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aller à ses impressions, et bien résolu à raconter ces impressions au public, en toute franchise, en toute sincérité, quitte à exprimer, comme esthéticien et comme penseur, ses réserves. En un mot, il possédait ces deux qualités rares, — surtout chez les critiques : — la bonne volonté et la bonne foi.
Tenant pour vrai le proverbe : a On ne prend pas les mouches avec du vinaigre », H. de Lapommeraye, journaliste, professeur ou conférencier, faisait toujours tout ce qu'il pouvait pour plaire au public, pour se gagner sa sympathie et son attention, pour lui démontrer l'intérêt de ce qu'il allait lui apprendre. Ses conférences étaient parfois des merveilles de diplomatie et d'adresse. c( C'est un flatteur, dans la bonne acception du mot, disait son confrère Félix Jahyer; — il caresse son auditoire, il lui fait toutes les avances pour l'amener à lui, puis, une fois qu'il le tient, il détaille à plaisir, sous ses yeux, les théories préparées avec soin dans son cabinet. On le voit alors parler d'abondance, absolument comme s'il improvisait; et quand il termine par un fait rapide sa causerie émaillée de fines anecdotes et de spirituels à-propos, on ne s'est point aperçu de la longueur du temps qui lui a été nécessaire pour
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rendre toute sa pensée. » H. de Lapommeraye n'était pas, à proprement parler, un orateur. Les grands mouvements, les périodes sonores n'étaient point dans ses notes et il ne visait pas au sublime. Causeur aimable et disert, il semblait la vivante incarnation du mot de Quintilien : a Vir bonus, dicendi peritus. — Un homme de bien, expert dans l'art de bien dire ».
Il ne parlait pas d'ailleurs pour qu'on l'admirât.
Uniquement désireux d'être pour le public un initiateur, il ne cherchait point à attirer l'attention sur lui-même, à l'accaparer à son profit et aux dépens des auteurs. Il savait s'oublier au contraire. Persuadé que la culture intellectuelle nous améliore et nous aide à être heureux, — ce qui est une étrange conviction, car toute culture de notre esprit affine notre seiTsibilité, ne fût-ce que par la lecture indispensable des poètes, ces a marchands de vague à l'âme » comme les a appelés M. François Coppée, et plus notre sensibilité s'affine, plus nous devenons aptes aux douloureux tressaillements de la vie, aptes à comprendre et à éprouver les tristesses indéfinies et les malaises innommés, — persuadé que la culture intellectuelle nous améliore et nous aide à être heureux,
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c'esc-à-dire profite à la fois à l'humanité et aux individus, H. de Lapommeraye a pendant toute sa vie travaillé pour les autres. Le désintéressement caractérise toutes ses actions. Toutes affirment son dédain de la gloire personnelle. Il a voulu initier la foule aux subtiles jouissances que Fart et les lettres déterminent chez ceux qui les aiment et les cultivent ; il a voulu — même au delà de ses forces, car il y a perdu sa santé et usé sa vie — désencanailler les masses, leur faire goûter et aimer ces voluptés immatérielles, idéales dont les raffinés et les dilettentes s'enivrent et qui sont pour eux ce qu'est pour le morphinomane sa drogue délicieuse et mortelle. Henri de Lapommeraye croyait fermement, de tout son cœur, aux bienfaits de l'instruction. En contribuant à la répandre, il pensa — c'est l'opinion communément admise — rendre service à ses contemporains.
Peut-être s'est-il lourdement trompé, — sanschercher beaucoup, on trouverait des gens pour le soutenir; — peut-être aussi a-t-il eu raison? Ce qui est constant, indiscutable, c'est qu'il a voulu être utile, qu'il a constamment travaillé, fidèle à ses premières volontés et à ses croyances intimes, à ouvrir des intelligences.
Si réellement, ainsi que l'a dit M. PaulBourget :
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c L'homme n'est grand que par son immolation à une idée», Henri de Lapommeraye mérite de tout point le monument que l'Associadon Polytechnique veut élever sur sa tombe, car il a immolé toute sa vie à cette idée : « Porter la lumière. Faire des hommes ».
La prépondérance Juive