‹ À travers la mitraille et sur l'océanChapitre 66 sur 94 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Une heure plus tard la goélette abandonnait, pour n'y jamais revenir, la côte de Madagascar !

De Mazangaïe nous nous dirigeâmes vers l'archipel des Séchelîes, où nous complétâmes notre cargaison par un chargement de tortues. Notons en passant que ce parage est, sans contredit, le plus poissonneux qui existe dans le monde entier.

Notre chargement terminé, nous reprîmes la mer ; et sans nouveaux incidents, nous arrivâmes enfin, après une fort heureuse traversée, à l'Ile de France.

§§ayiixe huitième.

Mon embarquement sur le corsaire l'Amphitrite. — Prise d'un galion arabe. — Un abordage. — Combat acharné. — Explosion du Trinquemaley. — L'Amphitrite s'engloutit dans les flots. — Retour à FIle-de-France.

[ON premier soin, en mettant pied à terre, fut de me rendre chez l'excellent M. Montalant, qui déjà connaissait par la rumeur publique l'entrée du Mathurin en rade. Il me questionna avec empressement sur la reine de Bombetoc, que l'accomplissement de notre mission devait dépopulariser à l'île de France, et il s'amusa beaucoup de la différence qui existait entre la réalité et les suppositions auxquelles on s'était livré jusqu'à ce jour sur le compte de ce mystérieux personnage...

Nous causions des mœurs malgaches, lorsqu'un nègre entra dans le salon et annonça à M. Montalant le capitaine Maleroux.

— Parbleu! mon cher Louis, me dit mon hôte, vous jouez de bonheur! Le capitaine Maleroux se trouve en tête de ces intrépides corsaires dont les exploits atteignent les limites de l'impossible... C'est, en outre, le meilleur homme que je connaisse!... Il arme en ce moment un petit trois-mâts et se prépare à une expédition importante ; peut-être pourrez-vous vous entendre avec lui.

Mon hôte achevait à peine de prononcer ces paroles lorsque le capitaine Maleroux se présenta. Agé de près de quarante ans, il était d'une taille moyenne et d'une corpulence vigoureuse. Sa carnation basanée s'harmonisait admirablement bien avec ses yeux d'un noir de jais. Ses traits, empreints, malgré leur caractère plein de vigueur, d'une bonhomie remarquable, présentaient une grande régularité ; seulement son front était un peu proéminent.

M. Montalant m'ayant présenté à lui comme le favori du capitaine l'Hermite et comme l'un des survivants de la Preneuse, Maleroux me serra cordialement la main.

— Mon cher ami, me dit-il, je suis heureux de vous rencontrer, car il est probable que je pourrai vous être utile... J'ai déjà engagé plusieurs de vos amis de la Preneuse : votre ancien chef de timonerie, Huguet, en qualité de lieutenant, et votre contremaître, Legoff, comme mon maître d'équipage... sans compter plusieurs matelots. Voulez-vous être mon second chef de timonerie? C'est la seule place qui puisse vous convenir dont il me soit encore permis de disposer. Nous partons dans huit jours.

— Ma foi, volontiers, capitaine, lui répondis-je ; jusqu'à présent j'ai assisté à beaucoup de combats, mais je n'ai touché que fort peu de parts de prise. Sans parler de l'honneur de servir sous vos ordres, je ne serais fâché de rétablir un peu l'équilibre dans mes finances...

— Eh bien alors, c'est entendu ! Venez me voir demain, vers les dix heures, au grand café de la Grande-Rue, et je vous présenterai à mon état-major.

Le lendemain, fidèle au rendez-vous de mon nouveau capitaine, j'arrivai à l'heure qu'il m'avait désignée, et je le trouvai sur le point de se mettre à table : il me plaça à ses côtés, car parmi les corsaires la hiérarchie des grades est peu observée, et il me fit faire connaissance d'abord avec son second, un nommé Duverger, Normand pur sang, qui, je l'avoue, ne me plut que fort médiocrement; ensuite avec son chef de timonerie, appelé Lamothe. Quant à son lieutenant, Huguet, et à son maître d'équipage, Legoff, j'avais déjà, je l'ai dit, fait avec eux la fameuse croisière de la Preneuse. Nous nous revîmes avec un sincère plaisir.

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