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D'UN LIVRE RECENT

Histoire du Théâtre en France. — Les Mystères, par L. Petit de Julleville, maître de conférences à l'Ecole normale supérieure ; 2 vol. in-8°; Paris, chez Hachette.

e genre de littérature où se reflètent, avec le plus de vivacité et de vérité, les goûts et les idées d'une époque, c'est le drame. L'historien sincère d'une civilisation doit surtout consulter le théâtre, afin d'y retrouver, frémissantes encore et fiévreuses, les émotions qui ont fait battre le coeur d'un peuple entier et les habitudes dont il vivait. Les passions s'y expriment; les travers s'y représentent; au théâtre, on rend au public

ce qu'il a prêté, soit en bien, soit en mal. L'intérêt n'est donc point petit à étudier l'histoire du théâtre à une époque déterminée. Le livre de M. Petit de Julleville, n'aurait-il d'autre mérite que celui d'appeler l'attention sur un des aspects du moyen âge, aurait droit à notre reconnaissance. Profitant des travaux antérieurs au sien, le savant professeur de l'Ecole Normale se propose d'écrire l'histoire du théâtre en France. L'entreprise est vaste : elle exige beaucoup de qualités. M. Petit de Julleville ne sera pas inférieur à la tâche qu'il a assumée : les deux premiers volumes de son oeuvre en font foi et sont d'un bon présage pour ce qui reste à publier. Il s'occupe d'abord des Mystères. En me servant de son livre, je voudrais présenter à mes lecteurs quelques réflexions qu'il m'a suggérées. Il serait peutêtre curieux de rechercher en quoi les Mystères ressemblent aux tragédies grecques, en quoi ils en diffèrent. Grâce à ce rapprochement, nous pourrons avoir une intelligence plus rationnelle de ce qu'a été le théâtre au moyen âge, jusqu'à la Renaissance.

Le peuple grec fut un des plus heureusement doués qui aient paru dans l'histoire. Actif et vigoureux, souple et délié, amoureux de l'harmonie et de la sobriété, son esprit artistique se révèle avec autant d'énergie dans les poésies d'Homère que dans les statues de Phidias, les dialogues de Platon ou les harangues de Démosthène. C'est pourtant dans la. tragédie qu'il a le plus montré sa puissance. Pour produire une œuvre dramatique parfaite, il faut que le génie littéraire d'un peuple soit à son apogée. L'époque où les chefs-d'œuvre apparaissent sur les théâtres doit avoir été longuement préparée : elle dure peu, et demeure comme le point le plus brillant dans une civilisation. — Or, jusqu'ici, parmi les modernes, nul théâtre n'a fait pâlir le théâtre grec. Eschyle, Sophocle, Euripide ne connaissent aucun rival : Shakespeare, Corneille, Racine, Gœthe et Schiller relèvent d'eux, comme de leurs maîtres. D'un bond, pour

ainsi dire, l'art dramatique, en Grèce, atteint la perfection.

Après les essais de Thespis et de Phrynichos, Eschyle emporte jusqu'au sublime la tragédie, dégagée des langes de l'enfance : elle s'y maintient avec Sophocle et Euripide.

Un des caractères les plus frappants du drame grec, c'est qu'il est un acte religieux : il sort du sanctuaire, comme de sa source originelle. Consacré à Dionysos, le dithyrambe chantait, dans son désordre lyrique, les aventures joyeuses, tristes, émouvantes, du dieu qui, né de la foudre, symbolisait le principe vivifiant dont s'enivre la nature. Les jours assombris de l'hiver, les joies printanières, le retour des fleurs et des brises tièdes faisaient le fond de l'histoire bachique et inspiraient, par ces alternatives d'allégresse et de deuil, l'hymne sacré où débordait l'enthousiasme des foules.

Un jour, le coryphée fut remplacé par l'acteur; au chant succéda le récit mimé de la passion du dieu ; le chœur donna la réplique. Le dialogue était inventé : le théâtre existait. Mais il ne divorça point, cependant, avec le

— 49 ~ temple. Quoique la vie, avec ses passions, ses ennuis et ses douleurs, se dressât désormais aux yeux des spectateurs, sombre et poignante, pleine de larmes et de sang, le drame qui la traduisait s'abrita toujours à l'ombre du sanctuaire ; et, après les sacrifices, l'Athénien venait au théâtre avec ce même esprit de respect et de foi qu'il avait apporté tout à l'heure au naos. Les solennités les plus vénérables se clôturaient par des représentations tragiques. Un lien intime, en effet, les unissait. En quittant le temple pour venir s'asseoir sur les gradins du théâtre, aux grandes Dionysiaques, le Grec savait qu'il allait retrouver ces mêmes dieux dont il avait adoré les statues et invoqué la protection. Ces héros éponymes dont les exploits merveilleux avaient jadis illustré son pays, ces protecteurs du sol natal, ces patrons tutélaires à qui les sources et les fleuves, les forêts et les montagnes prêtaient leurs riantes et fraîches retraites, le poète les invoquait non plus invisibles, non plus inanimés comme dans le marbre, mais vivants et présents, se remuant dans l'existence artificielle du drame, avec l'activité d'autrefois. Le monde

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