MŒURS ET USAGES KABYLES
lie rétrcinl pas lorsqu'il Ta quille pour aller dans les villes lointaines. S'il resle parmi les gens de sa Iribu, le douar est une ville mobile qu'il suil dans ses migralions. Aussi, lorsque l'invasion le menace, il plie sa lenle el la Iribu va cliercliei' aillcius une oasis nouvelle où elle s'établira, jusqu'à ce que l'ennemi de sa liberté le refoule plus loin. C'est là ce qui explique pourquoi, dans les plaines, on ne trouve pas de villages, d'babilalions perinanenles. Dans ces vastes steppes que rien ne défend des invasions ennemies, la razzia serait trop facile et la défense souvent iin|)ossible. Dans la montagne, le Kabyle est à Fabii d'nne razzia, protégé (pi'il est })ar des ravins, par des cbemins souvent impi'alicables. Il peut s'établir, bâtir des maisons, les grouper en villages, les orner d'nne mosquée, à l'abri des violations des Roiimi, et d'un minaret plus ou moins élégant, suixant la ricliesse du village. Je dis que la mosquée est d'oidiiiairc en raj)port avec la ricliesse du pays; cela n'est [);is l(uijours exact. Ainsi, le |)au\re pclil village de Tifritliliiet-on-Malek, tribu du Aïl-ldjcr', (pii ne coiuple que
' Nos lecteurs ont vu souvent dans lo coiu's de ce livre le'^ n^.ols Ikti, Ikni, Oiiled, Aïih, employés pour désigner les tril)us. Chacune de ces expressions a un sens distinct. Chez les Arabes, Reiii et Ouled indiiiiiciit des castes diiïérentes. Boni représente la caste servile. Ouled la caste nulile. Les Kabyles ap-
ÔÏX A Tn.WKIlS LA KABVLIL
ceiil lusils, a ce|ieii(laiil iiiic niosqiicc Uès-vaslc avec deux koubbas ou coupoles.
Ce beau temple est dû à la munilicence du dernier dey d'Alger, (jui vil en rêve le marabout de ïilritli, Si-Ali-Cheheboun, lui ordonnant de lui élever une cbapclle, et il exécuta pieusement les ordres du saint musulman.
Cette diversité dans les mœurs et dans les coutumes entre les Arabes et les Kabyles se reproduit dans la physionomie des deux peuples. L'Arabe a les yeux noirs, les cheveux aussi, le teint basané, le visage ovale. Le Kabyle est souvent blond, avec des yeux bleus; sa peau est blanche, le visage est carré; on dirait un enfant du Nord : il y a de la race germanique. L'Arabe est ordinairement lin, maigre, avec des extrémités iines et délicates. Le Kabyle est vigoureux, osseux; sa musculature est puissante; sa démarche un })eu lourde indique la Torce, Fénergie; son regard n"a rien de servile. On voit qu'il connaît sa force, et il se sent fort parce qu^il est indépendant.
Cependant il est poli surtout envers ses cliefs. ses marabouts et ses vieillards, mais à la condilioii
|ili(|U('iil k'S iiiuts Beui mix vilhijit's kalixles, Ollled aux vill;ii;rs in;ir;ilimi(. Ils tlésiiiiiciit les autres par le nom géncriiiiiL' de Ailfi. Ainsi, Attk ou Adrer clésijïne les irciis delà nioiitaffiic .
MŒl'KS ET LSACKS KAUUJiS 519
(jiic sa iH)lilessc', (|ui nn ileii (l'obsc(|uicux, lui sera rendue, quel que soil le rang de celui à (jui elle esl l'aile. M. Daumas cite un singulier exemple de celle suseejilibililé du Kabyle.
Si-Saïd-Abbas, mai-aboul des Heni-llallir, se Irouvailun jour au mavelié du vendredi des Beni-Ourlilan; un Kabyle du nom de IJen-Zeddam s'a])|)roelie el lui baise la main. Le marabout oeeupé du soiu d'une allaire qu'il tiaile avec (juelque autre individu, ne lui rend pas son salut.
— Par le péché de mafemme, s'écrie Ben-Zeddam, en se campant fièrement, le fusil à la main, devant le marabout, lu vas me rendre à l'inslanl ce (|ue je l'ai in'èlé ou tu es mort.
Le marabout se leva sans mot dire, el lui rendit le salut.
Un autre lait ({ue j"enq)ninle à la même soui'cedonne une idée complète du caractère altier, violent, susce[)tibl(' de ce [)euple primitil' ([Ui ne soulïre aucune injure sans la rendre, et pour (pu, connue [)our la r,orse, la vendetta (rokba) est un devoir sacré.
Lu Kal)yle de la Irjbu des Heni-Yala l'encoiiti'e au marché Guenzaie un homme (jui lui doit un baira. sept centimes, et le lui réclame.
520 A TUAVEliS LA KAIULIE
— Je lie le (loniici'ai pas tuii barra, répond le Kabyle.
— Pourquoi?
— Je ne sais.
— • Si tu n'as pas d'argenl, j'allencb'ai encore.
— J'en ai, mais...
— Mais, quoi?
— C'est une fantaisie qui me prend de ne le point payer.
Le Ben-\ala furieux saisit son débiteur par le burnous, le renverse et le gourme d'im[)ortance. Des voisins accourent, prennent |)art à la lutte, et une mêlée générale a lieu. On s'excite, on se menace, on s'injurie, bientôt tieux partis se forment, et des coups de ix)ing, on passe aux coups de fusil. On se battit depuis midi jusipià sept beures du soir avec un acliarnement inouï; et le soir venu, lorsqu'on eût sépai'é les conil)attaiils, quarante cinq individus étaient tués ])our la miséralde somme de sept centimes. La |taix n'est pas encore fa i le aujourd'hui; le village est divisé en deux partis, et la querelle a commencé en 1843 ou 1845'.
' Daunias, la Grande liabylie.
CHAPITRF. XXVII