‹ À travers la mitraille et sur l'océanChapitre 82 sur 94 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

son nom, je veux bien m'embarquer en qualité de simple santabousca l, mais à une seule condition : c'est que je ne prendrai plus de ris...

— On ne te demande que de faire ta besogne comme tout le monde, mon garçon, lui répondit notre second, M. Drieux.

— Je ne dis pas non, mon capitaine, mais j'en ai trop pris de ris... j'en veux plus... Ça c'est dans ma tête et ça n'en sortira plus.

— Je conçois l'exigence de cet homme, reprit M. Drieux en se retournant vers nous. Il ne sait pas comment se prend un ris, et il aurait peur de montrer son ignorance.

— Ah ! vous croyez ça, mon officier, s'écria le matelot piqué au vif dans son amour-propre ; eh bien, vous vous trompez joliment ! Demandez donc un peu à M. Dutertre, à M. Le Même, à M. Monteaudevert et au capitaine L'Hermite si je ne connais pas un peu bien mon métier ! Ah ! c'est comme ça, continua le matelot en s'animant de plus en plus à l'idée que l'on mettait en doute ses connaissances, alors, entendezvous, je ne m'embarque plus que comme gabier !... Je ne veux plus quitter la hune ! Ah je ne sais pas prendre un ris !

Trois jours après la revue, sonna l'heure du départ ! Le canon, qui tire d'heure en heure, annonce à l'équipage de la Confiance, joyeusement occupé à gaspiller ses avances, qu'il ait à faire ses adieux aux plaisirs de la terre, que la saison des courses maritimes est venue.

Fidèle au devoir, la troupe chancelante des matelots, que suit le long cortège d'amis, d'épouses, d'enfants, de petits marchands et de créanciers, arrive bientôt sur la plage et se jette, — derniers vestiges d'un luxe mourant, — dans des canots pavoises.

Avant de se séparer, on s'embrasse, on se serre les mains, il y a même quelques larmes véritables de répandues, et tout est dit ! Combien y en a-t-il, parmi ces hommes si forts et si confiants dans l'avenir, que l'on ne reverra plus ? Quels sont ceux que le fer ou le plomb anglais doivent jeter sanglants dans l'arène ? On l'ignore ! et cette incertitude, qui plane sur tous, donne une certaine solennité mélancolique à cette heure suprême de la séparation.

— Au large les embarcations ! crie enfin d'une voix retentissante M. Drieux.

(i; Santa-bousca, ou gouin, signifie, en argot maritime, simple matelot.

Les rames s'agitent, et l'on s'éloigne !

Toute la population de la ville a envahi les quais du port pour voir appareiller la Confiance.

Bientôt l'équipage est sur le pont ; les voiles sont déployées, puis l'on entend comme un éclat de tonnerre que répètent à l'infini les échos des montagnes ; c'est le dernier coup de partance : le corsaire est à pic.

Alors, au commandement de Surcouf, le petit foc montre rapidement sa face triangulaire ; on dérape l'ancre ; la nappe du petit hunier, abandonnant la vergue, pèse, gonflée par la brise, sur le mât de misaine qui s'assure par un léger craquement ; le navire tourne sur sa quille, développe au vent son flanc armé, toutes les voiles s'orientent au bruit des sifflets des maîtres, des hourras et des chants tumultueux de l'équipage ; puis, reprenant enfin le joug de son gouvernail, la Confiance s'élance en creusant un sillon qui montre qu'elle saura franchir cent lieues par jour.

Adieu, délicieuse Ile de France ! Qui sait si nous te reverrons jamais, paradis enchanté du marin ! A présent nous appartenons à la mer !

Une semaine s'était déjà écoulée depuis notre départ de Port-Maurice, et depuis trois jours, grâce à la marche supérieure de la Confiance, nous avions franchi l'Equateur, lorsque nous eûmes connaissance un matin d'un gros navire.

Nous fîmes route dessus pendant toute la journée et toute la nuit, car, l'heure des ténèbres venue, ce navire arbora un fanal dans sa mâture, comme s'il tenait beaucoup à nous indiquer sa position. Personne à notre bord, pas même Surcouf, ne comprenait rien à cette singulière conduite.

Enfin, le lendemain matin, grâce à la rapidité de notre sillage, nous parvînmes à l'atteindre, et nous reconnûmes de suite en lui un Hollandais. Nous vîmes écrit sur son couronnement, en lettres d'or, le mot Bato : c'était son nom.

Une chose qui nous surprit beaucoup, c'est que le Hollandais faisait route à la rencontre d'un canot qui flottait alors à une certaine distance de lui. Enfin nous sommes à portée de la voix, et nous pouvons d'autant mieux communiquer, que notre route étant la même que la sienne, nous voguons de conserve avec lui.

^0, i*j*> (*jy> cj*> Hy> çjp» cj*> i*j» i^»s ^*> kj» Hi" H?» <*i^> <*!*> H;*» <*j*» H^> /^

i| il l'amiral bu petit-Gbouars (P. 197.)

Jtf «af* «•?•> <•!*» <•?•< «•fa* *f«» *•!•> «•{•> ••f*» <af«> <•!•» <•!«' <•$•» laf*» <•!•' *?•> ^'9,

Page 1