KALAA
attoignoz rloii.x pilons du liaul desquels vous npercevez, à quelques cents mètres au-dessous, un plateau de cinq kilouiètres de périmètre, relié à la masse du globe pai' la jelée que je viens de déerire. et qui. jn'oduit par quelque soulèvement volcanique des premiers âges de la terre, domine un bassin, en forme d'entonnoir, de sa muraille verticale.
C'est sur ce ])lateau que sont bàlis les quatre quartiers qui forment l'ensemble de Kalaa. Ces quartiers portent les noms de Ouled-Hamadouch, Ouled- Yaya-Ben-Daoud , Ouled-Aïssa et Ouled-Cbouarickh. Ce dernier quartier, entièrement abandonné, a été ruiné, il y a (juinze ou vingt ans, par une guerre intestine.
Cette ville fut bâtie, il y a quatre siècles environ, par un fils de Si-Hamed-Amokrane, du nom de Abdel-Aziz, qui se fit pi'oclamer sultan, et fut assassiné par les gens du quartier de Cliouarikb. Abd-el-Aziz passe pour avoii" consti'uil laCasl»ah, dont on voit encore les ruines. Ce serait bu" aussi qui l'aurait pourvue de canons. Le fait d'avoir monté des pièces d'artillerie dans ce lieu et par ces chemins impraticables paraît inviaisemblable, impossible même; il est vrai cependant, et j'ai vu sui' la plate-forme, dans un clir-
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min, gisant à terre, deux pièces du caliltre de 56, portant sur la culasse trois fleurs de lys et un L surmonté de la couronne royale de France. Ces pièces, qui datent de Louis XIV, ont donc appartenu à quelque vaisseau français naufragé sur la côte kabyle. Comment sont-elles là? nul ne le sait, on en est réduit à ce sujet aux conjectures. Deux autres pièces, d'origine espagnole, sont à moitié enfouies dans un fossé. Pour ces dernières, la possession des Kabyles s'explique facilement par la prise de Bougie, en 1514, par Baba-Aroudj . Un vieux Kabyle qui s'approcba de nous, pendant que nous contemplions tristement ces épaves de notre marine, nous dit que dans sa famille, on se souvenait d'avoir vu tirer ces canons. Le ])lus gros lançait un boulet de 50 livres, avec six livres de poudre.
Kalaa est indépendante de tout soff. Elle a trois amin et trois djemaa (jui la gouvernent. Toutefois, une alliance existe avec les Beni-Abbès, et les gens de Kalaa sont tenus de Idiiinir. en temps de guei're, un contingent de combattants. Les babilants passent pour être riclies, le luxe de leurs costumes, les vêtements de fine laine des femmes, qui sortent à visage découvert et paives de bijoux, donnciil rpiclqiic l'on-
INTERieUB D'UNE COUR
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dément à colle opinion des autres Kabyles. ï.es maisons sont bien balies, spacieuses, avec coui" iulélieiii'c, ombragée d'arbres et de piaules (pii <iriinpeiil aux ualeries, et lonnenl des berceaux de veiduie. Tontes les liabilalions sont couvertes en luilcs cl crépies à la cbaux. I.a mosquée principale est vaste: un minaret, orné de sculptures mauresques, la domine, et deux penpiiei's, d'une belle venue, en décorent l'entrée.
La ville est piopi'c, ce qui est rare en Kabybe, les habitants sont bien velus, chose plus l'are encore: ils affectent même dans leur Icnuc une recherche particulière. Les femmes riches qui, comme les Mauresques d'Alger, ne sortent jamais de leurs maisons, et que nous avons pu apercevoir par les ])oi'tes entr'ouverles, élaicul vêtues de gandouras lamés de soie, de haiks hrodés, et couvertes de bijoux d'or et d'argent.
