L'ANAYA. - LA FAUSSE MONNAIE EN KABYLIE
Les marabouts ont institué, en Kabylie, une coutume sublime, qui n'existe chez aucun autre peuple, et dont pourraient s'enorgueillir, à bon droit, les nations les plus civilisées; je veux parler de l'anaya, espèce de sauf-conduit donné par un Kabyle à un voyageur, à un proscrit, à un luMe, et qui doit le rendre sacré pour tous. Ce sauf-conduit se manifeste toujours par un signe ostensible : une lettre, si c'esl un tlialeb qui a donné l'anaya; un bâton, un fiurnous, un i'iisil, connus, et qui, dans les Iribns. servira de sanvegai'de au voyageui', pins
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sûrement qnr- la présence d'un homme armé. Le porteur (le l'anayn est en sûreté sous sa protection; et s'il était brisé, selon l'expression kabyle, luutes les tribus de la confédération se lèveraient |>our punir le village qui a laissé accomplir ce crime. La femme elle-même, si déchue de loute influence, a le droit de donner l'anaya, en l'absence de son mari, et la Aiolation d'un anaya, donné par une femme, alluma la «-uerre entre plusieuis kuébilas. Un homme de la tribu des Boii-Youcef devail. dans le cours d'un voyage, traverser le h'riiloiie des Aïlh-Menguelale. Redoulanl (piehpie veiigeaiic<'. il va Irouver un de ses anus du village de Thaoulirlh, a])pelé depuis dachera El-Kelba (le village de la cliieime), à cause de raventure. pour le solliciter de lui accorder son anaya. L'ami était abseni, sa femme seule se liouvait au logis. Elle domia, connue sauf-conduil, une chienne, connue dans tout le pays pour être la propriété de son mari. Le voyageur se met en roule, sous la protection de la chienne, (pu revient bienlol seule cl ensanglantée. Il avail élé assassiné el jelé dans un ravin. Les gens de Thaourii'lh, indignés de la violation fie la couluine sacrée paiini eux, prirent les armes, entrai-
DKCIIKIIA l.l.-KKI.Ii.V |,s,-
nrrriil |iliisioiirs Irilms dans leur (|iiei'rlle. cl (ircnl essuyer (ie s;ni|il;uiles représailles aux AïlIi-.Mciij^uelale. sur les lerics (le^(jiiels Tassassinal avail (''ié eonuuis.
l/anaya jouit d'aulanl de eousidératiou (|ue celui t]ui Ta donné. Si e'esl un niaralxtnl (|ui Ta signé, le voyageur peut, dans loules les li'ibus (|u'il (loi! traverser, réclamer la protection des mara])ouls, (M ceux-ci s'empresseront (rajouter leur anaya à celui de leur confrère. Si Tanaya émane d'un simple Kabyle, il sera respecté dans son village et dans tous les environs où il seia connu.
Le Kabyle lient par-dessus joui à rinviolabilih' de son anaya. Ses pai'cnls, ses amis, sa Iribn même, prendront l'ail cl cause pour lui. s"il les appelle an nom de son anava nK'connn. Aussi les Kabvies onl-ils conlinne de dire :
' l/anaya est le sidian des Kabvies. aucim snllan an monde ne peni Ini èlre compar(''. il lail le bien el ne pri'lève pas dinipiM ! »
I 11 Kabyle abandonnera sa reinnic. ses eiilanls. va maison, mais il irabandoimera jamais son aiia\a.
l/aiia\a ("-1 d(aic une loi d"liospilalil('. (pielipielois aussi il lieiil lien de di«.il d"asile. In lioiiimc.
ISi A TRAVERS RA KARVRIK
persécuté, [loiirsiiivi. sons le cou]» d'un dnngor. réclame la protection d'nn Kabyle; cehii-ci. lier de la confiance dont il est l"ol)jet, engage sa parole, et souvent il fera Ini-mème une lungne conrse |)oni' exercer son patrcnage accidentel au \n'o{\{ de celui qui lui était inconnu un instant avant. Un meurtrier se jette dans une tribu voisine, et, qu'il le réclame ou (]n"il se cache, Tanaya lui est accordé. Si le crime commis n"a eu pour but (jue le vol, la tribu ne lui accordera pas l'anaya mais elle ne le livrera pas. Elle lui fixera un jour ])onr soi'lir de son territoire; si le menitricr n"a comnns le crime (jue pour venger son liomicur ontrngé, par suite d'une oussiga. la Iribn donl il ;inia réclamé Fanaya, le prendra sons sa prolccliini. cl Ini donnera les moyens de vivi'e, de travailler, de ti(M|ncntcr les niaiclK's cl de voyager dans les villag<'s de la confédéral ion.
