DAKAR
Une rue.
Rien n'est plus gracieux que ces grands arbres, envahis par les bougainvilleas couverts de fleurs roses et par de magnifiques volubilis bleu clair, qui montent très haut le long du tronc, retombent en guirlandes ou s'enroulent autour des branches.
Il ne faut pas regagner le port sans pousser une pointe chez les bijoutiers indigènes, qui possèdent une réelle originalité dans les modèles qu'ils fabriquent.
lyCS boucles d'oreilles, particulièrement, sont finement travaillées, et il en existe de nombreuses variétés. ]\Iais les marchands sont de véritables voleurs et demandent aux étran-
gers des prix tellement exorbitants qu'il est presque impossible de rien acheter.
II heures du matin. — I^e soleil commence à chauffer sérieusement. Deux ou trois heures suffisent pour voir l'ensemble de la ville ; je regagne le port pour retourner à bord où nous attend un excellent déjeuner dans une salle à manger ventilée
et relativement fraîche.
Arrivé à bord, un nouveau spectacle attend le voyageur. Des centaines de nègres, les uns dans des barques, les autres dans de simples troncs d'arbre évidés qu'ils conduisent à la pagaye, entourent le navire.
Ils apportent des curiosités locales, qu'ils viennent vendre aux passagers : plumes d'autruche, poignards, colonnes vertébrales de requins, aigrettes, singes, etc., etc.
Quelques-uns montent sur le pont et consentent quelquefois à céder les amulettes qu'ils portent autour du cou; mais ils semblent y attacher beaucoup de prix et souvent refusent de s'en dessaisir.
Elles consistent généralement en deux petites boîtes de bois, garnies de cuir, contenant certains versets du Koran et appliquées l'une contre l'autre, à la façon des castagnettes. Une boule d'argent dont je n*ai pu savoir la signification, les accompagne. I^'ensemble est réuni par une cordelette de cuir, formant collier.
J'ai réussi à m'en procurer deux ou trois.
DAKAR. — Un gros baobab.
ly'un de ces nègres en possédait une, assez jolie, qui m'avait tenté; il m'en demandait 15 francs. J'avais marchandé et le drôle, uniquement pour m'être désagréable, finit par me déclarer qu'il ne voulait plus me la céder, même à aucun prix....
Jouant de ruse, une dame du bord offrit de l'acheter, il s'empressa de la lui céder, me faisant constater moqueusement que je ne l'aurais pas.
DAKAR. — I^es nègres plongeurs.
Qu'on juge de sa fureur, lorsque, quelques minutes après, l'aimable compagne qui avait imaginé le truc, me l'ayant remise, je revins retrouver mon nègre, auquel je rendis la revanche, en lui montrant son amulette que j'enfouis à ses yeux dans la poche de mon veston.
S'il eût pu me faire un mauvais parti, il n'y aurait certes pas manqué ! J'ai rarement vu un personnage plus furieux et rageant davantage î
Mais il savait que j'avais aussi dans ma poche un revolver... les choses en restèrent là ! Cela ne l'empêcha pas de proférer contre la dame qui l'avait trompé les plus grossières
mjures
La mentalité de ces nègres est fort curieuse et toute spéciale.
Qu'il me soit permis à ce sujet de raconter une anecdote.
J'avais arrêté, sur le pont de l'Atlantique, un de ces indigènes, qui vendait je ne sais quel article du pays et je l'avais fait causer.
Il comprenait parfaitement le français.
J'allais le quitter, lorsqu'il m'arrêta et me tendit la main, me demandant un pourboire.
Comme je l'envoyais promener, lui demandant quel service il avait bien pu me rendre pour demander une rémunération :
— Je t'ai parlé, me dit-il, tu me dois quelque chose. Étonné, j'allais l'interroger, lorsque son voisin, un autre
nègre auquel j'avais acheté un poignard, intervint :
— Moi aussi, tu me dois quelque chose ! Et le premier de riposter :
— Toi, tu es malhonnête de m'interrompre quand je parle avec monsieur (sic).
