LA LÉGENDE DU DJURJURA. - LA POTERIE D' I F E R A 0 U N E N
Nous voilà (le nouveau dans les monlagnes, au milieu (le solitudes effrayantes ; uous traversons une gorge resserrée entre les masses granitiques qui servent de contre-fort au pic d'Azrou. Ce col étroit, où la neige abonde pendant Thiver, est fréquenté i)endant 1:, l.elle saison, car il fait communiquer entre elles plusieurs tribus. Les gens du pays, en vrais détrousseurs de route, prélevaient a.ilielois, à l'entrée de ce
r)4s A in A m: IIS i>a kaiulik
défilé, d'un accès difficile, un droit de passage sur les voyageurs. Nous suivojis unecrèle rocheuse, et bientôt nous débouchons siu' un [»]ateau où l'on ne trouve d'autre végétation que quelques cèdres rabougris, écimés, tordus par les tempêtes de ces hautes régions. On dit que les tourmentes sont terribles sur ces cimes et que le passage est impossible de décembre à avi'il. Nous commençons à descendre, et je vois arriver notre guide porteur d'un bouquet cueilli çà et là. Il se compose d'une branche d'églantier à fleurs ]>àles, d'une touffe de genévrier nain, de chèvrefeuille et d'immortelle blanche*. Nous sommes à quatorze cents mètres au-dessus des vallées, dont l'œil ébloui peut à peine sonder les profondeurs, et cependant nous côloyons le pied des pics dont les cimes neigeuses sont inaccessibles.
Nous suivons, en descendant, une chaîne de roches calcaires mêlées de silex. Le calcaire a été usé par le temps; les [tartiesles plus dures, qui, seules, ont résisté, sont isolées et font ressembler la roche effritée aux feuillets d'un livre entr'ouvert. A la sortie du col, nous traversons des praiiies très-arrosées , à hei'be
' Cos flours ont on Kabylio do jolis noms. Le gfiirvi'ior se nonnne T:ik;i; l'('''jl;inticr, Tlisiiifelli; le clièvrcfcnillc, Tonaa N'irtirataii.
ÇOU DE TH I FILKOg UT
LA SUUllCE Al \ MOLSTKJI i;s r.ol
cuui'le et épaisse. Desazib, destinés à [lanjiicr les bestiaux pendant la nuit, indiquent les lieux où les tribus envoient paître leurs troupeaux. Le paysage, si nu et si triste il n'y a qu'un instant, devient cliarmant. Un ruisseau, qu'ombragent de grands chênes, se précipite dans la vallée en bruissant entre les cailloux. Sur un nionlicule 011 paissent des chèvres, un jeune berger presque nu joue, sur un flageolet t'ait d'un roseau percé, un de ces airs languissants qui l'ont rêver et qui semblent s'harmoniser avec la tristesse de la solitude.
Plus loin, nous trouvons une fontaine au pied d'un mamelon que couronne un village kabyle. Cette fontaine, dont l'eau conserve toujours une fraîcheur de glace, se nomme Âïnser gui%aiw,\dL source aux moustiques. Des femmes kabyles se pressent autour de l'auge de pierre, et remplissent leurs grandes amphores de terre brune bariolées de rouge. Les unes viennent du village, les autres y remontent à pas Icnls. Elles marchent courbées sous le faix de leurs jarres, les lianes et les reins trempés de sueur. A la vue d'étrangers, quelques-unes des jeunes iillcs essayent de cacher leurs visages; des fdlettes de sept à huit ans, voulant imiter leurs compagnes, ramènent sur leur front les plis de leur haiks rapiécés. C'est
552 A TPiAVKHS LA KAliYLlt;
loiil un tableau comique et gracieux ; mais à la vue de quelques piécettes d'argent , oubliant leur pudeur elforouchée, elles accourent nous offrir l'eau de leurs cruches. Nous bûmes à longs traits, nous remplîmes nos gargoulettes, car nous allions recommencer nos pérégrinations ascendantes et nos promenades sur les crêtes où il est rare de trouver de l'eau.
Nous commencions à trouver un peu longues ces ascensions perpétuelles des bouleversements de la nature dont les anfractuosités bordent une ligne de cinq cents kilomètres de long sur cent cinquante de large. Notre guide nous al'firma sérieusement avoir entendu dire qu'autrefois le pays que nous parcourions avait été une immense plaine, et que le djerjera y avait été tout à coup implanté.
Je flairai de suite une de ces histoires légendaires que l'imagination poétique des Arabes sait si bien embellir, et dans l'espoir d'en faire mon profit, j'invitai le guide à me raconter ce qu'on disait à ce sujet; voici ce qu'il nous répéta :
Les Hébreux commençaient à désespérer de trouver la terre promise qu'ils cherchaient à la suite de Moïse, quand ils rencontrèrent un pays de hautes montagnes (priin géant habitait. Moïse, las des murmures de