‹ A travers la révolution chinoise; mes séjours dans le sud et dans le nord, l'évolution des moeurs ... le coup d'ÉtatChapitre 5 sur 18 · LES ÉTRANGERS A CHA\GHAÏ · texte numérisé non relu

LES ÉTRANGERS A CHA\GHAÏ

La plantation eut lieu à l'occasion du départ du premier des révolutionnaires, le fameux docteur Sun Yatsen, devenu président de la République et démissionnaire lorsqu'il se rendit à Canton. En raison du caractère politique de la cérémonie, l'assistance était surtout composée de Français et d'Américains; ceux-ci entouraient un jeune palmier, devant lequel le docteur Sun fit un discours de circonstance, souhaitant de voir cet arbre grandir avec la liberté de son pays.

Comme une cérémonie de ce genre ne va pas sans qu'un photographe soit de la partie, on conserva l'image de cette réunion historique pour les générations futures.

A Soutchéou, la Venise chinoise. — Un colonel qui jette des bombes. — Une cité tartare incendiée. — La Marseillaise chinoise. — La résolution à Nankin. — Les femmes soldats. — L'Assemblée nationale. — Le premier président de la République.

La Venise chinoise, Soutchéou, la ville des canaux, est située non loin de Changhaï. Elle aussi, comme toutes les préfectures de la province, est passée sans difficulté sous le gouvernement des révolutionnaires, devenus les républicains.

C'est par une pluie diluvienne que nous allons prendre le train qui nous y conduira, en compagnie de quelques Français, avec l'espoir que le beau temps finira par venir. Il vaut mieux être en groupe pour s'aventurer dans cette cité, où Ton est loin de la protection de nos consuls et de nos soldats.

La foule grouillante encombre les quais et les wagons. Le Chinois aime les déplacements et, sur toutes les lignes, il y a un incroyable trafic de voyageurs. Il est loin le temps où les paysans faisaient des émeutes pour empêcher la construction des chemins de fer, parce que ceux-ci contrariaient les veines du dragon invisible qui demeure sous le sol !

Dans les compartiments, des familles entières : père, mère, filles, gamins circulent, boivent le thé, fument leur minuscule pipe à tabac, ou la pipe à eau qu'on rallume à chaque bouffée. On mange aussi, car les voyages sont longs.

Des boys circulent dans les wagons et offrent des serviettes

trempées dans l'eau chaude que Ton se passe sur le visage et sur les mains.

En notre qualité d'Européens, nous emmenons notre personnel domestique habitué à nos usages et cela nous donne de la face, comme Ton dit. On peut ainsi, en devisant, déjeuner et dîner des mets de notre cuisine et laisser passer les heures, tandis que le train file sous un ciel bas et pluvieux.

Soutchéou est la vraie cité chinoise, entourée de murs crénelés. Là, point de ces rues bien entretenues, comme à Changhaï; il faut prendre des chaises à porteurs.

La gare est assez loin de la ville, encore qu'on aperçoive du chemin de fer les créneaux de celle-ci.

Notre petite procession de six ou huit chaises, contenant maîtres et serviteurs, se déroule sous une pluie diluvienne; enfermés dans ces boîtes incommodes, nous avons devant les yeux le dos ruisselant de nos porteurs, vêtus d'un manteau de paille qui leur sert de caoutchouc.

Que de détours il faut faire pour éviter les flaques qui, ici, sont de véritables fondrières! Quels chemins serpentent autour des murs branlants! Quelle boue gluante! Nos hommes font des prodiges pour gagner la porte de la ville.

Heureusement, le temps s'éelaircit et nous pouvons descendre, car nous voici arrivés devant le palais où siégeait le conseil provincial. Une garde de soldats en défend l'entrée. Ce yamenn, qui abritait les délibérations de l'ancienne Assemblée, est devenu la résidence d'un général de la révolution. C'est dimanche, la maison est vide.

Les révolutionnaires, en effet, qui tiennent à tout changer, ont adopté la semaine comme les Européens; autrefois, celle-ci était inconnue en Chine. On travaillait sans arrêt durant toute l'année, mais avec la sage lenteur et l'absence d'excès qui caractérisent le Chinois à la besogne. On se reposait seulement pendant les vacances du premier mois. A cette époque, toute la nation suspendait la vie commer-

ciale et administrative et se livrait à des réjouissances.