La scène était comique. De bonne humeur, je cherchai quelque monnaie. N'en trouvant pas, je lui remis une pièce de vingt sous en lui disant de partager avec son camarade, et je m'éloignai...
Une dispute éclata sur-le-champ !
— Tu n'auras rien, entends-tu... tu as manqué de convenance avec moi... Quand je parlais, tu es venu te mettre en travers... tu n'auras rien... etc.
Comment l'aventure s'est-elle terminée ? Il est probable qu'à terre les deux copains ont dû régler leurs comptes d'une façon sérieuse !
Où diable le sentiment des convenances va-t-il se nicher?
Parmi ces nègres, il en existe de fort intelligents qui ont suivi les cours des écoles publiques. On est étonné de l'étendue relative de leurs connaissances. Certains d'entre eux, non seulement parlent français convenablement, mais savent encore écrire correctement, observant les règles de l'orthographe.
L'un d'eux, forte tête, qui se trouvait présent, alors que
je discutais le prix d'une amulette, riait, en montrant ses dents blanches et plaisantait son camarade sur la vertu de son talisman.
« Tu verras, répondait celui-ci... gris-gris bon contre requin... toi, crois pas... requin « bouffera» {sic) toi!... moi pas craindre requin !... »
Ces nègres, qui sont des nageurs intrépides, plongent, en effet, à chaque instant, sans se soucier du danger qui les menace, car ces monstres pullulent dans le golfe de Dakar.
Du bord, on jette à la mer des pièces de monnaie ; avec l'agilité de véritables singes, ils plongent aussitôt et il est bien rare qu'ils remontent bredouilles.
De temps en temps, un requin vient se mettre de la partie et s'empare d'un de ces malheureux. Mais la chose est rare et cela ne les empêche nullement de recommencer leurs exercices à la première occasion.
C'est d'ailleurs pour eux une profession, et quand les navires européens viennent faire escale à Dakar, ils gagnent ainsi de bonnes journées.
4 heures. — I^e charbon est embarqué. Nous reprenons la mer...
Nous passons devant Gorée,- petite île d'aspect fort pittoresque. La mer se brise là-bas sur les rochers. Très ensoleillée, avec quelques beaux palmiers au premier plan, elle donne l'impression d'un charmant séjour. C'est, paraît-il, au dire de ceux qui l'ont habitée, un « trou » de première catégorie.
Il fait très chaud... tout le monde se plaint. Quant à moi, je ne me suis jamais mieux porté... !
Dakar disparaît peu à peu à l'horizon. L'éternel cercle bleu nous enserre de nouveau, et cette fois pour plusieurs jours.
La première terre que nous rencontrerons sera celle d'Amérique !
II JUILLET. — Une charmante familiarité règne à bord. Tout le monde se connaît et on commence à s'apprécier.
Où sont, au moment où j'écris ces lignes, les compa gnons de route avec lesquels j'ai passé des heures si agréables : M. Preudhomme, ingénieur du port de Pernam-
buco ; M. Chazeau, autre ingénieur, aussi modeste qu'éminent, qui dirigeait ses pas vers l'Argentine ! et M. Meyer, chargé d'affaires d'une grosse maison de commission de Paris, dont la verve était intarissable.
. Comme on serait heureux de se retrouver réunis une fois encore !
II heures. — Déjeuner que vient égayer une étincelante causerie du commandant. Il nous raconte ses aventures... On veut le retenir... mais le devoir avant tout; il nous quitte pour rejoindre son poste et pour veiller, ajoute-t-il d'un air de bon papa, à la sûreté des enfants qui lui sont confiés !
Combien, en effet, est lourde la responsabilité de celui qui commande un pareil navire, , immense comme une ville flottante !
'L,' Atlantique est tellement étendu qu'il est très facile de s'isoler, pour peu qu'on le désire.
