LA LÉGENDE DE LA MORT DE MARIE, MÈRE DE JÉSUS
« Les livres des traditions racontent ceci.
« Jésus (lit lin jour à Marie :
« — Ma mère, j'ai vu dans les choses que Dieu m'a (( commnniquées, j'ai vu que ce monde est une de- « meure périssable, que tout s'y éteint, disparaît, (( que tout échap[)e, qne tout meurt; et aussi j'ai vu « que l'autre monde est le séjour de la vie, la de- « meui'c où lont jiersiste et dure, où rien ne suse. « où lien ne se délrnil. Viens, ma mère: viens, reti- « roiis-noiis de ce monde, où tout est e;iduc; reli-
« roiis-iious pour aller dans la voie qui coiiduil au a monde, où la vie ne meuii jamais^ et où vil Tim- « mortalité.
c( — Allons, dit Marie, souriant saintement à son (( lils, allons, mon enfant. »
« Et la mère et son lils gagnèrent les montagnes du Liban.
« Là, ils se tinrent en un modeste réduit; demeure solitaire, où ils adoraient Dieu. Calme parfait, vie pieuse, douce vie, parfumée par l'incessante })ensée du ciel, par l'encens des prières. Ils jeûnaient le jour; ils se levaient la nuit; ils mangeaient (le la feuille des plantes; ils buvaient de Teau des pluies. Longtemps ils lirenl ainsi; délices saintes que rafraîchissait le souille de l'air! œuvres pieuses que seul voyait IVeil tout voyant de llieu.
« El puis un jour, Jésus descendit du flanc de la montagne; il descendit le creux de la vallée; il allait cherchei' et cueillir quelques légumes sauvages, quelques herbes douces jiour le repas du soii', pour rompre le jeune à la lin du jour.
« Jésus était doue parti.
'< Or, voici que Tange <le la mort arrive auprès de
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Marie. Eilc était (;ii prières, enveloppée cl remplie de la pensée tic Dieu.
« Salul, Mai'ie ! salut, sainte femme! dit l'ange f( des derniers soupirs : salut à toi! qui jeûnes, qui « veilles, (jui pries ! »
« Marie cfTrayéc, surprise, s'évanouit. La peur (pi"elle eut de Fange redoutable l'avait aballuo toul à coup.
« Marie revient à elle-même, se réveille peu à peu de son évanouissement, regarde d'un air timide, soupire de pénibles soupirs, reste un moment le regard inquiet, immobile, attaché sur Fange; ])uis doucement, d'une voix émue et pénétrée:
« — Qui es-tu, serviteur de Dieu? dit-elle; oh! c( tout mon corps frissonne, toute ma chair palpite; '< je suis troublée, la voix uFa effrayée; je tremble, c< mes sens sont confondus, mon cœur est défaillant; c( (ili î (pii es-tu?
'( — Je suis celui (jui n"a pitié, m du jeune âge « de Feidant, ni de la faiblesse de Finuoccnce; je « suis celui qui ne tient conqjte, ni de la gi'andeur f< des grands, ni de la force des forts^ ni de la vi- « gueur de Fàge; je suis celui qui ne demande pas ^< de permission aux rois, qui ne considère pas Fim-
i'l>ti A TRAVKllS LA KACYLIL
ce posant des puissances. C'est moi qui renverse les « demeures, qui culbule les palais, (jui démantèle « les forteresses, qui déchire les bastions; c'est moi « qui peuple les tombeaux, (pii chasse les léu- « nions, qui sépare les amis, qui arrache l'un à l'au- « tre le trère à la sœur, le père à la mère; c'est «■ moi qui prends les âmes, qui éteins les existence ces, qui arrête le souffle de la vie, c'est moi « Azraël, l'ange de la mort.
c( — Ange des derniers moments, ne m'accorde- « ras-tu pas d'attendre que revienne ici celui que « mon sein a nourri, celui que j'aime, (pii est la « fraîcheur et le bonheur de mes yeux, celui qui « vit dans mon cœur, comme le fruit sur sa tige « maternelle ; sa vue, le paifum de son visage, sera « le viatique de mes derniers instants.
f( — Maiie, ceci Ji'est ])()int dans les ordi'cs qui « m'ont été donnés. Je suis un seivileur soumis à la f( parole du souverain des cieux; je ne jmis jjren- « dre la vie du plus failjle moucheron sans les orf< dres de Dieu; et mon Dieu m*a enjoint de ne pas « reculer mon pied deirière l'autre que je n'aie reçu (f et recueilli ton àme.
<( — Que soit acc()m])lie sa volonté! Ange de la