Telle est la contninc plciiic de cliarih'. \(''rilablc reflet du cbrislianisnic. (|ni. ]iar sa l'éciprocih'. doimc pleine sccniité au connnercanl. au pèlerin, an voyageur: (pii. en enqtccliani les vengeances de se profluire. en l'avorisanl la linle de ceux qui y soni exposés, lend à assoupir les haines cl à ('leindre les vengeances p niiculièi'es; coulunie iraternelle (ju'on
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s'étonne de Ironver eliez un peuple qui a érigé en loi l'abus de la force, le lalalisme aveugle, eoulunie (pii suscite chez le Kabyle des sentiments d'humanité, de charité si éloignés du dogme matérialiste du Koran.
J'ai dil (|ue les Kabyles étaient industrieux; eliaque tribu a son industrie, les unes, comme les Beni-Abbas, forgent des canons de fusil, de pistolet, des batteries: (Taulres. telles que les Flissas et les Barbaclias, fabiiqueiU des sabres, des couteaux, des pioches, des socs de charrue; d'autres, les huiles, les savons, la cire, le miel ; enhn, deux tribus, les Âïth-el-.\rba, les Aïth-Ali-ou-IIarzoum. fabiicpiaient de la fausse monnaie, et connue la mort était prononcée par les coutumes kabyles, conti'e ceux (pii la mettaient en circulation, les Beni-Boudiar, les Beni-Ouassis étaient chargés de la l'aire suitir du pays. Constantine, Bône, Sélif, <'ii ('taienl infestés. Le bey de Constantine, furieux de cette concurrence à ses boudjous, (il arrêter, le même jour, sur les marchés de ces liois villo, les lionunes des tribus connues pour faire ce commerce malhonnête, et lit trancher la tèle à eeni d'entre eux.
.Fai vu à Constantine le cliaoueli du bey Ahmed (pii fut chargé de celle exécntieii. C'est un vieux
IXI) A ir.AVKRS LA KAlïVl.li;
Tiii'f II longues inonslnclics crises. V(''hi d'iiiK» t'h'angr Inçoii : il poiliiil un iiiibni) y,\\uM' de (liiuciision <'(»|(iss;il(', ('! iiiic iuii|t|(' ('('iiiliii'c orange Iriiii-
cliMil sur son vriciiicnl \('il cl.'iii'. An l('ni|is de s;i |»i(»b|u'i lit', lin l;ii|^(' val.'iLi.in ('liiil |i;iss('' (l.iiis ('cllc
Toi'.iiiz i.r. ciiAorcii i>^7
ceintiiro. Aiii(tiir(rinii. le |t;iiivi(' Toluiz. c'csl son nom, csl liicn (K'clin de s;i «gloire. Il csl circlior (l;nis le (jnarlicr îiimIk'. Poin' dix cenlinies, celle nmin, (|ni u coniio deux milio lèles, vous scil une lasse fie café. 11 sesonvicnl loil liicndos ceni Kabyles dé('aj)ilés en une miil el doni les tètes rnrcnt exposées sur les marchés.
Dans les ])remières années de la conquête. Tobiiz servait (Fexéeuteur des hautes œuvres de la jusiice nnlilaire IVaneaise, el il a, pour notre compte, scié Itien des cols, car c'est en sciant que l'opération se piatique et cela devait tMre un lioirible speclalile. Mais de[)uis (jue la niachine philantropi(|uedudocleui' liuillolin a remplacé le yatajian, le vieux cliaoucli esl rentré dans la vie piivée. el il se jucnd souvent à rej^rellei' ce ipTil appelle le bon lenqis.
OIIAIMTRE XVII