avant de mourir, il alla se lîxer en Kabylie. dans la tribu des Beni-Ismaël. Là, au milieu de ses disciples kabyles, il s'éteignit, plein de jours et de gloii'e, et il fut enterré par leurs soins. La nouvelle de sa mort parvint bieiit(M aux IVèi'cs d'Alger, et la désolation l'ut grande parmi eux, à la pensée que le corj)s de leui' maître resterait dans les montagnes. N'espérant pas oblem'i' à ramialtl*' la restitution de la d('

' Les khouans (lo Si-bcn-Alid-cl-Rliamaii. « Alul « voiil diro sorvid'iir. !)<■ là " Altd-Allah, » sorvilciir de Dion, « Alid-cMUiaiuan, » scrvitciir du Cli'iiu'iit, '< Alidcl-KadiM', Il srr\itfir, du l'mt . Ilii'ii a ainsi (|ii;ili',^-\ini:t-di\-iii'Mr ;i[i|irlliiliims diverses.

nor-KOUDF.RIX 471

poiiillc morlello dWlid-cl-Rhaman . les khouans (l'Alger résolurenl de l'enlever de vive force ou |)ar adresse, et de la liaiisporter à A\ger. Dans ce but, ils lormèrent deux bandes; l'une d'elles se rendit dans le villa<ie où était mort le marabout, se disant envoyée par les frères d'Algei', et demandant à aller prier sur son tombeau. Ils furent reçus à bras ouverts parles khouans, et leur tristesse, leurs regrets excitèrent la compassion, en endormant la défiance. L'autre bande alla se cacher dans la montagne, aux alentours de la koubba. Dans la nuit qui suivit l'arrivée de leurs complices, ils sortirent de leur retraite, ouvrirent le cercueil, chargèrent le cadavre sur un mulet, et se dirigèrent en toute hâte vers Alger.

Le lendemain, dès l'aube, les Kabyles étaient avisés de l'enlèvement des restes du marabout; ils éclatèrent en reproches et en menaces contre les disciples d'Alger, qu'ils accusaient de cette profanation ; mais les frères se disculpèrent aisément, en disant (jue, venus de si loin poiu' plier sur le saint tombeau, ils ignoiaiciil encore où il se trouvait, n'ayant |»as (juillé leurs li'èrcs. cl ayant mangé et (htnui ;ivee eux. ('ela (''l;iil vrai, el il ImIIuI <'(Mler A

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l'évidence. Les Kabyles les laissèrent partir, ne

jionvant se rendre compte de cette disparition.

A lenr an'i\ée à Algei'. les klionans firent an inarahont de niannifiqnes fnnérailles, annonçant liantenienl qu'ils possédaient le saint. Les Kabyles, ivres de fureur à cette nouvelle, bonteux d'une si lâche tromperie, résolurent de marcher sur Alger. Mais, avant de prendre une résolution définitive, l'un (Feux conseilla d'ouvrii' le loml)ean. Le cercueil était intact, et ne dénom;ail aucune (race d'effraction. 11 fut ouvert, et le saint lut retrouvé, enveloppé des lînes toiles qui avaient servi à Fensevelii'. On cria au miracle, et le nom de Bou-Kouberin (qui possède deux tombeaux) fut décerné à Abd-el-Pdianiaii . ipii avait ainsi manifesté le désii' d'être honoré par tous ses disciples, en des lieux différents.

Mustapha-Pacha feignit de croiie à ce miracle, cl lit élever, pirs de Koubl)a, au bannna. une mos- (piée, où soiil enlei'iués les restes du marabout. Dans la tribu des Beni-lsmaël. au lieu même où était la sépulture primitive, il s'est fondé une zaouia, où quatre-vingts jeunes gens étudient avec des tolb.'is reiKiiniiiés. cl Ions \iveiil (bi produit des ol-

IVaiKles (iifapporteul, chaque aimée, les nombreux

pèlerins.

C'est eu visitaul la koubba tie Si-Alxl-el-Ubamaii. ,juc nous liiiues assailbs pai- une bande de nègres, ,|ui nous inili-èrenl nn suppbce d'un genre nouveau. A peine étions-nous étendus, à l'ombre d'un (Vène. sur nos tellis étalés, en guise de tapis, (juc nous lûmes entourés par huit ou dix négros ([ui, aux sons d'une musique étourdissante, se mirent à exécuter une vraie ronde du sabbat; tourbillonnant, hurlant, ils se baissaient et se relevaient en cadence avec des mouvements simiesques que les coups de bambous sur les lars et les tamtams précipitaient un lalentissaient tour à (oui-

Un de nos spahis nous présente, avec un certain orgueil, ces nmsiciens ambulants nommés guelels. Pailoul où il y a une noce, une circoncision, une lantasiM, on les voit accourir avec leur orchestre enragé de tamtams. de castagnettes de fer; el. bon oré mal «'lé, ils vous écorchenl les oreilles de lenr „„'.l„p.V (liscordimle. jus(pfà ce qu'ils vous aienl. (le guerre l;isse, mraehé une abondante aumône. Les chefs de <lnuar, laligués de ces charivaris, cnl vainemenl e>sayé (rai-rèler l'essor nuisical des gue-

I7'( A TRAVElîS [,A KABYLIE

Iris, avec J'aroumeiil irrésistible des Arabes, le iiialerck (le Ijàloii); mais ils ii'oiil |mi Naiiieie leur obslinalioii el iroiil réussi à s'y suusUuiie (ju'eii payaiil le liibul.

