Î68 A TRAVERS LA MITRAILLE
que je parvienne jamais à obtenir un commandement, et qu'un navire anglais me tombe entre les mains... Oh ! alors !...
Notre second n'acheva pas sa phrase, mais secouant alors vivement sa tète, comme pour en chasser une idée importune, il termina l'entretien par ces paroles, qui me frappèrent en ce qu'elles me parurent résumer admirablement bien son caractère :
— Après tout, il nous reste cinquante chevaux arabes à bord !... J'ai calculé que le prix de leur vente nous rapportera encore un honnête bénéfice ! Ah ! messieurs, puisque Maleroux devait mourir, pourquoi n'a-t-iî pas succombé dès le commencement du combat I... Que Dieu lui pardonne sa faiblesse !...
Après un mois et demi d'une traversée ordinaire, et qu'aucun événement ne vint accidenter, la Perle, en deuil du brave et infortuné capitaine Maleroux, la Perle, dernier débris de tant de richesses perdues, du plus terrible combat de mer et de la plus épouvantable catastrophe qui aient peut-être jamais eu lieu, rentrait au port Nord-Ouest de l'Ile de France, au milieu de la consternation et du silence de la population.
§§apittc neuvième.
Quatrième course de Surcouf dans l'Inde. — Maladie. — Le capitaine Monteaudevert. — Surcouf me fait enseigne. — Départ. — Triste rencontre. — Capture de plusieurs navires anglais. — Effets du calme sous l'équateur. — Episode attendrissant d'un père de famille hollandais. — Incidents divers.
|UANT à moi, encore sous l'impression du désastre qui avait failli me coûter la vie, et, de plus, atteint de quelques éclaboussures pendant le combat, je me trouvais dans un pitoyable état de santé. Je fus donc forcé de me mettre au lit.
Pendant la maladie que j'eus à subir, et dont, grâce à Dieu, la force de ma constitution, unie à une volonté ferme, me tira assez