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que la perte est immense, sans que le gain soit constatable. Et je répéterai à nos maisons d'enseignement libre et chrétien ce que me disait, un jour, un des professeurs les plus éminents de la Faculté des lettres de Paris : « Restez fidèles, dans vos collèges, aux vieilles méthodes. C'est vous qui sauverez les études que des imprudents sont en train de perdre chez nous. »
Je dois, dès l'abord, déclarer que, voulant garder intactes mes impressions personnelles, je me suis abstenu de lire les réfutations qui ont été faites du livre de M. Frary par des publicistes en renom, tels, par exemple, que M. Brunetière, secrétaire général de la Revue des Deux Mondes, et M. Chantavoine, critique du Journal des Débats. S'il m'est donc permis, à propos d'un travail de mince valeur, d'emprunter une expression à Montaigne, je dirai que ces pages que voici sont « de bonne foi ».
Est-ce un pamphlet que M. Frary a voulu faire? Est-ce un programme? Est-ce une satire? Que vise-t-il de ses traits acerbes et légers ? Le passé ? le présent ? l'avenir ? Il y a de toutes ces choses dans son livre. Ecrit d'une plume délicate, prime-sautière et savante, dans une langue ferme et chaude, vivante et colorée, il s'impose à l'attention et provoque la réflexion. La maîtrise dans l'art de bien dire y éclate d'un bout à l'autre. C'est jeune, ardent, bien mené, avec verve. Je ne sais quel souffle fort passe à travers ces pages, les inspire, et les emporte loin des choses banales. Elles exhalent l'amour de la France, le sentiment très accusé des besoins de l'époque, la compassion pour la jeunesse, une sympathie très franche pour ses aspirations et pour ses malaises. Plus d'une fois M. Frary m'a obligé à être de son avis. Son éloquence a la vigueur d'un réquisitoire passionné; elle trouve, quand elle le veut, des accents émus, alors qu'elle traduit les détresses des intelligences surmenées et affaiblies.
Il faut dire pourtant que l'ouvrage de
— 164 — • M. Frary est malsain ; qu'il émet des opinions fâcheuses pour l'esprit national ; qu'il ment aux traditions et aux tendances de notre tempérament français ; enfin, que, s'il a quelques chances quand il démolit, il est impuissant à rien édifier de sérieux pour l'avenir.
Le réquisitoire de M. Frary contre notre enseignement classique est fondé sur l'idée qu'il se fait de l'éducation ou plutôt de l'instruction : elle doit être utilitaire. Elle doit se proportionner à la cité, qui est « comme une société industrielle et commerciale faite pour produire et pour vendre » (p. 54). Si cette comparaison pèche par quelque endroit, pourtant <( n'en est-il pas de plus juste ni déplus féconde ».
Et M. Frary y tient, quand même il en apercevrait la faiblesse. Il dit plus loin, sous l'influence de cette idée maîtresse : « Un fabricant habile et un habile marchand seront... pour le législateur des guides plus sûrs que les théologiens et les jésuites : saint Thomas et Justinien n'ont que faire ;... et nous interrogerons plus utilement le bon sens d'un filateur ou d'un épicier que la philosophie de
— i65 — tous les docteurs. » Et voici ce que conseillent les gens pratiques, interrogés par M. Frary, — comprenez quelques gros négociants de la rue du Sentier ou du boulevard Sébastopol. — Ils sont unanimes à recommander :
« De réduire autant que possible les frais généraux de la production ;
« De diriger les efforts de chaque citoyen vers les travaux utiles dont il est le plus capable ;
« De donner à tous les capitaux dont nous disposons l'emploi le plus fructueux;
« De tenir constamment nos regards fixés sur nos rivaux et sur l'état du marché universel » (p. 48).