Les gens de Kalaa ont une réputation de probité proverhiale dans toute la Kabylie. (rest à Kalaa, en elTct. (|u"à toutes les époqu(^s d'invasion, les jiei'sonnages considérables du pays soiit venus elieicher un refuge |)our euv. poiu' leurs familles et lem's Irésors. Ils confiaient leur lortune. leurs objets les plus pré-
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cieux à (les habitants qui les enfouissaient dans quelque cachette ignorée de leurs maisons, pour les restituer quand le péril était passé. On ne cite pas un exemple d'un dépôt nié.
Les gens de Kalaa s'enrichissent par le commerce. C'est là que se fabriquent les burnous de laine fine, ces gandouras de forme si gracieuse, lamés de fils d'or, tramés de soie, frangés de liserés éclatants. Les femmes tissent les étoffes : les hommes taillent, cousent, montent les vêtements, et vont les vendre en Tunisie, dans toutes nos possessions, et jusque dans le Maroc.
Ce plateau de formation calcaire et sur lequel la terre végétale qui s'y trouve a dû être rapportée, n'a point d'eau: ni puits, ni citernes, ni sources; à cent mètres environ de la ville et dans une anfractuosité du rocher, on a creusé trois bassins où les habitants viennent puiser l'eau provenant des pluies ou de la fonte des neiges. L'été les bassins se tarissent rapidement; alois il faut descendre dans le ravin, par les sentiers les plus dangereux, pour aller s'approvisionner à l'oued Hamadouch qui coule au fond de la vallée, et du matin au soir c'est une procession de ]ielits Anes grimpant ou descendant ces casse-cou
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avec de grandes criiclies ciireruiées dans des courfins de sparlerie. La rivirie est à ju'ès de trois kilomè- U'cs de la ville.
Mais l'oued llamadoiieli Ini-nièine n'a souvent, dans les <rrandcs chaleurs, qu'un mince filet d'eau facilement laii par les liesoins d'une population de trois juille âmes, et les gens de Kalaa mouillaient
«le soil', sans la prévoyance d'un marabout célèbre à qui le hasard lil découvrir, au [jied du rocher suilequel est bâti la ville, une source cachée dans une anl'ractuosité et produite pai' de nombreux suintements. A l'aide de quêtes chez les riches, de touizas (corvées) chez les indigents, il lit construire une tbntaine adossée au locher et lérmant le bassin de la source.
Le petit monument est dans le style mauresque ; deux piliers de pierre soutiennent une arcarde ogivale. Au centre est incrustée une inscription qui défend d'user de la fontaine, tant que Toued n'a pas donné sa dernière goutte d'eau.
Du reste, pour éviter toute infraction à la défense, la fontaine est fermée et ne s'ouvre que de Tavis des trois amins; on enlève alois les chaînes (jui retenaient le mésanisme et, à l'aide de j)oignées de fer qui soulèvent de petites portes de fer, les canaux s'ouvrent el donnent [)assage à l'eau.
Au moment de noire visite, la fontaine qui ])orle le nom du marabout (jui Ta édiliée, Aïn-\oucef-ben- Kliouïa, était entourée d'une foule de bourricots aux museaux blancs (|ui, immobiles, les yeux à demifermés, essayaient d'oubliel'. dans ini calme philo-
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so|)lii(|iie, les latigues, les misères, les horions (|iii pleuveiil sui" eux. du in;iliii au soii-, tandis <|ue leurs turbulents conducteurs se disputaient ou se poulinaient.
jNous avions dû, pour luonler à Kalaa, laisser nos chevaux, à Bordj-Boghni, et escalader les pics pendant plus de trois heures; aussi étions-nous excédés de fatigue; mais l'aspect iantastique de ce gigantesque pain de sucre, émergeant de cet entonnoir, sur lequel est bâtie une ville blanche et gracieuse d'aspect, nous fit oublier tous les périls du voyage, et jiour ma part je serais resté en admiration, devant ce panorama merveilleux, si notre guide n'avait liùté notre marche, alin d'arriver dans la ville avant la miil.