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CHAPITRE XXIV

CHELLATA. LA MAISON DE S I - BE N - A L I -C H ERI r. — LA ZAOUIA

Le lendemain nous quittions le bordj de Si-Ben-Ali- Clierif, malgré ses instances pour nous gurdei' la journée entière, qui promettait d'être brûlante. En effet, à peine étions-nous hors des portes, (|ue nous nous sentions la face et les yeux brûlés par une bouffée d'air cliaud, comme si nous passions devani la lj(uiclie d'un four. ,\os spahis marchaient Irancpnllemenl avec cette impassible sérénité (T hommes qni soiil dans leur élément. Chevaux et mulots s'en .dl.iient lèle bnsse.

282 A TRAVERS LA KARYLIE

Je demandai ce que c'était que cette effluve bmlante qui m'enveloppait, et spahis, muletier, répondaient en même temps, en montrant le sud : el gueube/i; c'était le vent du désert, dont on ressent bien les atteintes à Alger, où il porte le nom de sirocco, mais il y arrive affaibli, rafraîchi par le passage sur les montagnes.

Je me sentais énervé par cette chaleur étouffante; une poussière fine, tamisée dans l'air, me desséchait la gorge et me brûlait les narines. La contrée que nous traversions pour arriver à Chellata, me parut, soit effet de la fatigue que j'éprouvais, soit en réalité, en harmonie avec nos souffrances. C'était un site sauvage, morne, grandiose cependant. Nous cheminions sur la crête d'un rocher et dans la profondeur de la vallée, il me sendjlait que nulle trace de végétation n'y apparaissait. Le ciel était voilé de teintes cuivrées, et le soleil parvenait à peine à montrer au travers son disque terni. Tout semblait endormi; pas un oiseau ne faisait entendre un battement d'ailes, pas un insecte son bourdonnement.

Le muletier, plus habitué que nous fi ce sirocco enragé, se laissait bercer par le pas de sa mule, el de temps à autre il se réveillait à douii poiu' lancer, d'nne

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voix éteinte, quelques noies d'un clianl monotone.

Devant nous le ])lateau dégarni d'arbres s'étend en montant à perte de vue, embrasé par une lumière sans reflets. Bientôt les crêtes s'élargissent; nous approchons de Gliellata, village blanc, enfoui au milieu des noyers et des frênes, cl dominé par un rocher énorme, à flancs escarpés, connu sous le nom de Tisiberl.

Ce rocher, couronné d'une muraille nalurelle qui le rend presque impraticable, fut cependant, lors de la campagne de Kabylie de 1857, escaladé par nos soldats, à travers une fusillade terrible, et malgré les pierres que roulaient sur eux les insurgés. Le plateau du Tisibert est resté célèbre par le carnage qui se fit des Kabyles, obligés pour s'enfuir de passer sous le feu, à bout portant, et sous les baïonnettes des zouaves.

Nous arrivâmes harassés, exténués à Chellata, et l'on nous conduisit aussitôt à la maison où est né Si- Ben-Ali-Cherif. C'est une petite maison mauresque à arcades et à galerie, que rien ne distingue des autres. Nous ne nous y arrêtâmes que le temps nécessaire à un repos d'un moment. Le cheikh de la zaouia vint nous chercher pour nous en faire les homieurs.

Un des ancêtres de Sidi-Ali-Cherif, descendant de

' Los Arabes donncnl le nom de sid on sidi à leurs snix-rioiirs et aux pens

mi A TliAVERS LA KAI5YLli:

Mahomet et originaire du Maroc, vint se lixer à Cliellala où existait une modeste zaouia. c'est-à-dire une école où l'on apprenait aux entants arabes à lire le Koran. Le jeune voyageur était ])auvre, mais d'une grande vertu, et il sut si ])ien, par ses qualités, pac son savoir, s'attirer l'affection du cheikh de la zaouia, (|ue celui-ci le garda près de lui et lui donna sa fdle. La zaouia devint alors très-célèbre et très-fréquentée ; car à la lecture du Koran et de la Somma, (tradition.) Tancêtre de Ben-Ali joignit l'étude de la jurisprudence, des principes du droit musulman, de la grammaire, de la poésie, des mathématiqnes et de l'astronomie. Des tolbas furent adjoints à l'école^; les jeunes étudiants donnaient en entrant une somme de dix francs, et pour cette sonnne, une l'ois donnée, ils étaient logés, nourris et instruits. Le produit de ces pensions était insuthsant à couvrir les frais, mais les dons des chefs kabyles, des croyants iidèles, suppléaient à ces miséral)les revenus, et lorsque la caisse était à sec, les ('liulianls allaient cpièler dans les villages et revenaient chargés d'argent et de provisions. Il n'en est |tliis ainsi aujourd'hui, Si-l>eu-Ali-(ilierirj>ourvoit seul,

(|ii« leur ('(indilion mcl au-dessus d'eux; daus le lauijagc iamilicr ils vous appellcut volonlicrs balxi, [ù'ie.

' Tiillias. |iliiri('l de llialdi, savanl.

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