Voilà le point de départ de Fauteur dans son étude surTenseignement. Son livre vaut ce que valent ces aphorismes sur lesquels il s'appuie pour mener sa discussion. Au nom du bon sens, tout homme soucieux de l'intérêt national, que l'on invoque ici bien à tort, les répudiera comme faux, étroits et dangereux. Un peuple étant composé d'individus, ne peut-on pas appliquer à l'un d'eux en particulier ce que l'on affirme de la totalité du groupe ? Evidemment. Eh bien, chaque Français ne vient au monde
— i66 — que pour gagner de l'argent. L'économie sociale s'impose à lui, avec ses lois encore mal définies, comme le seul catéchisme intellectuel, moral et national, auquel il soit astreint. Qu'est-ce que la religion ? Le culte du veau d'or. Qu'est-ce que la famille? Un moyen de s'enrichir. Qu'est-ce que la patrie ? La somme des richesses particulières. En dehors de la pièce d'argent, il n'y a rien. Vous vous dites sollicité par de nobles désirs ; les choses de l'esprit vous tourmentent ? L'art vous attire ? Je ne sais quelle caresse de l'idéal touche votre âme et vous appelle vers les purs sommets de l'invisible? Erreur ! Chassez ces chimères. Estce qu'elles sont vénales? Est-ce qu'elles se prêtent à intérêt? Est-ce qu'elles constituent un capital productif, que l'on puisse escompter, taxer, imposer? Vous abandonner à ces goûts, suivre cette vocation, prenez garde, c'est faire œuvre antifrançaise.
Je n'invente rien. M. Frary hardiment a écrit le mot qui résume pour lui le problème, dans son chapitre vi : « La question d'instruction ou d'éducation n'est qu'une question d'argent. » Il est temps, dit-il, « de remettre les
gens à leur place, de glorifier le travail fécond, d'apprendre à la jeunesse que l'association des arts libéraux n'est plus de notre siècle. Nous avons assez pris pour modèles les Grecs et les Romains : essayons d'étudier les Anglais et les Américains » (p. 96). Voilà ce qu'on ose proposer, en plein xixe siècle, comme la fin dernière de l'éducation. C'est reculer jusqu'au paganisme. Non : les païens eux-mêmes la concevaient comme quelque chose de plus beau et de plus grand. Dans les enfants qu'ils élevaient, ils jetaient les semences de la culture humaine complète et de la religion : in iis artibus, quœ repertœ sunt, ut puerorum mentes ad humanitatem fingerentur atque virtutem. (Cicéron : De Or., m, 55, 78.) M. Frary, nulle part, ne songe que le jeune Français a une âme immortelle ; qu'il est baptisé ; que l'Eglise subsiste, avec ses enseignements : qu'il y a même un Dieu, maître de la vie.
Sur des fondements aussi ruineux, comment construire unmonument solide? J'estime, pour ma part, que, dans la haine dont M. Frary poursuitl'enseignementdulatin,ilobéit,d'une manière plus ou moins consciente, à sa pas-
— i68 — sion antireligieuse. C'est l'Eglise qui maintient la langue latine dans sa liturgie et dans ses livres. Elle a été, jusqu'en 1789, la maîtresse d'école des jeunes générations, et elle les a formées au contact des grands écrivains d'Athènes et de Rome. Qui ne sait que l'Université a continué les traditions créées parles Jésuites, par les Doctrinaires et par les Oratoriens ? Aujourd'hui, l'Etat étantdevenu athée et matérialiste, il est tout naturel qu'on s'ingénie à soustraire son enseignement à une inspiration toute chrétienne dans son principe, et qui rappelle trop de souvenirs désagréables à nos gouvernants.
Mais, sans m'attarder à ces considérations générales, il me faut suivre M. Frary sur le terrain où il se place, quand il propose de supprimer le latin dans les études classiques. De lui-même il se pose des objections auxquelles il essaie de répondre. Les partisans du latin, dit-il, le défendent par ces arguments :
« Que l'étude d'une langue ancienne est une excellente gymnastique pour l'esprit des enfants ;
(( Que la connaissance du latin est indispensable à qui veut bien savoir le français ;
« Que la fréquentation des grands hommes ou des grands écrivains de l'antiquité forme l'esprit et le cœur ;
« Que, la civilisation moderne étant fille de la civilisation gréco-romaine, la meilleure culture qu'on puisse donner aux générations nouvelles est celle que nous empruntons à nos maîtres » (p. 1 1 8).
