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le demi-confortable de l'hôtel qui en forme la base. Cet hôtel, de même que les bois environnants, appartient à la couronne, et c'est une hospitalité royale, mais non gratuite, que vous offre l'aubergiste, fermier de la liste civile.
Quelque plaisir pourtant que je prenne à me rappeler tout ce qui de ce point élevé, et de plusieurs autres encore, se déroulait devant moi, je crois bien en somme que les meilleurs de mes souvenirs sont restés attachés aux modestes et ravissantes vallées par ob je devais passer pour atteindre telle ou telle hauteur indiquée. J'ai le regret de ne pas savoir lire dans le grand livre de la nature, et les mystères du monde physique ont pour moi, plus que pour personne, toute la saveur, tout le prestige de l'inconnu. Je comprenais bien néanmoins quelles délicates révélations la dore et la faune entomologique de ces aimables lieux eussent eu à me faire, si j'en avais été digne. Je voyais voltiger autour de moi des essaims d'insectes ailés, de libellules, les plus frêles que j'eusse jamais vues : des épingles vivantes avec deux folioles en guise d'ailes. J'apercevais aussi quantité de fleurettes nouvelles, d'une sauvagerie pleine de grâce. Mais l'odeur du foin fraîchement coupé dans les prairies était la seule jouissance physiologique dont il me fût permis de me rendre exactement compte. Cependant le murmure du ruisseau sautillant, dont je longeais la rive, n'échappait pas à mes oreilles, et les mélodies de la seconde partie de la symphonie pastorale me trottaient par la tête, tandis que mon regard «e
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promenait soit sur les cascatelles qui dégringolaient en franges argentées du haut de chaque pierre saillante, soit sur les fûts écorcés d'arbres résineux qui, pour gagner la scierie voisine, flottaient à la dérive sur la rivière élargie.
Tout le reste des beautés contrôlées et des sites patentés de cette petite sœur de la Suisse, à l'exception toutefois du Kuhstall et du Prebischthor, me parut presque manquer de charme, comparé à cette sensation de paix intime et de fraîcheur vivante. Ce n'est pas pourtant que ces curiosités diverses ne puissent trouver qui les apprécie. 11 existe notamment, çà et là, des rochers qui semblent imiter quelque chose, et qu'on a baptisés conformément à cette ressemblance plus ou moins précise. Tels sont, entre autres, le Mouton, la Tortue, la Locomotive, la Cuisine du diable, la Tête de singe, etc.... Vous êtes assurément le maître de les visiter tous, si c'est votre bon plaisir, mais je vous préviens, charitablement, que derrière chacun de ces traîtres rochers se tient en embuscade une bande de bohémiennes qui ne sont pas belles d'ordinaire, armées de harpes qui ne sont jamais Ijonnes. Un aubergiste sans auberge, mais à la tête d'un tonneau de bière, qu'il intitule fièrement lagerbier, et d'une demi-douzaine de petits pains garnis d'une tranche de jambon qui se rattachent à la variété gastronomique des butterbrôdchen, leur prête en général main forte pour alléger le passant de sa menue monnaie. Quant aux chutes d'eau naturelles, ell9S-£ont également exploitées d'après toutes les rè-
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gles de l'art. On en a même organisé d'artificielles. Le matin on monte de l'eau dans un réservoir construit au-dessus de quelques rochers, en ayant soin de laisser couler toute la journée quelques gouttelettes. A la vérité, ce sont lu de faux frais, mais, sans ces larmes plaintives versées par l'invisible fontaine, vous passeriez tout droit votre chemin. Au contraire, cette lente et prévoyante effusion de perles liquides pique votre curiosité et éveille votre intérêt. 11 vous devientimpossible de ne pas demander qu'on délivre un instant sous vos yeui la naïade en pleurs. Vous glissez donc une piécette dans la main du garde vigilant qui vous attend au passage et qui, sur votre prière-, s'empresse d'accorder une demi-minute de liberté à la nymphe éplorée et captive. Le temps seulement d'ouvrir un robinet , et ladite nymphe s'élance, tout écumante d'une fureur bien jouée, hors de la prison où la tient enfermée son compère. Avec une bonne cascade, un bûcheron du pays peut facilement élever sa douzaine d'enfants.
Je ne veux point dire qu'il suffît de passer sur la rive gauche de l'Elbe pour tomber sur un contraste : en un sens cependant la diiférence des deux régions est sensible. Si le caractère général de la contrée reste en eifet à peu près le même, en revanche la foule des visiteurs a beaucoup diminué. On y trouve des sites analogues, maïs sans s'y trouver en aussi nombreuse compagnie. Aussi plus de bétes de somme, plus de litières aux haltes principales. C'est â pied qu'il faut conquérir ici la joie de ses yeux.