La laiitasia duiail (lejuiis un (|iiarl d'Iieui'e, lorsqu'un (\('s U(\ures se délaelia du eeiele, ci se balan-

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(;;iiil ;ill('iii;iliv(/iii('nl duii (licd sur rjiuliv ri hiilhinl <riiii hainljou un («clil Iniiiboiii' appelé deiif. y\i\cv sous sou bias, se rapproclia de nous, eu nous uiou- Iraul ses deuls blauclies, taudis (pie ses camarades redouhlaieul le vaeaiuie; nous uous euipiessàuies de lui jelei' une pièce ronde qui paya lai'^eiueui Taubade diabolique. Us se retirèrent satisfaits, cl nos oreilles ne le lurent pas moins.

Revenons Ji nos saints, que ce souvenir drolàti(pie nous a fait oublier.

Ces marabouts, animés de sentiments de justice et de piété sincère, tiennent dans leurs mains l'avenir du peuple arabe et kabyle ; détacbés des biens de ce monde, donnant d'une main libéiale ce que l'autre recueille, prodiguant les secours aux j)auvres, les consolations aux malades, calmant les liaineS) les dissentiments, ces honnnes tle bien, comme les nomment les Arabes, sont appelés à jouer un grand rôle dans la société africaine ; ils peuvent devenir les agents les plus actifs de noti-e colonisation, si nous savons nous les atlacliei' par des égards.

Mais, à colé de ces Iiommes aux idées larges, aux cœurs droits, cpii j(»uisscnl de la conliance et

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de la vénération de leurs coreligionnaires, il en esl d'autres, remuants, fanatiques, qui, prenant le lilre de marabout, ou sous celui ])lus commun de cliérif, ne cherchent que Tagitation, la lutte, et, sous lui prétexte quelconque, se jellenl dajis les tribus, proclament la guerre sainte, djedad, entraînant à leur suite ces })opulations promptes à la révolte. Tels lurent, entre tant dautres, Bou-Maza, Ihomnie à la chèvre, qui souleva le Itahra en 1846; Bou-Bar'la l'homme à la mide, qui conduisit contre nous les contingents kabyles en 1854; et, récemment, Si- Ilamza, qui, au mois d'aviil 1864, a levé Tétendard de la révolte, et jeté dans tous les hasards d'une guerre sans issue glorieuse les tribus ignorantes et remuantes de TEst. Il y a encore des marabouts dérouiches qui parcourent le pays en mendiant. Ils n'en sont pas moins vénéiés; car les Kabyles ne considèrent pas la pauvicté (pTengendre la paresse connue un vice, mais comme un accident, autpiel tout être humain [)eut être exposé. Dès lors, point de mépris dans l'accueil lait au mendiant, point d'humilité de sa part ; l'aumône est acceptée sans bassesse, cojume elle est faite sans oslentatidu. Ces déi'ouiches exploitent la crétiulité des honi-

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mes, l't jtliis souvent encoi'e celle des lemmes, en leur \endanl {\c> amulelles de paiclieniin sur lequel sont inseiils des versels du Koran, et deslinés à les préserver de tout mal, ou à leur procurer raeeoniplisseinent de leurs désirs'. Quelquesuns de ces jongleurs vendent dans de petits sachets de laine, qu'on pend au col, des carrés de papier blanc, sur lesquels ils ont écrit avec du citron ou du vinaigre. Ils recommandent à leurs stupides clients d'approcher le papier de la flamme lorsqu'ils souhaiteront quelque chose. La chaleur fait ressortir l'écriture, invisible auparavant, et la citation du Koran tait une réponse ambiguë, dont le ci'édule Arabe ne manque pas de s'attribuer le bénélice. Cette a[)[»arilion lui parait surnatui'elle, et le dérouiche est vénéré. C'est à l'aide de |)areilles jongleries qu'ils londcul leur ré[)utatR)n de sainteté, tout en taisant l'orlune.

Au dire des Kabyles, tous les marabouls lonl des miracles, auxquels ils croient aveuglémeuL el (pii ne S! ml que des tours d'adresse, ou d'odieux mensonges. Chaipie village défend son marabout

' A tiiules les t'pui|iies (rinsurr.rlion, li's {lérouiclii's voïKiciit des iiimileltes (jiiioc.ulc.onl tic laioiuiii • L-s Ijalloj fiMi^aiscs et rendront iiivuliiér.d)lcs.

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iivcc aclKiiiiciiiciil. cl L-\\v (le lui des ju-odi^rs plus ('[(UHiauls k's uns (pic les nulles. Koljorl Jloudiii sc'tail, en Kabylic, véiiéiv à ri'«ial tic Muliaiiicd, cl les djcmaa voleraient d'eulliousiasiiie des l'oiids |)()ur lui élever une koultba suj- (|uelque pie.

Voici un miracle ((ui m'a été raconté |)ar un Ka- Itvlc. (|iii n'esl [loiiU nu ignorant, avec nne «iravilé capable de désarmer les plus incrédules.

Si-Ali-bou-Nab (l'iiomnic à la «grosse dent), célèbre niaraljoul, élail allé visiler dans la Iribu des niaklas, au lieu dil Eucli-el-Al'alkon (le nid (\y\ milan), un confrère, Sid-Ali-Mouca, cpii, lui aussi, prélendail avoir des secrcis cl des prières pour opérer (\c> prodiges, (^liacnn \aiilail la supériorilé de ses moyens, et la (picrcllc sf-cliaiiriail, l(trs(pie Bou-Nab poiia un déli à Ali-Mouca. l/assemblée (Mail nomlircusc. cl clia([uc parli allcndail avec anxiété le i-ésullal de celle pieuse bille.

u Voyons, dil Bou-Nalt, monlrc la puissance, cl lais rouler dans la vallée le rocher (pu domine ce pic.

— Je le l'erai. dil Ali-.M()U('a. niais à Ion loiir lu rarrclcras dans >a coiiisc. ,i\anl (pi'il ne loiiibc dans le précipice.

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