M. Frary, selon son expression, « prend ces arguments corps à corps ». Il se trouve qu'ils sont aussi solides après qu'avant son duel.
L'inutilité des langues anciennes est prouvée à l'auteur par l'empressement que les bacheliers, une fois le diplôme conquis, mettent à brûler leurs, dictionnaires et à oublier Homère et Virgile. Cela montre, dit-il, « que le but est manqué et que l'esprit ne s'est nullement plié aux études qu'on lui a imposées » (p. 117). En attardant l'enfant sept à huit années dans l'étude du latin, que cherchet-on ? Est-ce seulement la « virtuosité dans l'art du thème » ? Non certes. Ce que Ton veut,
— i7o — c'est assouplir et fortifier son esprit ; c'est <( travailler » son âme. Or, dès qu'une pédagogie sérieuse s'est jamais formée, on a compris la nécessité de mettre l'enfant aux prises avec les difficultés d'une langue étrangère. Livius Andronicus est le premier qui, à Rome, ouvre une école. Il enseigne le grec et, comme il fallait un livre de classe, il traduit Y Odyssée. Nihil amplius, dit Suétone de Livius et d'Ennius, quam grœca interpretabantur . [De grammat., c. i.) Homère, pour les Romains de ce temps, était, comme pour nous, un ancêtre.
Plus tard, au temps de Quintilien, l'étude du grec se continue, en même temps que l'explication des vieux auteurs latins. Et voici ce qu'en pense ce dernier, qui parle avec l'expérience d'une longue pratique : « Et Ma ex latinis conversio multum et ipsa contulerit. . . neque ego paraphrasim esse interpretationem volOy sed circa eosdem sensus certamen atque œmulationem. Traduire du latin en latin a aussi son utilité. Je ne veux pas que la traduction soit un simple mot-à-mot. Il faut qu'il y ait une lutte pleine d'émulation pour rendre
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les mêmes pensées. » Et il ajoute : « Non script a lectione secura transcurrimus, sed necessario introspicimus, et quantum virtutis habeant, velhoc ipso cognoscimus quod imitari non possumus. Ainsi on ne parcourt point les auteurs dans une lecture prétentieuse. Nécessairement nous entrons dans leur idée, et nous en connaissons toute la valeur, en constatant notre impuissance à les imiter. » (X. iv.) Voilà, signalés de main de maître, les avantages que donne l'étude du latin, pour la gymnastique de l'esprit. Telle qu'elle est comprise, elle embrasse le thème et la version. Saisir le rôle des mots, et, à travers leur voile, les nuances de la pensée; mettre en branle l'attention, la justesse d'esprit, la réflexion pour que, dans le passage d'une langue à l'autre, l'idée ne souffre aucune altération; discerner la valeur des expressions, la propriété des tours, connaître leur variété; garder la marche de la pensée dans une phrase où la marche syntaxique ne saurait s'identifier avec elle : oui, rude gymnastique, qui exige de patients efforts, mais d'où l'on sort avec un goût fin et délié, avec un jugement droit, avec une
intelligence apte aux besognes les plus difficiles et les plus délicates.
Aucune langue vivante ne fournira des avantages pareils. La raison en est évidente. Elles sont moins libres, dans leurs constructions, que le grec et le latin. L'anglais, par exemple, est d'une raideur syntaxique que rien ne fait mouvoir. L'allemand, d'une allure plus dégagée, groupe pourtant ses mots dans un ordre à peu près fixe. Les rapports entre les mots se présentent d'une façon routinière. Pour saisir la pensée qu'ils enveloppent, l'effort est moins considérable. De plus, comme ces langues sont modernes, elles expriment des idées qui ont cours journellement. Entrer dans la pensée de leurs écrivains est d'une difficulté moins grande que de saisir celle d'auteurs qui vivaient il y a deux mille ans. Donc, la gymnastique intellectuelle, qui ressort de l'étude du latin, surpasse toute autre par l'étendue des difficultés, par l'intensité de l'effort qu'elle exige, conséquemment par la somme des résultats acquis.