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Le gouverneur de la citadelle de Kônlgstein, au pied de laquelle vous débarquera le bac du passeur, ou, si vous arrivez directement de Dresde, le chemin de fer, ne vous refusera pas l'autorisation nécessaire pour la visiter. On dit cette forteresse imprenable : il est de fait qu'elle n'a jamais été prise. C'est pourquoi les rois de Saxe en ont fait à la fois leur prison d'Etat et leur coffre de sûreté. Quand les temp? sont mauvais, ils y envoient leur argenterie et leurs ennemis, ce qu'ils ont en un mot de plus préiieux et de plus irréconciliable. La garnison de ce village à demi céleste possède tout ce qu'il faut pour soutenir un long blocus : un puits profond, des champs cultivés, le plus gigantesque tonneau que l'on connaisse, une vue admirable pour les jours de soleii, un beau tableau de Lucas Kranach pour les jours de pluie, et pas mal de canons convenablement rayés, he Papststein, qui se trouve à peu de distance, est préféré par les touristes d'une certaine école même .1 la Bastei, comnae centre de panorama. L'isolement absolu de ce plateau de grès lui donne en effet de grands avantages, et vous pourrez, en faisant un simple demi-tour stfr vous-même, y faire tenir^ans un regard la Suisse saxonne tout entière. La vallée de la Biela, qui vous recueillera à la descente de ces deux hauteurs, conduit, quand on la remonte, à un établissement hydrathéragique nommé le Moulin suisse, et dont il me semffle bien difficile de ne pas revenir définitivement guéri, pour peu que le contentement d'une âme diktée par le soleil et vivifiée par les beautés de la
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nature réagisse sur la santé du corps. Tous les malades que, dans ce vallon enchanteur, je rencontrai se rendant à la pharmacie, c'est-à-dire à la source, avaient te teint aussi clair que l'eau qu'ils allaient boire.
C'est à travers des défilés pratiqués entre les parois rocheuses de la vallée et sousde verdoyantes forêts de sapins qu'on va de là jusqu'au Sckneeberg, le dernier échelon de la Suisse saxonne, la hauteur suprême et définitive qui-domine toutes les autres. Le ScAneeter^ est déjà en Bohême, et il faut un passe-port pour y pénétrer, car, les agents de la douane impériale et royalese tiennent, comme des dragons mythologiques, au pied de cette première montagne autrichienne. Déjà se montrent partout des affiches bilingues datées de Prague ou de Vienne, tandis que des crucifix dressés aux carrefours de la forêt ou des images de dévotion appendues à une multitude d'arbres vous avertissent que vous êtes ici sur un sol catholique. Il suffirait d'ailleurs de la substitution constante des poteaux alternativement jaunes et noirs aux poteaux zébrés de blanc et de vert pour ne pas vous permettre un instant d'ignorer que vpus êtes sorti du territoire saxon. Quoi qu'en dise son nom, il n'y a pas plus de neige en été sur le Sckneeberg que de civilité puérile' et honnête dans toute la collection de la Galette de la Croix. Les géomètres prétendent que son plateau est à deux mille deux cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Dans ce cas, je leur suis garant que deux mille deux cents pieds au-dessus du nitwau
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de la mer font une fort belle hauteur. A la place de la neige annoncée à tort par la géographie, je trouvai là des plaques de grès brûlantes et une grande difficulté à apercevoir un coin de l'horizon. Les âancs de la montagne sont encore en effet couverts de bots qui masquent la perspective, et il faut se contenter de trois trouées qu'on ya pratiquées pour se donner tour à tour le spectacle d'un tiers de panorama. Je dois dire cependant que celle de ces ouvertures qui est tournée du côté de la Suisse saxonne m'a consolé amplement des fatigues de 1^ journée. Le soir, j'étais en pleine Bohême, à Tetschen, et je pouvais déjà voir le vin de Hongrie, rouge comme le rubis, et le café au lait viennois, dont la nuance comme le nom rappelle le froc des capucins, se boire l'un à côté de l'autre dans des verres de cristal indigène.
Une manière à la fols fort commode et fort intéressante pour le touriste de revenir à son point de départ, c'est-à-dire à Dresde, consiste à redescendre l'Ellje en bateau à vapeur de Tetschen jusqu'à Pirna. L'on peut ainsi, sans la moindre fatigue, prendre en quelques heures une dernière idée de la Suisse saxonne dans son ensemble. On repasse d'un coup d'œit tout son voyage, et l'on peut jeter un regard d'adieu à la plupart des hauts sommets qu'on a lentement gravis à la sueur de son front.
