COSTUMES KABYLES
gent, bracelets ornés de corail, d'ambre, boucles d'oreilles énormes suspendues aux lurbans par des chaînelles , colliers de verroterie , ferronnières de boudjoux tombant sur le front ou mêlés aux cheveux ;
hommes et femmes sont tatoués sur les joues, sur la poitrine, sur une narine; souvent, chose singulière, ces tatouages représentent une croix, souvenir éloigné do la religion chrétienne, qui a si longtemps dominé en Kabvlic.
r.in A THAVEUS f.A KAI'.VI.II':
Les hommes ne sont ni plus élégants, ni pins propres. Ils changent rarement lenr linge de corps, et ne changent jamais leur chachia, on leur burnous. Ils se font une gloire des trous (jui rillustrenl. Et si c'est une balle ou une baïonnette h'ançaise qui Font fail.
ils montrent avec orgueil la cicatrice produite sur le vêtement par l'arme du Roumi. Ce burnous, qu'il lient de son père, le Kabyle le léguera à son fds.
Le Kabyle, endurci aux inlempéries de l'air, a presqne toujours la léte et les i)ieds nus. S'il va en
LKS FEMMES AUMiKS 7A]
voyage, il se chausse d'iuie peau de bête, le poil en dedans, grossièremenl attachée avec une corde. 11 n'a pour tout vêtement qu'une chemise de laine qui descend jusqu'aux genoux , dite chelouha , et quand il
travaille, un vaste tablier de cuir attaché aux reins le lait lacilement reconnaître pour un enfant de la Kahylie. L'Arabe, la femme arabe, la Mauresque surtout, aiment les beaux vêtements de soie , aux couleurs voyantes, les parures d'or et d'argent. L'Arabe promène ses costumes élégants, et sa vanité est satisfaite;
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mais la femme arabe, qui se couvre de bijoux comme une madone italienne, qui se teint les yeux de hennali, qui se met du rouge sur les joues, qui se peint les sourcils et les lèvres, ne se livre pas à ses instincts de coque Iterie pour plaire à un mari qui ne s'en soucie guère, ou pour l'étranger qui ne doit pas la voir. Car elle ne sort dans la rue, })our aller au bain ou au cimetière, le jour de la Djemaa, le dimanche arabe, que soigneusement enveloppée d'un baik qui la couvre des chevilles à la tête. Son visage est couvert d'un voile qui prend à la naissance du nez et descend jusqu'à la poitrine , ne laissant à découvert que les yeux. On dirait des fantômes ambulants. Ajoutons qu'il n'y a que les femmes de condition inférieure qui sorlenl. Les femmes riches sont incarcérées dans le gynécée; leur vie n'a rien de public. C'est une vertu de bien cacher les femmes élevées à croire que celle dont un étranger voit le visage est presque outragée.
Il n'en était point ainsi avant l'islamisme. La femme était libre. Aucun voile ne couvrait ses traits. Elle était la joie, la parure de la société de son mari ; c'est à la jalousie de Mahomet que la femme musulmane doit d'être retranchée de la vie sociale, reléguée dans le harem. Un poëte arabe a dit :
LKS FEMMKS KAllVI.KS 7)1."
«. La lemmc est iiii paifum que 1 On n'abandonne
pas aux venls. »
La femme kabyle a conservé la liberté des temps
anléislamiques; elle se mêle à la vie sociale, elle prend
sa part des plaisirs do la maison, et en passant un soir dans un village, nous vîmes des hommes et des femmes mêlés, rire, caqueter et chanter en s'accompagnant du tar.