Dans les trois autres arguments que M. Frary emprunte aux adversaires de sa
- i73 thèse, il trouve l'occasion d'ajouter un chapitre des plus intéressants à Y Histoire de la querelle des anciens et des modernes. Il y a là des pages alertes, d'une touche franche et fine. Mais si aujourd'hui notre littérature compte tant de chefs-d'œuvre , n'çst-ce point à l'antiquité qu'elle les doit? Nul peuple dans l'Europe moderne ne se peut glorifier de tant d'illustres écrivains. C'est que nul peuple n'a su si bien concilier sa propre originalité avec l'imitation des anciens. Nous sommesLatins par tradition, par goût et par caractère. Mais, de même que Rome a servi d'intermédiaire entre la Grèce et les nations chrétiennes pour leur transmettre sa culture idéale, de même la France littéraire a servi de modèle aux autres nations, parce que, plus que toutes, elle a obéi à l'impulsion partie des siècles de Périclès et d'Auguste. Le xvne siècle n'est si grand que parce qu'il reçoit son inspiration et de l'antiquité et de la foi chrétienne.
Pour le comprendre, il ne faut point l'isoler de l'âge auquel il se rattache. De Montaigne à Voltaire, de Rabelais à Montesquieu, les idées changent. Mais pour les exprimer, c'est
— i74 — vers Tétude et l'imitation des Grecs, des Romains, surtout des Romains, qu'on se retourne. Rompre avec les écrivains de Rome, c'est méconnaître des aïeux, apostasier une sorte de culte national, faire violence à l'esprit français. D'autant plus que c'est se priver d'une source très féconde de culture. La Fontaine tient lieu de Phèdre ou d'Esope : d'accord. Mais, comme on goûte mieux la Fontaine, quand on le rapproche de ses devanciers ! Molière éclipse Aristophane, Plaute et Térence, sans aucun doute. Encore est-il que, si je le compare à ceux-là, je sentirai mieux sa supériorité. Britannicus, éclairé par le XIIIe livre des Annales de Tacite, prend un aspect plus saisissant, et mon admiration pour Racine s'en accroît davantage. La beauté d'Andromaque, telle que Racine l'a conçue, éclate dans une plus vive lumière, lorsque je sais comment Homère, Euripide et Virgile l'ont peinte. Bossuet paraît plus grand à côté de Cicéron, et même de Démosthène. Horace explique Boileau. Et Sévigné, comparée à Pline le Jeune, semble prendre dçs mérites nouveaux.
Le parallèle se peut poursuivre ; il est piquant, et parfois paradoxal ; mais il détruit la thèse de M. Frary. Où l'auteura gain de cause, c'est quand il établit l'insuffisance des auteurs anciens pour soutenir les idées et les mœurs des Français du xixe siècle. Encore va-t-il trop loin. Je ne sache pas que les exemples et les maximes du Selectœ nous aient jamais appris des pensées basses et des actions indignes. De Cicéron, de Sénèque, d'Horace, on peut tirer des préceptes d'une formation morale que je crois supérieure à l'éducation par « la neutralité » telle que M. Goblet la veut introduire dans nos écoles.
M. Frary ne voit dans l'instruction qu'une préparation du citoyen, de l'homme appelé à la vie publique. Il y a l'homme privé, en face de ces devoirs multiples qui le lient vis-à-vis de sa conscience et vis-à-vis des autres, sans oublier ses devoirs à l'égard de Dieu. Eh bien, les Grecs et les Latins ont, sur ces choses graves, des idées qu'on cherche vainement dans les « manuels civiques » de MM. Compayré et Cie. Et, dans l'espèce, il ne serait peut-être pas mauvais que nos modernes pédagogues
pussent encore comprendre et pratiquer le traité des Devoirs de Cicéron, ou se redire certains passages de Sénèque et d'Epictète.
Je ne saurais suivre M. Frary partout où il va. Je m'en tiens seulement à quelques considérations qui me sont suggérées par la lecture de son livre.