J'ai découvert à l'arrière un petit coin où, assis sans façon sur un gros tas de cordages, il m'est loisible de fumer tranquillement ma pipe, tout en laissant ma pensée s'envoler pour revoir en rêve les êtres chers que j'ai laissés derrière moi et qui, eux aussi, me suivent dans ma course aventureuse.
Un officier qui se rend dans l'Afrique centrale et que je n'avais tout d'abord pas distingué des autres, aimant comme moi à s'isoler de temps en temps, n'a pas tardé à découvrir le petit coin retiré à l'arrière du bateau.
Il vint un jour me retrouver et quel ne fut pas notre étonnement de constater, après quelques mots de conversation rituelle, que nous étions deux initiés... dans la science de l'occultisme oriental !...
J'eus l'occasion de m'instruire beaucoup en le faisant causer. Il possédait des connaissances très approfondies sur des questions mystérieuses encore.
Certain lien consolidera désormais notre amitié !
Avec les éléments de distraction rencontrés à bord, les huit jours à passer entre le ciel et l'eau seront vite écoulés !
— (il) —
La mer est unie comme un lac, pas un nuage...; aussi le commandant, après le dîner, nous fait-il gracieusement, sous un ciel étincelant d'étoiles, un petit cours d'astronomie des plus intéressants.
. On s'aperçoit que le vieux monde est déjà bien loin. On sent l'approche de la zone tropicale. L'air est chargé d'humidité et la peau est moite.
La nuit, on laisse le sabord ouvert et le plus simple, pour bien dormir, est d'adopter un costume sommaire... que je n'ai pas besoin de qualifier plus clairement !
12 JUILLET. — Une des grandes distractions du bord est d'aller, chaque jour à midi, prendre connaissance de la marche du navire. On fait des paris sur les probabilités de latitude et de longitude.
M. Chazeau avec une chance réelle, a gagné deux ou trois fois î
Aujourd'hui, nous sommes par : latitude 6^7' nord; longitude 25047 ouest. Il nous reste à faire 1,085 milles jusqu'à Pernambuco. Qu'est pour nous cette distance ?...
13 JUILLET. — Nouvelle amabilité du commandant qui nous invite, M. Chazeau et moi, à venir prendre une leçon de navigation.
Nous montons sur la passerelle, où il nous reçoit dans un petit appartement très coquet et nous apprend d'abord à manœuvrer le sextant.
Puis il nous montre son poste d'électricité qui, instantanément, lui permet de communiquer avec tous les coins du navire et de donner ses ordres.
Un accident survient-il? On signale, par exemple, un homme à la mer. Il n'a qu'à allonger le bras; aussitôt, à l'arrière, une bouée se détache et s'allume automatiquement, permettant ainsi d'aider au sauvetage.
Puis il nous enseigne « la route » et les manœuvres nécessaires pour gouverner un navire. C'est d'un intérêt palpitant.
C'est ainsi qu'hier nous avons été entraînés latéralement
par des courants violents hors de notre ligne, déviant fortement .vers le Sud. Si l'on n'eût pas pris le point aujourd'hui, et si nous eussions continué notre marche sous le même angle, nous serions arrivés plus bas, à Bahia, directement, au lieu d'atteindre Pernambuco.
Il m'interroge, pour voir si j'ai bien compris... Je donne mon avis sur la direction à suivre... et j'ai pendant quelques secondes l'illusion de conduire V Atlantique! Quelle présomption !
Mais le commandant, plein de bonhomie, affecte de me laisser croire qu'il n'est pour rien dans la décision que j'ai X)rise !
3 heures. — Un navire à l'horizon ! Tout le monde se précipite... les lorgnettes sortent des étuis !... C'est un petit événement ! Dans ce monde, tout est relatif. Quand on est isolé en mer sur une coquille de noix... qu'on a laissé derrière soi le meilleur de soi-même... la rencontre d'autres êtres qui, probablement, pensent comme vous et qui, eux, vont retrouver dans quelques jours les liens qui les attachent à la terre... tout cela établit vite une communauté de pensées.