Le calendrier européen vient d'être transposé en chinois; on ne compte plus les années d'après le règne de l'empereur; nous sommes maintenant dans la première année de la République chinoise, année qui commence le 1er janvier 1912.

Le général dont il s'agit observe donc le jour du Seigneur, loin peut-être de sa résidence. Pour deux dollars, un sous-officier souriant nous la fera visiter. Cette maison se trouve hors les murs de la ville et elle est composée de la multiple succession de bâtiments sans étages, aux toits relevés aux coins, aux vitres de papier posées sur un treillage de bois.

Des arbres verts, des saules que dorent maintenant quelques rayons de soleil à travers la nue, un bassin aux eaux dormantes, un labyrinthe de rocaille, une biche dans sa cage qui nous regarde de ses yeux doux étonnés. Nous sommes dans un séjour de paix, bien fait pour les lettrés composant dans le silence leurs poésies mièvres et décadentes. Dans une grande salle ouverte sur un bassin, de nombreuses chaises; c'est là que se tenait l'ancien conseil provincial.

En somme, maison d'intérêt médiocre ; c'est l'habitation des gens riches dans toute la Chine.

Les rues de Soutchéou, où nous pénétrons dans nos chaises, sont infiniment plus intéressantes, avec leurs boutiques nombreuses dans lesquelles nous entrons, çà et là, pour faire des achats; le sol en est dallé de larges pierres. Les rues sont étroites, car il faut, dans la saison d'été, toujours très chaude, avoir de l'ombre pour circuler.

Nous sommes obligés d'aller à pied au milieu de la foule, ce qui n'est point très digne pour des gens de qualité, et les curieux nous entourent, mais aucun mot malsonnant ne frappe nos oreilles.

Nous grimpons des rues en escalier, franchissons des

ponts en dos d'àne, jetés sur les canaux où circulent des barques et dont les bords sont garnis de maisons trempant leur pied dans la vase ou dans l'eau. Il faut beaucoup de bonne volonté pour que ces curieux canaux et ces maisons lépreuses évoquent le souvenir de la ville des lagunes aux palais de marbre rose et aux gondoliers.

Ici la révolution ne paraît pas avoir fait des siennes ; on ne voit pas de ruines amoncelées, pas de traces d'incendie, le changement de gouvernement s'est passé en douceur. Le 5 novembre, à 9 heures du matin, le gouvernement a pris les nouveaux sceaux républicains, et toutes les troupes, moins un camp de vieux soldats, se sont déclarées pour le nouveau régime. La population était acquise d'avance. Les commerçants dans leurs boutiques regardent ces étrangers d'un œil placide; les gens vont et viennent sans excepter hélas! l'inévitable coolie loqueteux, portant, pendus aux bouts d'un bâton posé sur son épaule, les deux baquets dont s'échappe l'odeur bien connue et nauséabonde. On s'écarte pour laisser passer cet excédent de la ville qui s'en va féconder la campagne, en prenant garde de n'être pas éclaboussé, dans cette rue si étroite, parle liquide jaunâtre. Pourquoi aussi des mandarins comme nous veulent-ils aller à pied, ainsi que des gens du commun !

La pluie recommence et nous voilà rentrés et accroupis dans nos boîtes, maintenant, devant nous, la petite planchette qui doit nous empêcher de choir, en cas de glissade, sur le dos du premier porteur de chaise. Celui-ci pousse son cri guttural pour faire écarter les badauds, dont aucun n'est vêtu du costume européen, et nous regagnons la gare en repassant dans les fondrières où nos hommes enfoncent dans la boue jusqu'aux jarrets. Nul n'a jamais entretenu ces chemins défoncés. Les générations des passants, hommes et bêtes, les ont creusés toujours davantage; en temps de pluie ils se transforment en canaux de boue.

Toute la Chine est ainsi, du sud au nord, et l'on ne sau-

rait y trouver de routes. Nous avons là un témoignage manifeste de l'absence de véritable administration dans ce pays. Les Mandchoux, qui avaient la responsabilité de cette situation, ne sont plus là. Les hommes nouveaux ont devant eux une tâche immense, car ils veulent remédier à cette incroyable incurie. Nous allons les voir maintenant à l'œuvre.