Il en veut beaucoup à l'Ecole de droit. Voilà encore des réactionnaires que ces professeurs dedroit ! N'ont-ils pas l'outrecuidance de retenir la jeunesse sur des textes latins, et qui datent, après la loi des Douze Tables, du temps d'Auguste, de Justinien et de Constantin ! M. Frary voudrait donner à ces arrêts des jurisconsultes romains une forme plus jeune. Qu'on les traduise en français, parbleu, et que nos futurs juges s'y trouvent aussi à l'aise que dans le texte du Gode Napoléon ou de la constitution bénie qui régit la France, en 1887, Prœside Grevy... M. Frary a tort : moderniser les Institut es, rajeunir les Pandectes, c'est introduire dans une science qui doit être supérieure à toutes les variations de politique, de gouvernement et de civilisation, un élément de changement et d'instabilité. Mais faut-il
— i77 — traduire aussi Cujas, et de Thou, et du Vair?
Laissons dans leur langue primitive • — ■ le latin — comme en des formules lapidaires, ces textes du droit romain qui, élargis sans doute et purifiés par le christianisme, sont la base des sociétés modernes. Depuis 1880, ne saiton pas, en France, de quelle souplesse certains mots de nos lois sont devenus susceptibles? N'a-t-on point vu des collèges chrétiens être fermés au nom « de la morale}... » — la morale qui ne cadrait point avec l'article 7, avec les décrets iniques de M. Ferry, avec les passions haineuses des tyranneaux d'un jour ! Si la substance des lois de notre France — telles que les ont faites les décisions des jurisconsultes romains — dépendait désormais d'une version due à tel ou à tel juge, comme il arriverait bientôt que le blanc serait le noir et que le mal serait le bien ! L'Eglise, qui se connaît aux inventions humaines, perpétue, à travers le mouvement de toutes les civilisations, l'unité du dogme catholique, parce qu'elle le cisèle immuable, net, précis, dans la forme traditionnelle et sévère des anciens jours. Il n'en
— T78 — va pas autrement des lois : comme elles lient la conscience, il faut qu'elles apparaissent avec la même enveloppe dont les siècles passés les ont revêtues : elles ne se doivent pas exprimer dans la langue de Bossuet, pas plus que dans Pidiome de M. Zola ; elles parlent comme des mortes immortelles, je veux dire comme le juste, comme le vrai, comme le bien... .
M. Frary n'a entrepris son livre qu'au nom du patriotisme. C'est cette ide'e même qui se retourne contre lui. Ne sait-il pas combien les Allemands, grisés par leurs succès inespérés, se posent, dans l'Europe moderne, comme les champions de l'idée germanique, et déclarent la guerre aux races latines? C'est du Nord que nous doivent venir la lumière, l'honneur, le progrès; c'est du Nord qu'il faut désormais attendre le mot d'ordre qui guidera l'humanité dans des voies nouvelles de bonheur, de salut et de civilisation. Ils auront beau dire. L'idée latine domine le monde, ne serait-ce que par la reconnaissance qu'elle prescrit. Et nous, Français, nous, les fils privilégiés de l'idée latine et, par elle, de l'idée hellénique, nous nous mettrions à la remorque des Teutons,
— i79 — des Saxons, des Huns... — subissant de nouveau, et comme à plaisir, le joug de ces invasions barbares que la force et le nombre nous ont imposées!
Je ne sais si je me suis trompé; mais, suivant le proverbe banal, poser une telle question c'est la résoudre.
M. Frary a-t-il tort dans toutes ses théories ? non, certes. Mais qu'il y prenne garde : lui, le directeur d'un journal démocratique, il n'est qu'un aristocrate, et de la plus belle eau. La culture classique, telle qu'il l'a reçue, et qui fait de sa plume un outil si alerte, si vivant, il ne la veut plus que pour une élite. Je suis de son avis, si les humaniores litterœ ne doivent pas être prodiguées. Qu'on les réserve donc pour les âmes capables de maintenir et de perpétuer, dans sa glorieuse signification, le nom de Français !