‹ À travers la KabylieChapitre 42 sur 70 · EN CHASSE · texte numérisé non relu

EN CHASSE

Le cavalier velu d'un liaïk brodé qui lui seire la laillc, de longues bulles de maroquin, esl eueoie enveloppé d'un buiiious blaue, orné de liou])pes de soie. In inuuense chapeau de paille rouge avec tresses de cuir complète ce costume trop liche [)oui" courir les halliers.

Nos vêtements étriqués t'ont triste ligure au milieu de ces burnous éclatauts, uiais aucuu des invilés ne songe à le remarquer.

M... et moi avons chacun un yalagan à i'ourieau d'argent, pendu au col par un cordon de soie cl en mains, un l'usil kabyle tlonl la crosse aplatie cl niellée d'arabesques est surmoulée d'une batterie à pierre avec un rouet pour la uiouvoir comme les arquebuses du moyen âge.

Cette arme lourde et difficile à manier me gênait, je m'en débanassai en laveur d'un des spahis de la suite pour èlre plus libre de mes mouvements.

L'aube présageait une belle et chaude journée, le soleil levant frangeait de pourpre les légers images amassés à l'Orient. Nous rejoignîmes les chasseurs, et après les saints d'usage qui consislent à étendre la main droite sur la poitrine, cliacnn prit son rang, et

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l'on se mil eu marche, sur uue seule ligne de plus

d'un kilomètre.

La cJKisse à courre des Arabes est silencieuse au dépari ; là poinl de Irompe qui sonne le bien aller, la vue, rhallali. Des rabatteurs battent les l'ourrés pom* faire sortir le sanglier de sa bauge. Une fois débusqué, les chiens sont découplés et s'élancent sur la piste, et leurs aboiements furieux sont la seule fanfare qui accompagne la bête qui fuit devant eux.

Nous marchions , les chevaux piaffant, animés, impatients. On voyait au loin les tôles des Arabes paraître et disparaître. Tout à coup éclale une clameur formidable. Haou! liaou! crient les rabatteurs; les chiens hurlent en tirant sur la longe, ils partent, nous les suivons, la chasse commence.

A cent pas devant nous, les branches craquent et se brisent. Le fourré s'entrouvre, et un sanglier, les soies hérissées, roule, suivi de la meute. 11 pique droit devant lui, sans chercher le taillis, dans la lande découverte. Les chiens suivent de près; la longue ligne des chasseurs se courbe et forme bientôt un immense croissant dont nous sommes le centre- Les fusils partent, les burnous llotlent au vent, les chasseurs nièlenl leurs cris aux aboiements des

chiens; un soleil spk'iuliiie cclaii-L' celle scène cl inonde l;i plaine de ses rayons. Quel niagnirK|ue speclacie ! Les fourrés de bruyères, de tamarins, d'arbousiers sont franchis non sans laisser aux ronces des débris de vêtements. Le sanglier va toujours droit devant lui, et disparaît bientôt dans un pli du terrain. J.e terrain qui d'Akbou, semblait une ])lainc unie, n'est qu'une série de mamelons couverts de chaume et de palmiers-nains qu'il laul giavii- el descendre. La chasse se ralentit par suite des obstacles, mais reprend bientôt son allure endiablée. Le sanglier reparaît; trois slouguis le coiffenl. et restent, malgré ses efforts, pendus à ses oreilles. Il court cependant encore, bienlôl il se ralentit, il s'arrête et disparaît sous la meute (pii le lienl. Nous approchons, mais nous ne voyons (pi'uii fouillis de peaux bigarrées qui s'agitent sur le sanglier. Il serait dangereux pour les chiens de tirer. Un Arabe descend de cheval, et armé (Tuii yalagan, va lVap])ei' laninial au défaul de Tépaule. Il tombe en poussant un lîumiche grognement, el les valets de chien les fouaillent pour leur faire lâcher prise.

Le coui'ie avait duré une lieuie au [tlu>, el nous

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étions à plus de dix kilomètres du point de départ. Après la curée, le ragot, pendu par les pattes, était emporté par les Arabes ; et nous^ nous piquions une pointe vers un taillis que nous montrait Si- Saïd, à r horizon.

Après une course d'un quart d'heure, nous arrivions en face d'une tente circulaire, où nous devions déjeuner. Des feux étaient allumés en plein air, et l'on voyait autour une foule affairée de serviteurs.

Nous entrâmes dans la tente, et assis à l'arabe sur des nattés, nous commençâmes à manger, après quelques instants de repos. On servit d'abord une espèce de potage, appelé cherba, dont je ne pus deviner la composition, car je ne sentis que les brûlures du piment rouge dont il était saturé. Quelques cuillerées suffirent à me mettre la gorge et le palais en feu; mais j'avoue que la sensation violente une fois passée, mon aj^pélit s'en accrut. Des galettes au beurre furent servies avec divers mets aux œufs et aux oignons. Puis deux hommes apportèrent sur un plat de bois, recouvert d'une serviette, un mouton tout entier rôti et encore embroché. Le nlaîti'e d'hôtel prit la broche et la tira vivement à lui, en appliquant avec son talon nu un coup sec sur le train de

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derrière de la bote, puis il lu dépeça fort adroilemcnt avec les doigts el avec un couteau, déposant autour du plat les morceaux qu'il enlevait. Chacun de nous en mangea à satiété; il était exquis, et cette manière de cuire à la flamme un animal entier est bien su[)érieure à la cuisson européenne. Le bordeaux, le cbampagne circulaient, et je remarquai que les Arabes buvaient volontiers du Champagne, qu'ils ne considèrent pas comme du vin. Quelques fruits de la saison, du café excellent, des pipes chargées de ce tabac blond et parfumé de l'Orient, terminèrent cette dilfa. Un raffinement que je dois noter, m'avait frappé; pendant tout le repas des serviteurs agitaient de grands éventails de plumes d'autruche, pour rafraîchir l'air de la tente.