Ce fut par une belle soirée de juillet que je pria ainsi congé de la Suisse, saxonne. Du bateau à vapeur qui stationnait encore dans le port de Tetschen, je ne pouvais me lasser d'admirer la majesté
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des montagdeE vigoureusement boisées qui se dreesaieat haut devant moi dans le calme azur du ciel. Entre ces montagnes le fleuve s'engouffrait^ et, par un brusque écart, dispaïaîssait immédiatement; on eût dit un immeose serpent gisant à terre, la tête écrasée entre deux masses de rochers. L'incomparable taUeau du Rhin à, Bingen me i%vint A l'esprit, et je ne sais vraiment pas trop ce qui, du souv^iir réveillé ou de l'impression présente, eût mérité la préférence. Bientôt nous entrions à notre tour dans ce déâlé silencieux, aux continuels replis. Nous décrivions sans cesse un nouveau demi-cercle autour d'une nouvelle ccdltne dbargée de bois dont un soleil ardent embrasait encore la cime. Chacune de ces collines avait l'air de s'avancer sur le fleuve avec le dessein de nous barrer le passage, mais chaque fois aussi le barrage apparent se trouvait n'être qu'un promontoire, à la peinte duquel il nous suffisait de faire un demi-tour sur nous-mêmes pour apercevoir un autre cap à l'extrémité d'un autre coude du fleuve. De cène façon, nous passions tour à tour d'ua tron^n de la vallée déjà noyé dans l'ombre du soir en un tronçon formant équerre et tout saupoudré de poussière de soleil. Des bandes d'enfants, en train de se baigner avec l'innocence et le simple costume des grenouilles, troublaient seules les bords de l'onde à peine égratignée par un imperceptible zéphyr. Qu^ques maisonnettes à poutrelles brunes ou noirec annonçaient les derniers villages appartenant à la population bohémienne. Tout à coup quatre poteaux
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chargés d'annoiri«s se firent voir sur la voie ferrée qui côtoie le ileuve : nous étions déjà de retour dans ie royaume de Sase.
Alors, comme s'il eût éprouvé la fantaisie de fêter ce retour, le soleil apparut tout en avant, au bout de la vallée, étalant au loin derrière lui, comme un manteau impérial, une nappe d'éblouissante clarté; et le bateau à vapeur, à grands xouts de roues, marchait droit vers l'astre, avec la fierté de l'aigle volant à tire d'aile vers le foyer infini de toute lumière. A droite et à gauche, des myriades de vieux pins impassibles continuaient à baigner leurs fièches aiguës dans l'or pur de l'atmosphère, et l'image indécise des deux rives boisées voltigeait sur les deux bords du miroir incandescent au milieu duquel semblait glisser notre bateau. A Schandau, la capitale de la Suisse saxonne, des familles entières de touristes haletants montèrent à bord, la mémoire toute pleine des ravissements de la journée, et, sous la dictée du bon guide, les bambins, en état de tenir papier et crayon, se faisaient les historiographes de la caravane. A ce moment, une sorte de cauchemar assez étrange vint suspendre chez moi, pendant un certain temps, la ^ulté d'observer. Ce n'est jamais sans danger qu'on fixe trop longtemps les toits d'une petite ville ou d'un village en Saxe. Ces toits de tuiles sont percés de lucarnes dont la forme ovale rappelle, à s'y méprendre, la conformation de l'œil humain. Tout s'y trouve réuni, depuis le sourcil jusqu'à la prunelle. Pour peu, par conséquent, que vous ayez le malheur d'en con-
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templer une rangée, une illusion fatale et èizarre s'impose à vous. Vainement vous secouez la tête pour en secouer le joug. Un Argus fort bien éveillé vous contemple inexorablement du haut de chaque maison et vous poursuit de sa redoutable curiosité.
Ce tut l'humidité de plus en plus sensible de la soirée qui m'arracha à cette hallucination fantasque. Déjà le soleil a'éclairait plus que la portion supérieure des bois de droite. L'ombre en avait envahi le bas, si bien que la déclivité tout entière, obscure jusqu'à mi-côte et dorée encore au delà, ressemblait un peu à une vieille gravure à demi- nettoyée. Il devenait de plus en plus évident que le bateau à vapeur s'amusait, dans ce profond labyrinthe, à jouer à cachecache avec le soleil. Déjà nous étions restés plongés tout un grand quart-d'heure en plein crépuscule au fond de la valléi. encaissée; déjà l'eau avait échangé ses teintes d'or contre de simples tons d'argent , quand tout d'un coup le soleil reparut victorieux, nous lançant en plein visage la mitraille de ses derniers rayons. Maïs c'était le suprême effort du gladiateur mourant. La nuit s'avançait à pas lents, mais sûrs, et son silence peu à peu s'étendait sur la nature entière. Seule, dans le calme de l'air, une fumée bleuâtre s'élevait çà et là en tire-bouchon audessus d'une cheminée, annonçant le repas du soir de quelque famille laborieuse.