Le Chili est en vue... il vogue vers la France... Quel est celui d'entre nous qui n'accompagne pas de ses vœux les compatriotes qu'il n'a jamais vus, qu'il ne connaîtra jamais... mais avec lesquels, pour quelques instants, il fait cause commune et dont il épouse volontiers, suivant les grandes lois de la fra,ternité, les joies et les peines ?
A bord de V Atlantique, les mouchoirs s'agitent, saluant le beau navire qui, sur sa route, heureux d'avoir trouvé son émule, annoncera joyeusement, à la première escale, qu'à bord « tout allait bien » !
Et, en effet, « tout va bien » ! Comment en serait-il autrement, au point de vue sanitaire particulièrement ! Comme médecin, je suis véritablement obligé de constater que ce voyage au Brésil constitue la plus merveilleuse cure d'air que l'on puisse rêver.
Je suis convaincu que nombre de malades, dont les troubles sont plus ou moins dépendants du système nerveux... toute
cette lamentable catégorie de détraqués qu'on «nglobe sous le nom de « neurasthéniques », trouveraient du soulagement à faire la traversée que je prône en ce moment.
Parmi les passagers, il existait quelques types de cette catégorie, je les confessai adroitement et ils m'avouèrent se trouver infiniment plus à leur aise que dans le tourbillon malsain de la vie parisienne.
On ne soupçonne pas, en effet, l'influence du calme qui accompagne un voj^àge sur mer ! On se sent détaché de tout lien... de toute contrainte... On est dominé par l'instinct de la liberté... si l'on posséd-^.it des ailes, on prendrait son vol.
On se laisse vivre... On a la sensation d'un immense repos... les chagrins et les soucis ont été oubliés en partant !
Eh bien ! malgré mes conseiîs désintéressés, je ferais bien le pari que, parmi les pauvres malades que je vise, parasites en somme de la société, assez peu intéressants, et de mentalité nulle, il ne s'en trouvera pas un pour essayer de goûter à la vie virile du bord, préférant de beaucoup l'odeur du crottin de cheval de l'Hippique ou la poussière d'Auteuil ou de lyOngchamp. à l'air embaumé et vivifiant des plages brésiliennes.
13 JUILLET. — Nous passons la ligne. L'impression que l'on éprouve est particulière. On a la sensation de pénétrer dans l'inconnu et de laisser derrière soi le vieux monde... Désormais, tout ce que l'on rencontrera sur sa route sera nouveau... vSi le voyageur est un peu enthousiaste, d'ineffables jouissances lui sont réservées.
Personnellement, je me rappelais le temps où, sur les bancs du collège, le soir, à la veillée, ayant déjà dans le sang l'humeur voyageuse, je restais, de longues heures, les yeux fixés sur un atlas, rêvant d'aventures et enviant le sort des explorateurs dont je suivais les pas au travers des régions vierges, qu'ils visitaient pour la première fois.
L'Amérique exerçait sur moi une sorte de mirage. Entraîné déjà vers l'étude des sciences naturelles, je me voyais transporté dans ces régions merveilleuses, parcourant ces pa^'s
neufs que les descriptions des grands navigateurs emplissaient de mystères !
Heureux le naturaliste qui peut, à un moment de son existence, donner carrière à sa passion et venir à son tour, fouler cette terre d'Amérique, ce Brésil si prestigieux, en particulier, qui recèle en son sein, tant de richesses insoupçonnées et promet tant de surprises et de découvertes.
La Croix du Sud apparaît au-dessus de l'horizon ! Nous saluons ces astres nouveaux, non sans une certaine mélancolie... car ils nous rappellent que nous nous éloignons de plus en plus de notre cher pays !