C'est à Nankin que l'élite du parti républicain s'est réunie après ses victoires; c'est là qu'elle a constitué une Assemblée nationale, nommé un président de République, c'est dans cette ville que vient de se décider le sort et l'avenir de la Chine.

On peut aller à Nankin soit par bateau, en remontant le Fleuve Bleu, soit par chemin de fer. Il y a une ligne, en effet, construite par les Anglais. Nous prendrons cette voie, qui est plus rapide.

De Changhaï à Nankin, la campagne est plate, bien cultivée; on aperçoit des rizières avec des buffles noirs qui y pataugent comme dans les deltas d'Indo-Chine.

Pour mieux observer la foule curieuse de tous ces Chinois, nous passons en secondes et bien nous en prend.

Nous rencontrons là un jeune colonel des chemins de fer, vêtu d'un bel uniforme neuf. Il nous a entendu parler le français et nous fait comprendre qu'il sait notre langue. Nous lions connaissance. Nous ne pouvions mieux tomber pour faire une intéressante observation. Notre homme est un des révolutionnaires qui, le 15 janvier, ont jeté une bombe sur Yuen Chekai, maintenant président de la République.

L'attentat eut lieu à Pékin, dans une des principales rues. La bombe tua un officier, des soldats, un cheval, des passants, mais Yuen Chekai fut indemne.

Plusieurs des lanceurs de bombes furent arrêtés, emprisonnés et décapités ; notre jeune colonel aurait eu le même sort, s'il n'avait fait partie du cercle « sino-français de Pékin » . Il était alors employé de chemin de fer dans cette ville. Un de nos compatriotes, apprenant l'arrestation de ce Chinois, se rendit à la prison où il était enfermé, attendant sa dernière heure, palabra en français avec les soldats du poste, avec le gardien, tant et si bien que celui-ci, qui ne comprenait rien aux discours de cet étranger, crut, dans le désarroi de cette époque révolutionnaire, qu'il avait qualité pour réclamer le prisonnier. C'est ainsi que notre colonel prit la clé des champs, un beau soir. Le lendemain matin ses complices étaient décapités.

Cette curieuse rencontre nous valut un mot d'introduction pour des officiers révolutionnaires de Nankin.

Nankin, en chinois Nan-King, capitale du Sud, est une ville immense de 38 kilomètres de tour. De hautes murailles, dessinant le carré parfait et symbolique de la ville chinoise, l'entourent de tous côtés.

Cette ville était autrefois la capitale de la Chine, sous les premiers empereurs de la dynastie chinoise, les Ming, qui précédèrent celle des Tartares mandchoux. Elle est bâtie à quelque distance du fleuve Bleu, un peu au sud. Dans celui-ci, se trouvent, lors de notre arrivée, des navires de guerre japonais pour protéger éventuellement les quelques étrangers qui résident ici.

Cette ville immense ne contient guère que cinq cent mille habitants, demeurant dans la partie sud; le reste de la cité, dévasté par les guerres civiles lors de la grande lutte des Taïpings du siècle dernier qui s'étaient retranchés là, est devenu un désert; les herbes et les arbres ont poussé, et c'est maintenant la campagne dans la ville. On peut même

116 CHAPITRE Vil

y chasser en certains endroits. Dans les murs se trouvaient aussi, comme à Pékin, une ville tartare contenant environ 4000 Mandchoux et une cité impériale aux murs rouges.

De la ville tartare il ne reste pas pierre sur pierre. Nous parcourons ces ruines en voiture; de tous côtés ce ne sont que murs croulants et calcinés; tout a été incendié, et incendié avec méthode; nous circulons dans les restes amoncelés de cette ville morte; seuls, deux lions de pierre grimaçants et monumentaux demeurent assis sur leur piédestal comme pour nous indiquer remplacement d'un ancien yamenn. C'est tout ce qui reste de l'ancienne cité tartare qui s'élevait là, il y a quelques jours. Les soldats de la révolution s'en emparèrent, ils se tinrent postés autour de la ville en flammes et tirèrent sur tout Tartare qui essayait de sauver quelque paquet de ses hardes. Ceux qui s'enfuyaient les mains vides avaient la vie sauve. Les Chinois estimaient que ces hommes, qui, depuis 1644, ne vivaient que des subsides fournis par l'impôt, ne jouissaient que du bien d'autrui. Ici comme en beaucoup d'autres lieux, ils voulurent que tout fût brûlé, comme pour effacer jusqu'à la trace de la race maudite. ■

Quelle vision lamentable que ces amas de décombres éclairés par les rayons du couchant, allongeant sur le sol les ombres fantastiques projetées par les pans de murailles écroulées !

