‹ A travers la vie (notes de littérature)Chapitre 19 sur 22 · L AVENTURE DE M. G. OHNET · texte numérisé non relu

L AVENTURE DE M. G. OHNET

il se sert de cour, c'est vrai, mais, en dépit des pataquès donr il pare son style et des allures grotesques de ses personnages en carton, il obtient Teffet qu'il cherche.

Un mandarin, un lettré sourira; un bon banhomme de la foule se laissera empoigner. Il n'est pas artiste, il n'est pas littéraire et il agace les nerfs des délicats, mais il est habile et agit sur ceux du vulgaire.

C'est un plat marchand de copie, un faiseur qui débite de la littérature au mètre et au kilomètre, mais il a toujours été cela et n'a jamais été que cela, il y a dix ans comme aujourd'hui, et parmi les hommes de lettres contemporains il n'est pas le seul à n'être que cela. Pourquoi donc avoir deux poids et deux mesures? Pourquoi avoir d'abord fait un grand homme de M. Ohnet pour le traiter ensuite en brebis galeuse, en bête malfaisante? Pourquoi surtout être si intransigeant avec lui lorsqu'on se montre si accommodant avec d'autres qui ne valent pas mieux que lui? Parce que, — et c'est ici que l'aventure littéraire de M. G. Ohnet cesse d'être curieuse pour devenir instructive, — parce que son succès a été trop franc, trop bruyant, et qu'il y a toujours un peu de vice au fond des accès de vertu

d'une certaine cririque, un peu de jalousie au fond de son prétendu amour des lettres. A mon humble avis, l'envie a été pour beaucoup dans les éreintements dont on Ta gratifié, et je suis persuadé que si ses livres s'en étaient tenus à une vente de quinze ou vingt éditions, on aurait traité leur auteur de façon toute différente.

J'ai peut-être l'esprit mal fait, mais il ne me déplaît pas d'examiner à quels mobiles obéissent souvent nos puritains littéraires lorsqu'ils font étalage de leur puritanisme et j'éprouve une certaine joie chaque fois qu'il m'est donné de les prendre en flagrant délit de mensonge et de bassesse, de contradiction et de cabotinage.

C'est toujours amusant de voir que ceux qui s'érigent en défenseurs du bon goût et du reste, en juges, méritent de passer de leur chaise curule sur le banc des prévenus. Don Juan prêchant la morale, Cartouche flétrissant le vol et l'assassinat sont à mes yeux ce que l'humanité peut produire de plus bouffon, et de toutes les pièces de théâtre, celle que je préfère c'est Tartufe.

J'ignore ce que la postérité fera des livres de M. G. Ohnet. Je ne prévois rien de bon pour eux, car je ne vois pas ce qui pourrait les sauver de l'oubli, d'un juste oubli. Comme écrivain,

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