J'eus, pour finir ma promenade, la bonne fortune d'un coup de vent inoffensit. Le fleuve déjà sombre
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se hérissa subitement de petites crêtes qui clapotaient de iâç<»i à vouloir paraître menaçantes. Un chapeau s'envola, de grosses gounes tombèrent. Mais A ce moment m'éme les collines commencèrent â s'abaisser d'un côté et de l'autre. Au lieu des crêtes tranchantes des bois d'épicéas et des entailles rosées des carrières de grès, on ne voyait plus, dans la pé< nombre grise du crépuscule, que des lianes de houblon frisant autour de hautes perches et des ceps de vignes qui se tordaient sur des terrasses consolidées par des épaulements de pierres sèches. Nous étions au bout de cette jolie vallée façonnée en dédale, dont le château de Pima semble garder l'entrée.
DE DRESDE A MAGDEBURG
I^rendre le chemin de Dresde à Magdeburg ponr revenir de Saxe en France, c'est sans doute un peu prendre le chtmin des écoliers. Mais c'est aussi le moyen le plus simple, tout en descendant une notable partie de la vallée de l'Elbe, de parcourirdans sa plus grande largeur, du sud au nord, la vaste contrée qui fut jadis la Saxe, au temps de ses électeurs, avant la conquête prussienne. On n'a pas oublié, en effet, que la Prusse,apVèsWaterloo, a,deson épée victorieuse, détaché des États héréditaires de la maison électorale de Saxe un vaste territoire, qui forme aujourdliui l'une de ses huit provinces. Aller de Dresde à Magdebui^, c'est donc, en somme, se donner le plaisir de faire une petite excursion en Prusse, sans sortir pour cela de la Saxe.
Je ne sais ce que sera la navigation aérienne, cettfc piquante énigme que la science dévoilera^ je l'espère.
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SQX touristes de l'avenir. Je doute toutefois qu'une ascension en ballon vaille jamais, pour le plaisir des yeux et la commodité de l'observateur, une promenade en bateau à vapeur sur un fleuve. Où trouver plus d'espace, plus de lumière, un panorama plus varié se déroulant d'un mouvement plus doux? La terre et le ciel, l'eau et l'air se mêlent sans cesse l'un à l'autre ep mille combinaisons toujours in^révues, en une succession de paysages toujours les mêmes et pourtant toujours nouveaux. Assis sur un pliant à l'extrémité du léger pyroscaphe qui m'emportait de Dresde vers la Saxe prussienne, je m'amusai d'abord à suivre machinalement en ses mille caprices le remous artificiel produit dans l'eau bouillonnante par la rotation accélérée des roues, puis mon regard s'élança au loin sur la belle nappe unie et miroitante de l'onde tranquille, au-dessus de laquelle le scintil> letnent de quelques paillettes d'or trahissait à peine, çà et là, uHe palpitation involontaire. Dans l'air, nul souffle. Les bateaux que nous rencontrions, la plupart chài^s de grés déjà taillés, avaient laissé tomber la voile oblongue qui leur sert d'aile unique, et la courte flamme placée à la pointe supérieure de leur mât avait à peine la force de'se soulever. Ceux qui remontaient le fleuve avaient été obligés de se mettre àla remorque. Malheureusement, en Saxe, les remorqueurs ne sont pas toujours des steamers ou des chevaux ; le plus souvent, ce sont des hommes. Le long du chemin de hallage cheminaient, en e&ét, la tête courbée, des attelages de huit ou dix pauvres diables
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eobaroachés à l*aidË d'un . système de doubles bretelles et tirant, en guise de tJmon, un long câble au bout duquel s'avançait le bateau, magnifique d'îndolence. Les chalands en route vers le nord se laissaient aller tout simplement au fil de l'eau. Le courant de l'Elbe n'est pas, à la vérité, très rapide, bien que des endiguements de pierres sèches en aient resserré fort à propos le lit dans certains endroits. Mais les mariniers se servent avec succès, pour accroître la force naturelle d'impulsion , d'une longue et forte penche (c'est en' général un arbre tout entier), munie, en bas, d'un bec de fer, et terminée, en haut, par un manche de béquille. Cette sorte de gaffe se Jette dans l'eau, contre le flanc du bateau, auprès de la -proue. Le point d'appui une fois trouvé sur le sable, l'homme pousse de toute sa force, la poitrine tendue contre la traverse supérieure de son trident à une pointe, jusqu'à ce que celui-ci, incliné de plus en plus obliquement, menace d'échapper tout à fait de ses mains, ce qui l'oblige à recommencer en entier l'opération. Cette arme favorite des bateliers de l'Elbe, cet instrument de sondage et de propulsion tout à la fois, qui paraît avoir définitivement remplacé pour eux la rame, sert également à régler et à précipiter la marche de ces grands trains de bois, de ces longs radeaux de pins dépouillés de leur écorce et fortement attachés les uns aux autres, au milieu desquels s'élève une hutte basse en planches à usage de cantine et de dorOair, et qui se brisent en cinq ou six articulations, de manière à pouvoir toujours suivre le chenal étroit
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du fieuve sans venir s'esgraver sur quelque banc de sable.
