‹ A travers la vie (notes de littérature)Chapitre 11 sur 22 · HENRI DE LAPOMMERAYE IO · texte numérisé non relu

HENRI DE LAPOMMERAYE IO

de remplir le plus complètement possible le programme qu'il s'était assigné.

Dans l'âge mûr, il conserve la vaillante ardeur de ses vingt ans. Il va toujours du même pas vers le même but.

Le journalisme, les conférences, le professorat, tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un enseignement, l'attire et le séduit. Porter la lumière reste sa devise. Il n'a pas d'autre ambition que celle-là.

Tout artiste, tout écrivain caresse le rêve, avoué ou non, de se survivre, de ne pas mourir tout entier. Nous nous flattons tous de duper la tombe et si nous bataillons ce n'est très souvent que dans l'espérance de remporter une victoire sur la mort, cette grande invincible. A aucune heure de sa vie, Henri de Lapommeraye ne paraît avoir été hanté par cette illusion. Jamais il ne cherche à dominer le temps, à assurer à son nom l'immortalité. Loin de se concentrer, il se dépense; loin de se recueillir pour bâtir des œuvres solides, il se prodigue volontairement en des besognes éphémères. Il y a chez lui un besoin de diffusion, une fringale de mouvement, une soif d'être utile qui le dominent et l'emportent. Bien lui a pris de naître à l'époque de La vapeur et de l'électri-

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cité; à toute autre il eût été malheureux. Son impatience d'être au courant de tout l'aurait fait prodigieusement souffrir. Vrai Parisien de Paris, il avait le culte de l'actualité et, comme il supposait chez les autres cet amour qu'il sentait en lui, il accoutuma de toutes ses forces le public à être promptement avisé; il le poussa tant qu'il put à exiger des gazetiers — ces veilleurs de la société moderne — les nouvelles de la dernière heure et les racontars de la dernière minute.

La transformation du journalisme a-t-elle été un bien? Cela est discutable. Elle a plu à la foule, elle a réussi et le succès l'a consacrée. L'ignorance des événements a cependant ses avantages. Elle nous assure la quiétude, elle nous conduit fatalement à l'indifférence et nous épargne ainsi des émotions, des craintes, des désirs, des douleurs. Le téléphone et le télégraphe sont de très ingénieuses inventions, mais si l'on calcule qu'ils nous apportent en moyenne dix mauvaises nouvelles pour une bonne, c'est-à-dire dix serrements de cœur contre un sourire, on a le droit de se demander quel bénéfice nous en tirons.

La seule raison d'être de la vie, c'est le bonheur, quoiqu'en disent les faiseurs de théories aussi morales que creuses» Vivre pour souffrir,

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