‹ À travers la mitraille et sur l'océanChapitre 76 sur 94 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

promptement, M. Montalant, mon généreux ami, me rendit de fréquentes visites.

J'entrais déjà en convalescence, lorsqu'il vint un jour, en compagnie du capitaine de corsaire, le Malouin Ripeau de Monteaudevert, passer une partie de la journée avec moi.

— Le capitaine Monteaudevert, à qui l'Hermite, dont il est l'ami, a beaucoup parlé de vous, lui a promis de s'occuper de votre sort, me dit-il. Ainsi, mon cher Louis, tenez-vous l'esprit en repos ; d'un jour à l'autre, dès que vous serez rétabli, il vous sera donné de prendre votre revanche sur la fortune et sur les Anglais ! En attendant, je vous apporte quelques centaines de piastres que je viens de toucher au moyen de votre procuration, pour votre part de prise de la Perle... Les chevaux arabes se sont admirablement bien vendus !

— Je vous remercie beaucoup, mon cher monsieur, lui répondis-je, avec d'autant plus d'à-propos que ma bourse se trouve complètement à sec ! Au reste, ces quelques piastres représentent, avec les faibles appointements que j'ai touchés pour mon voyage à Bombetoc, sur le Mathurin, tout ce que j'ai gagné depuis que je suis dans la marine. Et cependant j'ai déjà assisté à bien des combats et essuyé d'assez grandes fatigues !

— Quoi ! c'est là tout ce que vous avez gagné pendant votre carrière maritime, mon pauvre jeune homme ! s'écria le capitaine Monteaudevert. Je veux, moi, que vous preniez une éclatante revanche sur la mauvaise fortune, et quand je veux une chose, je ne suis pas Breton pour rien, il faut que cette chose arrive. Parbleu ! il n'y a pas de temps à perdre ; je m'en vais de ce pas retenir votre place, ajouta le corsaire en se levant. A présent, si, cette fois, vous ne réussissez pas au-delà de votre attente, il faudra réellement que vous ayez du guignon.

— Je vous suis bien reconnaissant, capitaine ; mais de quelle place parlez-vous, je vous prie ?

— D'une place que j'accepterais avec bonheur pour moi, si je n'étais pas moi-même capitaine... Mais, je vous le répète, le temps presse. Rétablissez-vous vite, je viendrai vous prendre dans trois ou quatre jours.

L'excellent Malouin parti, je me creusai en vain la tête pour essayer de deviner de quoi il s'agissait ; mais je ne pus y parvenir : aussi fut-ce avec un vif plaisir que je le vis entrer trois jours plus tard dans ma chambre. Complètement remis de ma maladie, puisque déjà la veille j'avais été faire un tour de promenade seul et à pied, il me trouva debout et habillé.

— Il paraît que ça va bien, me dit-il; allons, venez; on vous attend. Le Malouin, sans répondre aux questions que je lui adressais

autrement que par un petit sourire mystérieux, hâta le pas et s'arrêta enfin devant la maison de MM. Tabois-Dubois, riches négociants de l'Ile de France.

— Le capitaine est-il visible ? demanda-t-il au premier nègre qu'il s'aperçut ; et sur la réponse affirmative de l'esclave, Monteaudevert monta rapidement l'escalier et s'arrêta au premier étage.

Des éclats de rire, des paroles fortement accentuées et le bruit d'une discussion animée quoique amicale, se faisaient entendre derrière une porte à laquelle mon conducteur frappa.

— Entrez ! répondit une voix sonore.

Le Malouin poussa la porte, me prit par le bras et me fit passer devant lui.

Je restai assez intimidé en me trouvant dans un grand salon rempli de monde ; mais je me remis bientôt en reconnaissant parmi les personnes présentes plusieurs de mes connaissances, entre autres les enseignes Roux, Fournier et Viellard, et le contremaître Gilbert, qui tous avaient navigué avec moi sur la Preneuse.

— Ah ! te voilà, mon brave Ripeau ! s'écria un jeune homme de vingt-quatre à vingt-cinq ans, qui s'avança avec empressement vers le capitaine de corsaire, et lui serra cordialement la main. Fais ton grog à ta guise, allume-moi ce cigare et causons.

— Merci, Robert, répondit Monteaudevert ; tout à l'heure je boirai, je fumerai et je causerai tant que tu voudras ; mais auparavant laissemoi te présenter le jeune homme dont je t'ai déjà parlé, le favori de l'Hermite. C'est jeune, solide, plein de bonne volonté, instruit, et ça n'a pas encore eu de chance !... Il n'a pas l'air bien gai, mais ne fais pas attention, il n'y a pas encore deux mois que Garneray

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