Les bords de l'Elbe, au-dessous de Dresde, ne se peuvent plus comparer à ce qu'ils sont entre Tetschen et Pirna. La plupart du temps, on navigue entre deux rives basses ourlées de saules au feuillage ondoyant et au duvet argenté. De belles prairies s'étendent au delà, alternant avec des champs de céréales et des quadrilatères allongés de plantatïoitf résineuses. Toutefois, un dernier massif de soulÈvementË géologiques, un dernier troupeau de collines, quisembles'étreégarédepuis les sommets de l'Erzgebit^e ou du Riesengebirge jusque dans cette vaste plaine, reste encore à traverser avant que l'Elbe entre définitivement dans le désert de sable, dans la plate immensité qui ne Bnira qu'à Hambourg. Aux environs de Meissen, U oH les ancêtres des rois et des ducs de toutes les* Saxes possibles avaient établi leur donjon, et ob, aujourd'hui, se fabriquent tout sim[denient des assiettes de porcelaine et des figurines de biscuit, ces collines rocheuses, qui s'étaient retirées jusque-là à une distance respectueuse du fleuve, accourent tour à tour par files du bout de l'horizon, pour se poster untôt sur une rive et tantôt sur l'autre. De nouveau l'on rase donc, soit à droite soit à gauche, le pied d'une muraille de grès dont les blocs se superposent en couches obliques, et de rechef aussi l'on côtoie des villages aux toits de tuiles rouges, étalés, comme une poignée de dominos, au bas de cette fakise qui leur sert de paravent.
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Si VOUS aimez les ruines, ce n'est point ici qu'il feut venir en chercher : sur presque tout -le parcours de l'Elbe, elles sont fort rares. Tout au plus si deux ou trois fois nous verrwis apparaître quelques restes de constructions couleur d'amadou marquant l'endroit où fut jadis le castel d'un baron du douzième ou du treizième siècle. Le château et la cathédrale de Meissen, produits très distingués de l'art gothique, font seuls exception à la pauvreté architecturale de ces hauteurs. A défaut de décombres, des vignes les couronnent. Dès que la pente devient un peu moins abrupte ef que le rocher consent à se laisser foire coteau, un fourmillement d'échalas émerge parmi la verdure et vient réjouir le regard. Pas un pouce de ce sol pierreux n'a été perdu. Le paysan saxon a retenu, h l'aide d'un petit mur de soutènement, la terre végétale apportée dans ses mains, et Bacchus, ému de ce culte sincère, a daigné sourire à ces collines catllonteuses. A l'heure qu'il est, à Lôssnitz ou à Kôtzschenbroda, tm fabrique autant de vin de Champagne qu'à Epernay, et la région vinîcoie de la vallée de l'Elbe que nous traversons en ce moment aurait autant de droitsà s'intituler la Champagne saxonne ou la Saxe champenoise que lapartie supérieure en peutalléguOT pour se comparer à la Suisse. Je n'ai pas besoin de dire ce qu'une industrie aussi lucrative a fait pour l'enrichissement du pays. Les Allemands boivent du vin de Champagne comme nous prenons de l'eau de Seltz en été, et les méchantes langues prétendent que le parti qui a inscrrt sur sa bannière « Ftir Kônig
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uttd Vaterland v substituerait vtJontiers à cette devise trop démocratique celle de œ FUr Ckampagner und Kônig. ■»
Le ciel s'obscurcissait déjà lorsque nous passâmes à Riesa sous le pont du cheojin de fer de Leipzig à Dresde. Riesa, petite ville d'ailleurs sans importance, est le point de jonction de plusieurs routes ferrées, dont l'une conduit à Chemnitz et l'autre à Berlin. Aussi, le pont du bateau à vapeur, qui pourtant ne fait que deux fois par semaine le trajet complérAentaire de Riesa à Torgau, se vida-t-il comme par enchantement. 