Nous circulons tout un jour, traînés par deux haridelles aux harnais en corde, à travers ces ruines, ces champs et dans la ville elle-même.

Dans un champ, des groupes de soldats républicains jouent au football, sous la direction de leurs officiers qui s'efforcent d'occuper leur inactivité actuelle; on craint toujours que ces hommes réunis ne se révoltent et n'attaquent les étrangers. Combien sont-ils dans cette cité, devenue le Versailles chinois, où se tient le congrès? On ne sait au juste, ^d'aucuns disent qu'il y en a actuellement cent mille;

toujours est-il que nous en rencontrons de nombreuses troupes, des bataillons, des régiments, vêtus d'une vareuse de toile, d'un pantalon attaché aux chevilles et de souliers lâches ou bien guêtres de jambières. Les uns sont en gris, les autres en kaki. Tous ces hommes avancent en levant la jambe et en posant le pied à plat d'un coup sec quand ils marchent au pas de parade, stimulés par la voix aiguë d'officiers à casquette plate !

Des bataillons passent en chantant, sous la direction de leurs chefs qui courent le long des files. D'où viennent tous ces soldats? Ils ne valent évidemment point ceux de nos armées, formés par une rude discipline, mais ils s'efforcent de ne pas défiler trop mal, et ils chantent la nouvelle Marseillaise chinoise, composée à Canton

0 Liberté, l'un des plus grands biens du ciel,

Unie à la paix, tu feras sur cette terre

Dix mille merveilles nouvelles.

Grave comme un esprit, grande comme un géant

Qui arrive jusqu'aux nues ;

Les nuages pour cbar, le vent pour coursier,

Viens gouverner la terre.

Par pitié pour le noir enfer de notre esclavage,

Viens nous éclairer d'un rayon de soleil.

Et ces rangées de faces plates et jaunes, aux petits yeux noirs bridés, dont les ancêtres chevauchèrent peut-être à la suite d'Attila les campagnes de l'Europe, continuent de se succéder devant nous, qui sommes arrêtés et descendus de notre voiture pour mieux voir ce curieux spectacle. Leur fusil sur l'épaule, ils vont chantant avec l'ensemble et la justesse que donne l'usage d'une langue où les mots changent de sens suivant le ton sur lequel on les prononce.

Quel tableau suggestif! Tout un monde de pensées se lève en notre esprit, en entendant ces paysans, ces portefaix chinois en uniforme, ces volontaires de la révolution, acclamer le mot magique de « Liberté^ »

118 CHAPITRE Vil

Les hommes qui, pendant ces vingt dernières années, ont lancé d'abord les forces intellectuelles et morales à l'assaut de la vieille société, savent bien ce qu'ils font en obligeant ces illettrés, ces humbles, à chanter à pleine voix le mot, prestigieux dans son imprécision, qui a sapé et renversé les trônes en Europe.

Les hommes devieDnent tous des rois,

Et pourtant n'oublions pas ce que le peuple souffre.

A Pékin il faut courber la tête

Devant le loup notre Empereur!

Ces derniers vers ne sont déjà plus de saison, car la République vient d'être proclamée. Mais qu'importent les paroles des Marseillaises! C'est l'àme de ces chants qui compte.

Que d'une voix unanime, tous les hommes virils Appellent la réforme de l'univers.

Washington! Napoléon! Fils de la Liberté, Venez vous incarner en nous !

« Hoa cheng toun! Napoloun! » disent ces bouches chinoises réunissant ainsi dans une commune invocation ces deux fils de la civilisation occidentale.

