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CHAPITRE SEPTIÈME

§l)ûpxive septième.

Sur la plage. — I/Hermite est rendu à la liberté et porté en triomphe. — Mauvais écuyer. — Apparition du farceur Kernau. — Un interrogatoire trop négligé. — Tentative d'empoisonnement sur I/Hermite. — Représailles et mort de Kernau. — Mes impressions. — Au royaume mystérieux. — Sous les ordres du capitaine Cousinerie. — Mon ambassade et mon insuccès. — Retour de la goélette.

ORSQUE nous abordâmes sur la plage, quoique, mon grade de simple matelot à bord de la Preneuse n'eût rien qui pût motiver une semblable réception, je fus l'objet d'une véritable ovation. On m'entourait, on m'accablait d'offres de services ; l'un me proposait sa maison, celui-ci de l'argent, celuilà des habits ; c'était à qui obtiendrait de moi une marque d'attention, une parole, un sourire. Le fait est que la brillante conduite de la Preneuse avait excité au plus haut point l'intérêt des habitants en notre faveur, et que chacun d'eux, nous considérant tous comme des héros, mettait son amour-propre à tâcher d'accaparer le plus humble d'entre nous pour lui raconter les épisodes du combat.

Troublé par toutes ces amabilités bruyantes, je ne savais à qui répondre, lorsqu'à la vue de M. Montalant, le constructeur de navires dont j'ai déjà parlé, qui accourait à moi les bras ouverts, toutes mes incertitudes cessèrent. Je le suivis à sa maison.

Une fois qu'il m'eut habillé, de pied en cap, avec ses effets, qu'il m'eut fait prendre un bon repas et dormir une heure ou deux, il me demanda le récit détaillé des événements qui s'étaient passés à bord de la Preneuse. La nuit était venue, et plusieurs visiteurs que ma présence avait attirés, encombraient le salon de M. Montalant ; ce fut devant un brillant et nombreux auditoire que je commençai ma narration, qui, je dois l'avouer en toute simplicité, obtint un immense succès.

Une semaine s'était écoulée depuis que PHermite était à bord du vaisseau amiral anglais. Chaque jour des embarcations envoyées avec

le drapeau parlementaire allaient s'enquérir de l'état de sa santé. Il me serait impossible d'exprimer l'intérêt qu'inspirait à tous les habitants de l'île de France le sort du noble prisonnier. On avait offert, par souscription, de payer une somme énorme pour sa rançon.

Inutile d'ajouter que l'amiral Pellew n'avait pas même daigné consentir à discuter cette proposition.

Quant à moi, grâce à la généreuse hospitalité de M. Montalant, qui m'avait attaché, en qualité de dessinateur, à son atelier de construction, je menais une vie qui, sans le désir dont j'étais tourmenté de reprendre la mer, eût été tout à fait heureuse.

Un matin que je me promenais, selon mon habitude quotidienne, sur la plage, je vis les deux vaisseaux anglais, après s'être ralliés ce jour-là de meilleure heure qu'à l'ordinaire, se présenter devant la rade, hors de la portée des forts, puis, munis, tous les deux d'insignes parlementaires, mettre en panne.

Bientôt une embarcation se détache du vaisseau amiral, tandis que des coups de canon, tirés successivement par chaque croiseur, à intervalles égaux, amènent toute la population de la ville sur le rivage. Les uns prétendent que ces coups de canon nous sont adressés en signe d'adieu ; d'autres, qu'ils constituent une bravade ; enfin chacun se livre à ses suppositions.

Pendant ce temps-là l'embarcation que j'ai vue se détacher du vaisseau amiral continue d'avancer vers le rivage ; bientôt elle attire tous les regards. On distingue derrière les rameurs des uniformes d'officiers qui ne sont point ceux de la marine anglaise, des uniformes qui ressemblent aux nôtres. Tous les cœurs battent ; la même pensée, rapide comme l'électricité, a parcouru toute la foule, et chacun spontanément, sans se faire part de son espoir, se précipite vers l'embarcadère.

L'embarcation n'est plus qu'à une vingtaine de brasses de terre, lorsque, du groupe des officiers réunis sur son arrière, se lève un homme qui se découvre et salue la foule. Plus de doutes, c'est lui ! à sa chevelure blonde, à ses yeux bleus et doux qui respirent l'audace et la bonté, à sa contenance noble et martiale, on ne peut le méconnaître : c'est l'Hsrmite !

Alors une acclamation, répétée par les échos de la baie, s'élève, im-

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