11 faut dire que nous étions sur le point de passer du royaume de Saxe dans le royaume de Prusse, et qu'en dépit de tout ce qu'on a fait praur les rendre invisibles, les frontières intérieures de la Confératîon n'en existent pas moins. On a bien escamoté les douaniers et les factionnaires qui criaient haro sur les marchandises et qui vive aux voyageurs. L'Allemand peut aujourd'hui circuler librement sur tous les territoires coniédérés, celui de l'Autriche excepté. Mais en chemin de fer, par exemple, quand on change d'Etat, il faut le plus souvent changer aussi de voimre. Le système monétaire n'est jamais non plus absolument le même dans deux pays limitrophes, et la loi ordonne au marchand de refuser impitoyablement un billet de banque, fût-il d'un seul tbaler, s'il n'émane pas de la banque nationale. Le moindre uniforme enfin, civil ou militaire, sert au moindre potentat à attester à la face du ciel l'intégrité de son autonomie, et un principicule, quel qu'il soit,
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ne manque guère l'occasion de placer dix boutons là ob le voisin en aura mis huit. L'officier prussien, qui seul venait de remplacer la foule débarquée à Riesa, eût suffi pour m'avertir que nous allions entrer en Prusse. Non-seulement sa redingote militaire en drap bleu foncé à collet rouge et sa casquette garnie également d'une bande rouge sur un fond bleu, annonçaient déjà fort clairement, pour tout autre qu'un aveugle, un changement récent d'atmosphère politique : dans sa tenue correcte et sévère, dans son attitude froidement élégante, dans sa démarche simple et hère à la fois , il y avait encore quelque chose qu'on eût cherché en vain dans l'état-major de l'armée saxonne. Sa silhouette elle-même avait je ne sais quelle raideur tout particulièrement noble qui la rendait vraiment caractéristique, si crépusculaire, si vague qu'elle fût déjà. L'obscurité devenait en effet à chaque instant plus intense, et c'était à peine si je pouvais distinguer la masse toujours plus sombre des oseraies se profilant sur la teinte plombée de l'horizon. De larges moulins, établis sur des pontons, semblaient vouloir nous barrer le passage, comme s'ils eussent été des montagnes flottantes. De plus en plus, nous nous enfonçâmes dans la nuit, et il fallut que la cloche du bateau m'annonçât que nous arrivions à Torgau pour que je réussisse à apercevoir sur la rive gauche du fleuve quelques feux rougeâtres qui piquetaient l'espace silenciepx et noir.
Un honnête guide, à qui je confiai, en même temps que mon léger bagage le soin de me conduire au plus
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prochain hôtel, me fit franchir une longue suite de bastions, de demi- lunes, de courtines, de pont-^vîs, de chemins couverts, de voûtes tournantes, de îossés marécageux, de portes et de poternes qui me donnèrent du premier coup la plus haute idée du génie militaire de la Prusse et de sa confiance dans l'art coûteux de Vauban. Un quart-d'beure après, j'étais installé en plein air sous un bosquet de lauriers-roses, sur cette inévitable place du marché qu'on est sûr à l'avance de retrouver dans chaque ville allemande et qui correspond assez exactement à ce que nous appelons en France la place Impériale ou à ce que les Espagnols nomment la Pla^a de la Constitucion. L'heure était trop avancée pour que le marché ne fût pas désert, mais, à côté de moi, dans l'enceinte du ménie bois hospitalier et sous la même pluie de fleurs légères, un groupe cordial de causeurs venus de la ville ou des environs était attablé autour de quelques bouteilles d'un petit vin jaunet et transparent comme la topaze. H y avait là un Medi^inalrath, un Stadtrathy un Contmeri^ienrathy un Justi^rath, un Gymnasialratk, un Oberbauratk et un Finam^ratk , en tout sept conseillers prussiens, juste autant qu'il y avait de rois détrônés au souper Fameux oU se trouva Candide. Ces honorables fonctionnaires, la plupart sans fonctions, étaient en train de se raconter les aventures les plus mémorables de leur voyage à Paris. L'architecte éiiumérait les diverses brasseries parisiennes où il avait trouvé le plus de compatriotes et la meilleure bière, le professeur essayait d'évaluer ap-
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41<0 &B SKBSDG A MAODKBUKG.
