‹ À travers la mitraille et sur l'océanChapitre 92 sur 94 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

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§§apittc Ultime.

Je suis fait capitaine. — Prise du Pinson. — I/Atalante et son naufrage. — Croisière imprévue. — Rencontre funeste et corn bat. — Je suis fait prisonnier. — Fin de ma carrière maritime.

PRÈS bien des péripéties et des aventures diverses, je fis par suite de circonstances particulières, toute une croisière en Afrique et elle ne fut pas moins féconde en tragiques épisodes que mes précédents voyages sur mer l.

A cette époque on me donna le commandement du Pinson, cotre caboteur et l'on me nomma aide-timonier à trente-six francs par mois. Il y avait loin, certes, de ces faibles appointements aux parts de prise que j'avais touchées lorsque je naviguais sous les ordres de Surcouf, mais enfin j'étais capitaine !

Hélas ! ce semblant de dignité me fut bientôt enlevé par un triste événement. Une nuit, la Terpsichore, frégate anglaise, se détachant de la croisière qui bloquait l'Ile de France, vint surprendre sournoisement la rade de Saint-Denis et fit enlever par ses embarcations tous les navires qui y étaient mouillés : y compris mon pauvre Pinson.

Comme mon cotre n'était nullement armé, je ne fis aucune difficulté pour l'abandonner ; je me trouvai même trop heureux encore de pouvoir emmener avec moi mon équipage de neuf hommes sain et sauf à Saint- Denis.

A partir de ce moment, me trouvant sans emploi, sans argent, découragé d'esprit et fatigué de corps, je ne rêvais plus que retour en France ; aussi profitai-je avec empressement de la relâche que fit à Saint-Denis la frégate VAtalante, qui revenait en France, pour solliciter mon embarquement sur ce navire. Ma demande fut prise en considération, et j'accrochai mon hamac à bord de YAtalante le 30 août 1805.

Je rêvais, dis-je, avec bonheur à mon arrivée en France, à la joie de ma famille, au repos que j'allais enfin goûter ; mais je comptais

(i) Cette relation a été publiée à part sous le titre de: A bord d'un négrier. Dans l'édition originale, c'est la seconde partie de : Voyages, aventures et combuts.

sans les imprévus : l'événement me prouva encore cette fois combien l'homme a tort quand, fermant les yeux pour ne point apercevoir les obstacles qui lui barrent le chemin, il se croit d'avance arrivé au but auquel il aspire.

Une épouvantable tempête, un raz de marée, qui nous assaillit au cap de Bonne-Espérance, brisa notre frégate sur la côte, et je ne dus mon salut qu'à la Providence.

Quelques-uns des hommes de VAtalante furent répartis à bord des deux autres navires qui composaient l'escadre de l'amiral Linois : j'échus, pour ma part, à la Belle-Poule. Et voilà comment, au moment où je me croyais sur le chemin de France, je me trouvai tout à coup lancé dans une nouvelle croisière bien malgré moi.

Le traité étant alors dans toute sa vigueur, nous mîmes à la mer avec l'espoir que les négriers anglais nous fourniraient de belles captures.

Nous parcourûmes toute la côte ouest de l'Afrique. Les équipages, accablés de fatigue et mal récompensés par les prises insignifiantes, et assez rares, que nous opérions, se plaignaient amèrement, d'autant plus qu'ils savaient que les corsaires de l'Inde avaient recommencé leurs courses avec de nouveaux et éclatants succès. Leur mécontentement s'accrut encore lorsqu'ils virent la division se diriger vers la France. Une grande catastrophe allait bientôt changer ces plaintes en désespoir !

Dans la nuit du 13 au 14 mars 1806, nuit qui fut très obscure, nous aperçûmes trois voiles naviguant sous le vent à nous et à contre-bord de notre route. Le plus gros de ces bâtiments fit alors des signaux, que les autres répétèrent ; et deux d'entre eux disparurent bientôt, à la faveur des ténèbres, à nos regards.

Notre capitaine, M. Bruillac, avertit l'amiral Linois que le gros vaisseau que nous venions d'apercevoir et qui nous chassait appartenait probablement à une division anglaise, et qu'il serait peut-être prudent de s'écarter de cette division et de nous faire chasser par lui jusqu'au jour ; qu'une fois ce gros navire isolé, nous pourrions agir selon que l'exigeraient les circonstances.

L'amiral Linois reçut fort mal cet avis, et prétendit que ce navire de haut bord n'était, au contraire, que le protecteur d'un convo1 marchand.

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