‹ A travers la vie (notes de littérature)Chapitre 13 sur 22 · HENRI DE LAPOMMERAYE II · texte numérisé non relu

HENRI DE LAPOMMERAYE II

leur fait préférer d'Ennery à Racine et cette érudition, non moins sûre, qui leur fait admirer en Gustave Flaubert l'inventeur d'une carabine fameuse.

Tout cela est fort réjouissant, quoique peu gai.

Pour Henri de Lapommeraye, s'il a aidé à Téclosion du journalisme nouveau, si, dans sa partie, il a contribué puissamment à mettre à la mode l'information immédiate, il sied de constater que, lui du moins, il sut parler bien tout en parlant vite et beaucoup, qu'il ne se métamorphosa pas de critique en reporter, et qu'il persista à signer des articles lorsque tant d'autres parmi ses collègues se contentaient de signer des comptes rendus.

Il avait le travail facile et prompt. C'est à cette précieuse qualité qu'il dut de pouvoir suffire à toutes ses occupations. Les idées affluaient dans son esprit et s'y associaient avec une aisance étonnante. Son savoir qui était vaste et solide, sa mémoire qui était excellente, le servaient bien d'ailleurs. De ses lèvres ou de sa plume, les phrases coulaient comme l'eau d'une source, harmonieuses, limpides, souples, élégantes, un peu molles parfois, mais si agréables à entendre, d'une lecture si courante !

A l'égard des auteurs, il était très bienveillant et tout effort sérieux, même tenté par un jeune homme, par un inconnu, rencontrait chez lui des sympathies cordiales. Par sa méthode, par ses procédés de critique, il appartenait à l'école dogmatique, quia Fheure de ses débuts, ne Toublions pas, était toute-puissante et régnait sans conteste. Subissant l'influence du milieu, il avait pris l'habitude de voir dans le critique une sorte de juge. Il ne s'appliquait donc pas à reconstituer le moi intime d'un écrivain en analysant ses œuvres, en rapprochant ses idées, sans les approuver ou les combattre, sans autre désir que de faire de la chimie psychologique et humaine. Il ne se bornait pas à constater les pensées émises, à y chercher les expressions d'un tempérament, les manifestations d'une individualité, il les appréciait, il partait en campagne pour ou contre elles, suivant qu'elles correspondaient ou non à ses propres convictions. Il formulait des jugements, mais s'il avait des opinions, il n'avait pas de parti pris. Il était tolérant et éclectique, étant au fond un peu sceptique et revenu de bien des choses comme tout homme ayant beaucoup réfléchi. Quand il se rendait au théâtre, il s'y rendait sans préventions, sans rien préjuger, tout disposé à se laisser

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