proxinativement le nombre des becs de gaz de la Madeleine à la. Bastille, le médecin soutenait la supériorité de l'établissement de KroU sur ie Pré Catelan, lé" négociant s'étonnait d'avoir dû payer six francs au mois d'août pour une pèche imprudemment désirée par sa femme, ie }uge ne pouvait comprendre que les sergents de ville permissent à une figurante de petit théâtre de suivre en Victoria au bois de BouI<^e le coupé d'une ambassadrice et comtesse allemande, tous entin avaient admiré les grandes eaux de Versailles et jeté un coup d'ceil sur les cascades de Saint- Cloud. Je me donna! le plaisir innocent, quoiqu'un peu perfide, de n'intervenir dans la conversation qu'au moment même oti le percepteur venait d'émettre cette opinifMi légèrement ironique, que la dame inconnue, qui sur tous les murs de Paris tend les bras à l'arrivée du charbonnier en retard, n'estautre que la France exprimant symboliquement sa joie naïve et sa surprise à la vue de l'empereur Maximilicn de retour sur le sol européen, après une heureuse traversée. Ma déclaration de nationalité produisit un vrai coup de théâtre. Je crois que si un prédicateur voyait descendre de sa niche et s'avancer vers lui le saint de son sermon, cette démarche spontanée du pieux personnage de pierre ne produirait pas sur lui un plusgrand effet que n'en produisit, au milieu des sept notables 'de Torgau, l'apparition subite d'un Français. Aucun d'eux ne se rappelait avoir vu un Français à Torgau, et peu s'en fallut tout d'abord que je ne fusse pris pour un mystificateur arrivant de Posen
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eu de Moscou. Heureuseinent j'avais aflaire à des contradicteurs fort courtois, et J'on voulut bien tout au moins faire semblant de me croire.
Une pancarte afBchée sur le mur de ma chambre m'apprit que le commandant de la place s'était donné la peine de régler lui-même à l'avance ma note, ainsi que celie de chaque voyageur, et je me mis au lit sur cette pensée consolante que si mon hôte réclamait plus de dix silbergroschen pour pris de mon loyer, il ne tiendrait qu'à moi de le faire passer en conseil de guerre. Par malheur, on ne songe jamais à tout, et, si le gouverneur militaire de Toi^au a pris ses mesures pour rendre le séjour de sa ville' aussi peu dispendieux que possible aux étrangers, en revanche il ne lui est jamais sans doute venu à la pensée d'y faire faire un lit où un Français puisse dormir. La question du lit est peut-être, en effet, de toutes les questions qui nuisent à l'entente cordiale de l'Allemagne et de la France, celle qui parait le moins susceptible de se terminer par un arrangement amiable, et je n'en connais point où se révèle davantage la différence d'humeur des deux peuples. Pour tout dire en un mot, il n'y a pas de lit outre-Rhin, il n'y a que des baignoires en bois blanc, confectionnées d'après les modèles de la maison Procruste et C'*, si célèbre i^ns l'antiquité. Ces baignoires n'ont même pas toujours une longueur égale à la longueur du corps humain, et l'on ne parvient souvent à s'y blottir qu'en donnant au buste, par rapport aux jambes, une assez forte inclinaison. Quant à la largeur, c'est bien
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pis encore. Un lit de deux pieds de large est une rareté «1 Allemagne. De là, dans la plupart des chambres conjugales, dans celle même de l'empereur d'Autriche, à SchOnbrtinn, la néressitë et l'habitude des lits géminés. L'intérieur de chacune de ces couchettes orthopédiques, qui, du reste, ne nuisent en rien à la multiplication de la race germanique, est comblé, soit avec un lit de plumes, soit au moyen lie petits coussins qui, mis bout à bout, finissent par former tant bien que mal un matelas. On en réserve on ou deux pour remplacer le traversin et l'oreiller, et donner à la tête, ainsi qu'à la poitrine, toute la pente désirable. Une serviette en toile d'une éblouissante blancheur est posée sur ces tronçons de matelas ou sur cet océan de duvet. C'est ce qu'on appelle, du Rhin à la Vistule, le drap. Celui de dessus, en revanche, n'existe pas du tout. Un édredon en tient lieu, de telle sorte que la tête repose appuyée sur un pupitre de crin, Undis que le corps reste étendu sous un four de campagne. Il s'agit, pour dormir dans cette fosse en bois, de se placer délicatement sur la serviene de dessous et de s'envelopper dans la colline de plumes. Or, notez que tout ce IJnge est glacé et calandre, ce qui le rend plus brillant, mais plus glissant en même temps. Aussi, les premières nuits, l'apprentissage est rude pour l'étranger. L'édredon s'en va, le drap s'enroule, et vous vous réveillez les jambes dans l'espace et ie dos sur une espèce de cordage en toile. Il est vrai qu'après l'insomnie inséparable des premiers débuts et une étude approfondie
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des lois de l'équilibre horizontal, pour peu que vous ayez le sommeil impassible et profond de la vertu allemande, vous parviendrez à vous maintenir quelquefois sur la surface trop lisse du prétendu drap et sous le mausolée sudoriâque fourni par la dépouille d'un troupeau d'oies. Mais ayez soin de ne pas. vous permettre le moindre cauchemar. Vous prendriez dans l'air ambiant un bain glacé dont une bonne Ausîon de poitrine serait la conséquence assurée.