Après une heure de sieste, pendant laquelle on rêva plus qu'on ne causa, je n'oserais même pas affirmer que M... n'ait pas dormi à la barbe de notre hôte, nous remontâmes à cheval pour suivre les péripéties d'une chasse au faucon.

Les djouad et les marabouts, c'est-à-dire les gens de race noble, seuls chassent au faucon, de même qu'autrefois cette chasse était plaisir royal , permise seulement à quelques seigneurs privilégiés.

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L'oist'îiu fie race, Ihair cl hor)\ (|iii devait nous donner ce speclacle si nouveau pour nous, était de la grosseur d'un pigeon, la tète ])etile, le bec Ibil et court, les [uittes jaunes et garnies d'ongles acérés. Il était porté sur Fépaule de Thomme, el lna%, chargé de le soigner et de le nouriir. Puis l'agiia. la main couverte d'un gant de peau, le prit sur le poing. Les cavaliers d'escorte, à nu signal dn inaîlrc, se disséminèrent, l)at[antles buissons pour en déloger rfuelfjue lièvre ln]ii sous Fberbe.

Bient(H le galop des chevaux se raj)proche, un lièvre est signalé, et le pauvre animal passe à cent mètres de nous, l'uyanl à toutes jambes. Nous |)ressons le galop, et sans s'arrêter, l'agha enlève le capuchon de Toiseau et le lâche, en lui indiquant du doigl le lièvre qui Inil. Le l'aucon s'élance d'un vigoureux coup d'aile, pique une pointe droit dans le ciel, à perte de vue, tout en suivant sa proie de son œil ])ereaiil ; puis il se précipite de haut, s'abat sur lui et le frappe à la tète d'un coup de ses serres fermées : c'est du moins ce (jue me dit son gardien, cl biax, car j'étais trop loin pour juger du eoiqi de poing de l'oiseau. Nous accourons, le faucon acharné sur le pau\re lièvre lui dévorait les ytMix. Le fauconnier

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saigna la bêle, roiiviil el en donna quelques morceaux choisis au faucon, (uiis il le [)iil, lui remit son ca[)uclion orné de filigranes d'argent et de liou|)|)es de soie, lui attacha à la patte une entrave, et le rapj)oi'la à Si-Ben-Ali-Cherir, ([ui le [)ku;a sur son é[)aule, en lui disant de douces paroles, parmi lesquelles revenait souvent le mol :-our:,e, our^c. Le laucon semblait comprendre , ses yeux jaune d'or élincelaient sous son capuchon et, en signe de contentement, il se dandinait (rune patte sui' l'autre, faisant, comme disent les Arabes, sa fantasia.

La chasse était terminée, et nous rentrions à Akbou. Une vingtaine de cavaliers des mieux montés étaient partis en avant, et déjà nous les avions perdus de vue, dans le tourbillon dépoussière qu'ils soulevaient, lorsque tout à coup nous les vîmes revenir à fond de train. Les burnous flottent, les armes étincellenl au soleil, on dirait un tourbillon qui va nous écraser de sa masse; tout à coup ils s'arrèlenl court à quelques pas de nous, déchargent leurs l'usils dans les jand)es de nos chevaux, en [)Oussant des luurali, puis, laisant pivoter sur eux-mêmes leurs chevaux rompus à ces exercices, ils reprennent leur course, s'enfuyanl comme des oiseaux elTarouCliés, recliargeaul

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leurs armes en f ayant, ponr revenir sur nous avec la même iurie et les mêmes cris. Les Arabes faisaient aussi leur fantasia en l'honneur de leur chef et de ses hôtes. Ils firent, suivant leur pittoresque expression, parler la poudre jusqu'au pied de la colline qui conduit à Akbou. Vingt ("ois ils renouvelèrent cette charge guerrière fjiisant tournoyer leurs longs fusils au-dessus de leurs tètes, et animant leurs chevaux |)ai' leurs cris, pai* leurs appels, au milieu desquels on distinguait ces mots : arroi, fissa, fissa (marche vile, vite).

Je ne me lassais pas d'admirer l'aisance, la grâce même avec laquelle les Arabes guident leurs chevaux. Assis sur leur haute selle, les genoux à la hauteur du garot du cheval, les pieds chaussés de larges étriers, ils le font bondir, caracoler, sauter des quatre pieds à la fois, pirouetter sur les jambes de derrière avec une franchise d'allures, une vigueur, une audace que n'auront jamais nos cavaliers et nos chevaux français

ou anglais.

L'Arabe et le cheval unis l'un à l'autre semblent n'avoir qu'un corps et qu'une volonté, et cela se comprend; dès l'enfance, l'Arabe vit avec les chevaux, il apprend à les élever, à les aimer, et celte aflection

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