Le républicain pur et désintéressé, le César guerrier et ambitieux sont confondus. Ils n'apparaissent plus à l'imagination des multitudes jaunes que comme les divinités lumineuses et propices de la Liberté, qui appelle à elle les hommes de toute race et de toute nation.

Et voilà que le chant martelé par les soldats nous dit que la révolution à laquelle nous assistons n'est pas un phénomène local et passager, mais une vague du flot démocratique qui monte, brisant tous les obstacles, pour porter en avant un idéal nouveau.

Les voix s'éteignent dans le lointain et nous reprenons notre course à travers la cité dévastée. Nous voici arrivés

devant la porte de l'un de nos compatriotes, Tunique missionnaire français qui se trouve ici : le P. Gain.

La maison est ouverte et nous pénétrons dans un grand bâtiment. Nous sommes dans le lieu où les missionnaires de la province viennent se retremper dans le silence et dans la prière, lors du temps de retraite annuelle imposée à tous les prêtres catholiques.

Le P. Gain est un homme à barbe grise, qui n'a point quitté Nankin depuis le commencement de la révolution; du haut de sa maison, il a assisté aux deux sièges et au bombardement de la ville; il nous donne à ce sujet des explications détaillées sur le plan appendu à la muraille.

« On a tué, nous dit-il, peu de Mandchoux, mais les malheureux sans abri, après l'incendie de leurs demeures, ne savaient où se réfugier ; beaucoup de paysans chinois en ont accueilli et abrité; trois cents femmes et enfants ont été logés dans le local vide de la mission et la nouvelle administration révolutionnaire m'a donné trois cents piculs de riz et mille piastres pour nourrir ces malheureux. » D'autres Tartares, les hommes, sont entrés dans l'armée révolutionnaire pour en toucher la solde.

C'est à la fin d'octobre que l'agitation a commencé à Nankin, parmi les troupes. Celles-ci, en grande partie gagnées à la révolution, étaient si peu sûres que le vice-roi siégeant en cette ville refusa de mettre dans leurs mains les munitions qu'elles demandaient pour repousser une attaque éventuelle.

L'effervescence grandit dans la population étudiante; aussi un homme d'urie grande énergie, type accompli du vieux soldat asiatique, ignorant et cruel, le général Tchanghiun ordonne de détruire les écoles et fait régner la terreur. Quiconque a coupé sa natte est massacré. Cadavres

d'hommes, de femmes et d'enfants jonchent les rues.

C'est la guerre civile. Pour répondre à ces massacres, la société terroriste des « Kanseu » , ceux qui osent mourir, décide d'envoyer des émissaires pour tuer, s'ils le peuvent, le général, devenu pratiquement le chef de la place.

Le 1er novembre, cinq mille hommes de troupes sur lesquelles les Mandchoux ne peuvent compter, celles qui demandaient des munitions, sont envoyées dans la campagne sous prétexte de manœuvres; elles ont leurs armes, mais point de balles.

Le 8, elles font leur apparition sous les murs de la ville et elles attaquent avec ardeur les troupes impérialistes; mais, sans munitions suffisantes, elles sont défaites et obligées de se retirer. Le général Tchanghiun reste maître de la place avec dix mille hommes.

Malgré ce succès, le vice-roi et le maréchal tartare n'ont point confiance, ils sentent la partie perdue pour la dynastie. La région où ils se trouvent, en effet, a été de tous temps celle où les ennemis des Mandchoux ont été le plus déterminés et tout le peuple déteste leur domination. Ils parlent de faire adhésion au parti révolulionnaire, d'accepter le nouveau régime qu'il veut imposer. Mais le vieux soldat tartare qu'est le général Tchang ne veut rien entendre, et il menace de mort quiconque manifestera le désir de céder.

Le 8, au matin, les républicains de la ville arborent l'étendard blanc, symbole de la révolte; ils courent à la prison militaire, délivrent deux mille officiers et soldats que leur attitude suspecte avait fait enfermer. Ils vont aux autres prisons et ouvrent les portes.

Tchang accourt avec ses régiments, disperse et massacre les rebelles.

Mais les troupes passées à la révolution, qui s'étaient retirées hors de la ville et avaient été battues une première fois, ont reçu des munitions que leur ont envoyées des révo-

Page 121.

Page 1