Ailleurs qu'à Torgau, la prévoyance hospitalière de l'Allemagne sait adoucir à l'intention des étrangers la rigueur de son système cubiculaire : il est, grâce au ciel, des accommodements avec la literie germanique. Mais, cette fois, j'étais tombé sur une couchette d'un patriotisme impitoyable et qui n'avait même pas voulu feire au mois d'août la concession d'une modeste couverture destinée à remplacer l'étouffoir traditionnel en plumes. J'en fus quitte pour voir de mes propres yeux l'aurore se lever. Aussi bien, c'était jour de marché, et le bruit de voix humaines, qui se produisit de grand matin sous mes fenêtres, m'eût vraisemblablement réveillé de très bonne heure. La place était encombrée de gens de la campagne en vêtements d'indienne fanée ou de gros drap usé, De leurs champs dans leurs mains portant les n
et suivis de leup bétail, derrière la charrette. Selon l'antique et solennel usage, un orchestre d'instruments de cuivre payé par la ville ne 'arda pas à venir s'installer sur le balcon du rathhaus pour abreuver
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de tniuique, pendaDt une demi-heure, les oreilles de la multitude rurale. Au-dessous du rathkaus, se trouvait, toujours en fkce de moi, le rathskeller, la cave du ccxiseil, annexe Indispensable de tout hôtel de ville au moyen âge. La chaleur de la discussion ayant la propriété d'échauffer les gosiers, de la salle des délibérations, on passait à la buvette, et un tonneau d« bière joyeuseincnt défoncé et plus joyeusement encore vidé éteignait, en même temps que la soif générale, l'animosité des préopinants. A droite et à gauche de ces deux lieux de réunion des édiles du pays, ce n'étaient que façades découpées en échelles doubles. De chaque côté de chaque maison, deux rangées de degrés s'élevaient à ia rencontre l'une de l'autre, se réduisant à mesure qu'elles se superposaient, et sur le Ëiïte de l'édifice, au point d'intersection des deux escaliers, un hallebardier gothique montait la garde, la main appuyée sur son arme. Je me dirigeai vers le château, assis oUiquement sur le bord de l'Elbe. C'est un monument qui date de l'époque de la Renaissance, par conséquent une véritable curiosité en Saxe, Le ministère de la guerre en a fait par malheur une simple caserne, replâtrée et badigeonnée des pieds à la tête. De son ancienne beauté, il ne reste plus qu'une jolie tourelle et une porte extérieure. Aux approches de cette ruche d'infanterie allaient et venaient des essaims de'petits soldats portant des favoris avec un commencement d'accrodiecœurs, et tous indistinctement habillés de toile grise. La tunique courte en drap plus ou moins bleu, qui
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compose l'uniforme de la plupart des r^îments pnissiens , infiinterie ou cavalerie , ne sert que pour la grande tenue. A domicile, l'armée du roi Guillaume est vouée au gris.
Pour échapper à ce tourbillon de monades militaires, je me réfugiai sur le pont. Mainte bonne femme passait et repassait, trottinant nu-pieds dans la poussière, le dos courbé sous une hotte d'osier, et me saluait au passage d'un luten Morien (i). La prononciation du g est la pierre de touche de la nationalité prussienne, surtout dans la SaTce et le Brandenbui^, de même que celle du *( trahit involontairement le Hanovrien et le Hambourgeois. Quoique nous ne fussions qu'à la fin d'août, la matinée était légèrement voilée. Sous le ciel laiteux qui semblait flotter audessus des prairies, la vallée était en ce moment un véritable chef-d'œuvre de verdure et de fraîcheur, dont la Hollande eût été jalouse. Ce n'était dans tous les sens qu'une pelouse sans fin, au centre de laquelle Torgau avec sa ceinture de peupliers se détachait sur le fond blanchâtre de l'horizon. Le génie prussien, il est vrai, avait aussi tenu à mettre du sien dans le paysage. I>uc6téde la ville, tout le long du quai, s'étalait une longue muraille percée de meunrières. Vis-à-vis, de l'autre côté du fleuve, une forteresse mi-souterraine à peine achevée, une tête de pont, pour l'appeler par son nom, attirait le regard. Du fond de larges et verdoyants fossés s'élevaient des construc-
(i) Au lieu de Guttn Morgtn (Bonjour).
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