‹ À travers la KabylieChapitre 48 sur 70 · LA LÉGENDE DE LA MORT · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE LA MORT

« mort, obéis au Seigneur qui t'a commandé; prends <c ma vie, reçois mon àme, emporte, emporte mon c( àme au sein de l'éternel. »

« L'ange s"ap])roche, recueille l'àme de Marie et s'envole au ciel.

« Ce jour-là, Jésus tarda plus longtemps que de coutume à revenii'. Il ne regagna sa letraite qu'après que le soleil eut caché sa lumière à l'occident, e( l()is(pi(' la unit avait déjà couvei't la tene de ses voiles obscurs... Jésus gravit la montagne, portant les frais herbages qu'il a cheichés poui- le repas de de sa mère.

a 11 arrive, il la voit à l'endroit où elle avait coutume de prier. Jésus croit que Marie est endormie, il dépose sa moisson, les ])lantes, les légumes sauvages qu'il a trouvés; il approche de sa mère, il se met à prier; il \mv longtemps, presqu'au tiers de la nuit. Alors il revient à sa mère, il se penche vers elle; de sa face il touche [)resque la face sereine et calme de Marie :

« — Ma mère, dit-il, d'une voix tremblante, in- « (juiète, (pie la craintive émotion du cœur agite et « trouble ; ma mère ! salut, ô Marie ! salut, ô ma « mère! Voici (pie la nuit est bien noire, bien som-

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« bre;... depuis longtemps déjà ceux qui jeûnent « ont pris leur repas... dis, Marie, cette nuit, pour- (i quoi ne viens-tu pas rompie l'abstinence? Oli! ré- « ponds à ton lils... »

o Puis il se calma et se dit:

« — Tout repos a ses douceurs, tout sommeil « a ses délices ! sainte mère, dors Ion savouieux f( sommeil. Non, non, je ne le lioublerai point. A la « place de ma mère je prierai la prière de l'aulie. n « Jésus attendait ainsi que se réveillât sa mère, afin de prendre son repas avec elle. Les deux tiers de la nuit passèrent... .lésns revint au|)rès de Marie. Il la (ixc, elle était encore dans la même attitnde. Il s'inquiète alors, il se jienclie de nouveau veis Marie; il leste inunobile, puis:

« — Salut, Marie! salut, ma mère! dit-il. d'une f( voix pleine d'émoi. Tous ceux (pu jeûnent ont (.< achevé 1(^ dernier re|)as de la imit. Tous les fidèles « sont debout, viens aussi adorei' l'Eternel. »

« Il attendit encore, il pria jusqu'à ce (pie vînt irradier l'aurore. La lumière grandit, le zéphir soupira. Jésus s'approche de Marie; vers elle il [)enche la tète; il s'arrête, elle n'a |)lus de vie, son àme est partie, son àiiie est au ciel. Jésus. p(''nélié de tris-

LA LI'dENDE DE LA MOllT <2'^t,

tesse, sent la (loiilciir l'ébranler, l'accahlcr. Il pose sa joue sur la joue de sa mère; et il ^émit.

« — Mère, dit-il, mère! salut de Dieu sur toi; « ma mère, sois bénie, ô toi qui m'as si longtemps « porté dans tes entrailles, m'as nourri de Ion essence a pure, m'as imprégné des sucs de ta vie, m'as allaité « du lait de ton sein ! de tes iuii.ts, combien lu en « as veillé pour moi! de tes jours, combien lu en as « passé à cause de moi, dans les veilles et les soucis ! »

« Et les larmes de Jésus coulaient ; et les sanglots éclatèrent. Dans le ciel les anges, sur la terre les génies pleurèrent aux larmes de Jésus; le Liban frémit, et du fond de ses plus longues racines on entendit murmurer des soupirs, se j)laindrc des sanglots.

(( La voix de Dieu })ai'la :

ce — Mes anges, pourquoi ces pleurs dans vos « yeux? pour qui ce deuil, cette tristesse?

(( — Notre maître, tu sais ce qu'il vient d'advenir « de malheur à Jésus, à cet esprit de ta divine es- « sence.

« — Jésus est l'esprit que j'ai fait émaner de moi- « môme, Jésus est mon Verbe; et je suis, moi, la « source de toutes les bontés. »

(( Ensuite la voix interpelle Torplielin :

r « — Jésus, lève la tête, ta mère est morte ; mais à « cause d'elle j'ai grandi encore la destinée que je le « réserve.

«■ — Mou Dieu, me voilà donc seul, délaissé sur la c< terre, comme un étranger ici-bas ! Qui soutiendra « mon courage, qui m'aidera à servir dignement mon c( Dieu ? »

« La voix ne répondit pas.

a Jésus descendit du Liban, se rendit à une bourgade des enfants d'Israël; et là, d'une voix désolée :

c( — Enfants d'Israël, dit-il, venez, que Dieu vous « donne sa grâce ! venez à mon secours. «

« Les femmes, aux têtes voilées, sortirent de lenrs

demeures, émues de cette parole plaintive.

« — Qu'as-tu donc, dirent-elles, qu'as-tu? d'où

« viens-tu, homme des merveilles? D'où viens-tu, toi,

« dont l'éclat de la beauté est venu luire, refléter sa

c( douce lumière jusques dans nos demeures? Quelle

(c est donc en toi cette incompréhensible puissance

« qui a pénétré jusqu'à nous pour nous émouvoir,

« jeter l'étonnement parmi nous, dans le repos et le

c< silence?

« — Je suis Tesprit de Dieu, je suis Jésus, lils de

u Marie. Elle n'est plus; elle est morte, morte, aban-

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