INSURRECTION DE KABYLIE. — COMBAT D'ICHERIDEN
Depuis le jour où les Français oui mis le pied sur le sol africain, les Iribus kabyles, fidèles à leurs idées de liberté, se sont tenues fièrement devant nous, défendant pied à pied leur territoire, ne cédant qu'à notre stratégie et à la force de nos armes. Il a fallu quatorze expéditions successives pour les soumettre. Je n'entreprendrai pas ici le récit de ces condjats où luttait le fanatisme aveugle contre une puissance qui leur apportait dans les plis de son drapeau la civilisation avec la paix, la richesse par le commerce. Je ne
586 A TI'.AVKilS LA KAIlVLlI':
relraceiai pas as longues et dil'liciles opéialioiis de
gueri'c (jiic (les voix pins autoi'isées f{iie la mienne
ont racontées avec lanl de verve; je ne veux que
donner, par le récit d'nn de ces combats, une idée
de l'apre et ardente énergie de ce peuple (|ui n'a |)as
dégénéré.
J'ai vu dans la tribu du Menguillel, et sur les contins de celle des Beni-Rateii, le théâtre du combat. J"ai vu les rochers encore teinls du sang Irançais, et je veux tenter de faire comprendre toute Thorreur d'une victoire chèrement achetée. La Kabylie, par sa situalion au milieu de monlagnes souvent inaccessibles à une armée, par son vaste périmètre dont le blocus et l'investissement étaient impossibles , [)ar l'énergique résistance de ses habitanis, qui |)roleslaient à coup de fusil contre notre [irésence dans leur pays, la Kabylie, dis-je , a pu résister longtemps à nos armées , et ces diverses causes, aux(]uelles venaient s'adjoindre les fautes d'un gouvernement qui restreignait sans cesse les moyens d'action, expliquent pourquoi nous avons guerroyé pendant vingt ans sans la soumettre.
De l(So8 à 1857, (juatorze expéditions oui été faites contre la Kabylie ; de rudes le(;ous ont été
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données à ces niunlagnanls |jelli(|iieM.\ et lanaliques ffui se soumellaicnt parliellemenl, oubliant leurs serments à la [)remière levée de boucliers tles tribus voisines : mais ces combats . où la victoire nous resta lonjours, n'eurent aucun résultai décisif.
Pendant les buit [>reniières années de la lutte, les Kabyles, commandés ))ar Beu-Saleni, kbalil'a de Ternir, par Bel-Kassem-ou-Kassi, son lieutenant, par Bou-Bar'la, l'bojume à la luulc |)ar Flionnue à Fàiiesse (el liadj amar) et d'autres chefs moins connus, défendirent i)as à pas leur territoire. Je passe ces lemi)s funestes pour raconter un des épisodes de la dernière campa«ine faite ]»ar M. le marécbal Kandon, ayant sous ses ordres trois tlivisions commandées par les généiaux Mac-Mahon', Renault et Yusuf. Je veux parler de la prise d'Iclieriden, (jue j'ai traversé le 20 judlet 18G4; Iclieriden, situé sur un plateau des plus élevés, adossé à une muraille de rochers et relié à d'autres montagnes par une crête de pitons dentelés ; et je me suis demandé par quels prodiges d'audace nos soldats ont pu l'aborder, défendu qu'il était par la nature et par de» barricades élevées à toutes les anfractuosités du terrain,
' Aujounl'liui duc ilo M;igenl;i, l'un des pr. iix do l;i c;iinjiaj,'ne d'Italie.
o88 A TRAVERS LA KABYLIE
La deuxième division du corps expédilioiiuaire, commandée par le général Mac-Malion, et partagée en deux brigades, l'une, d'avant-garde, conduite par le général Bourbaki, l'autre par le général Périgot, partait d'Aboudid, que quatre kilomètres séparent d'icheriden. A droite et à gauche sont les vdlages amis des Beni-Raten et des Fraoucen*. En avant d'icheriden, et à quinze cents mètres environ, s'élève un plateau étroit et découvert. C'est là (pie le général Mac-Mahon concentre ses troupes pour les lancer sur le village lorsque le canon aura ouvert la brèche dans les retranchements kabyles.
En face, se dresse la montagne sur le sommet de laquelle est planté le nid d'aigle que nos troupes doivent enlever. 11 faut, pour l'atteindre, descendre dans la vallée et remonter la pente ardue en enlevant successivement les barricades amoncelées sur tous les [)oinls accessibles.
Derrière ces remparts formidables, abrités par tous les plis du terrain ou des rochers, les Kabyles apparaissent, le fusil à la main ; ils attendent l'attaipie, et
- Les Fraouccn n'ont jamais clc très-hostiles; ils prétendent descendre lies Francs. On rencontre chez eux beaucoup d'hommes blonds avec les \eux bleus. Ils ont le type germanique.
ASSAUT DU VIUUAGE 589
l'on voit les burnous blancs passer et repasser çà et là.
Le signal est donné; le canon tonne, les fusées à la congrève serpentent avec un bruit aigu ; les obusiers lancent leurs boulets creux qui vont éclater au milieu (les barricades, et Ton entend dans le lointain leur sourde explosion. Les Kabyles ont disparu. Le feu de Lartillerie cesse, pai- ordre du général Mac-Malion. (pii lance Bourbaki et ses bataillons sur la chaussée qui relie Icberiden au plateau où ils sont massés. Qu'on se figure une corde mal tendue, c'est la chaussée profonde de trois cents mètres , longue de neuf cents, bordée de ravins, qu'il faut descendre et remonter sous le feu ennemi.
Les clairons sonnent la charge; les zouaves, le 54' de ligne s'élancent sur la pente, la descendent comme une trombe, et grim})ent sous les feux plongeants de deux barricades qui lordent la crùte. Des hurlements stridents les accueillent , une fusillade terrible les arrête. En vain les officiers, le sabie haut, cherchent à entraîner leurs soldats : ils tonibonl avec eux sousles balles. Les cadavres s'amoncellent sur l'étroite chaussée, quelques-uns roulent dans le ravin.
Une angoisse inexprimable serre le cœnr de tous les spectateurs restés sur le plateau. 11 y a un temps