Notie arrivée ne les fit j^as fuir et nous pûmes les considérer à loisir. Quelques-unes él.iicnt vrai-
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ment belles sous leurs haillons et avaient un air (le noblesse qui nous fi'a[tpa ; Tune d'elles entourée d'une foule d'enfants, de jeunes «eus qui semljlaient boire ses ])aroles, parlait avec vivacité et le timbre (le sa voix était charmant , un de nos s])ahis (|ui s'était a])proché nous dit qu'elle racontait une belle histoire qu'il m'offrit de conter à son tour. Je la dirai dans le chai»it(*e prochain, en conservant ce langage imagé, ces expressions pittoresques que l'on est étomié de rencontrer dans la bouche de gens grossiers et ignorants.
Il existe encore, entre les Kabyles et les Arabes, d'autres différences dans les mœurs, dans les habitudes, qu'il est bon de faire ressortir, car elles prouvent la diversité d'origine.
L'Arabe est paresseux et ne travaille que juste ce qu'il faut pour vivre. 11 ne défriche et ne laboure que ce qui est strictement nécessaire à sa subsistance et à celle de sa famille ; il égratigne le sol de sa herse on du soc de sa petite charrue, il y sème quelques grains, et la bonne terre arabe, (ilmajmrens. lui rend au centuple ce qu'il lui a C(mfié.
Le Kabyle est laborieux; il travaille sans cesse. S'il a (les terres; il les cultive, il ])lante des arbres, des
MŒURS ET rSACI'S DKS KAP.VI.KS 7,1 T)
pieds de vigne; il roeueille tics Iriiils de loiiLc espèce, des légumes qu'il va vendre dans les marchés voisins. Chaque village, en effel, a son niaiclié hchdomadaire qui porte le nom du jour où il se lient : Souk liad Mzala, le dimanche des Mzala; TueinFenayas, le lundi des Fenayas; Tlcta Boii-Rateii , le mardi des Beni- Haten; Arba Boù-Ourlis, le mercredi des Beni-Ouriis, et ainsi de suite.
Les marchés kahyles sont fort curieux par la variété des choses qui s'y vendent. A coté des armes, fusils, pistolets, matraks, flissa, couteaux, etc., des socs de charrue et autres instruments aratoires des plus |»rimilifs, des vêtements de laine, des hahayas de corde, des poteries, du savon indigène assez grossier, des nattes de palmier nain ou de béchana: on trouve tous les fruits de l'Occident : olives, figues, noix, amandes, poires, oranges, raisins; des légimies très-variés : fèves, lentilles, pois chiches, navets, concombres, oignons, piments, pastèques, et même, depuis quelques années, des pommes de terre qu'ils trouvent un excellent manger. La principale richesse du pays est le hguier et l'olivier; l'olive se vend soit en argent, soit en échange des produits rares en Kabylie, les céréales par exemple. La poudre kabyle se vend aussi dans
certains marchés ; mais la fabrication est restreinte à la tribu des Reboulas. Cette poudre, mal confectionnée, est bonne; cependant elle est très-chère. Chaque carlouche revient à 40 centimes environ.
S'il n'a pas de terre ou d'industrie qui puisse le faire vivre dans son village, le Kabyle émigré et va dans le pays voisin chercher à utiliser son activité. Chaque tribu se livre à une profession qui lui est propre. Les Maktas, les Zouaouas se font soldats d'infanterie, et c'est de cette tribu que vient le nom de zouaves. Ils s'engagent soit chez nous, soit en Tunisie; mais ils préfèrent le service de la France. D'autres, les Beni-Raten, se font boulangers; les Ah'med-Beni- Youssef se font maçons, jardiniers, mais ils n'émigrent jamais sans esprit de retour; ils pensent au jour où ils reviendront vers les rochers qui les ont vu naître, porteurs d'un pécule qui leur pei*mettra d'acheter une maison et un fusil. Le Kabyle a une patrie qu'd aune, qu'il n'oublie jamais dans ses voyages, et celle [>atrie, c'est le village, c'est le sol que ses premiers pas ont foulé, c'est le coin de terre où sont ensevelis ceux qu'il a aimés.
L'Arabe, essentiellement nomade, ne tient pas au sol; l'émigration ncratlriste pas, la nostalgie du ])ays