Mais, la gaieté reprenant ses droits, le Champagne ne tarde pas à pétiller dans les coupes et nous buvons avec enthousiasme à la gloire de la patrie absente.
La cérémonie du baptême de la ligne est tombée un peu en désuétude. Pour ma part, je regrette ce renoncement aux vieilles coutumes.
Tout se borne actuellement à quelques éclaboussures mutuellement échangées de notre vieux vin national ou à quelques aspersions courtoises d'essences plus ou moins parfumées !
14 JUILLET. — La fête nationale ! A huit heures du matin, un coup de canon ébranle le navire et la Marseillaise retentit ! L'orchestre n'est certainement pas fameux, mais, laissant de côté toute question de chauvinisme exagéré, isolés comme nous sommes sur l'Océan immense, c'est l'écho de la patrie absente qui vient nous réveiller. Je crois que les plus sceptiques, en ce moment, ne sont pas sans ressentir vibrer en eux quelque fibre secrète, et sans évoquer tous les souvenirs qui peuvent les attacher encore à la vie.
Jusqu'ici, la traversée a été magnifique, mais nous arrivons dans cette région mauvaise qu'on appelle le « pot au noir », où régnent des courants aériens venant de directions variées et qui sont souvent cause d'intempéries et de bourrasques.
En effet, la mer devient mauvaise, et, au milieu de
Tafales de pluie, avec accompagnement de roulis et de tangage, nous passons une journée assez maussade.
La plupart des passagers restent confinés dans leurs cabines et l'affreux mal de mer sévit à nouveau, . Vers six heures, heureusement, le temps s'améliore. La mer se calme peu à peu. . . mais, au dîner, où l'on est encore quelque peu bercé par un désagréable roulis, et malgré le Champagne que la Compagnie offre gracieusement à ses passagers, les convives sont rares.
9 heures. — L'équipage organise une retraite aux flambeaux et parcourt le navire aux sons d'une musique endiablée. Au milieu du cortège s'ava^nce le père « la Ligne », avec sa grande barbe d'étoupe rouge, haranguant les néoph\i:es qu'il baptise en passant d'un grand geste hiératique.
On applaudit ces braves gens!... Le commandant, adoré de son équipage, assiste philosophiquement au défilé. Bn bon père de famille, il n'a pas manqué en cette occasion d'améliorer l'ordinaire et il est salué au passage de hurrahs formidables !
Un concert organisé par les dames termine la soirée. Malheureusement le mal de mer, qui est venu malencontreuseinent jeter sa note triste en cette journée de fête, est cause que les voix n'ont peut-être pas toute la suavité qu'elles possèdent, j'en suis sûr, en toute autre circonstance ! Passons !...
15 JUII.LET. — A déjeuner, le commandant nous annonce qu'aujourd'hui nous verrons la terre !
On monte rapidement sur le pont et les conversations s'engagent... Quelques passagers, réconfortés par la bonne nouvelle, font leur réapparition... On se montre nerveux et sans cesse les yeux fouillent l'horizon sans rien distinguer, hélas ! que les limites d'un éternel cercle bleu !
4 heures. — La terre est en vue. Une côte plate apparaît, en effet, dans le lointain, se confondant presque avec les nuages. Elle serait même invisible si de grands cocotiers, semblables à d'immenses plumeaux dressés en l'air, ne constituaient une sorte de ligne de jalonnement.
Ce n'est pas sans émotion qu'on salue l'apparition de cette terre d'Amérique où tant de surprises attendent le voyageur.
La mer est houleuse et, le long des falaises, les lames se brisent avec furie, lançant à une grande hauteur une poussière étincelante de soleil.
De loin, le phénomène semble minime, mais il ne faut pas s'y tromper; en ces régions, la mer est terrible et le ressac est quelquefois formidable !
Le coup d'œil est peu encourageant pour les passagers qui
Une jangada.
vont débarquer à Pernambuco, dont la mauvaise réputation n'est malheureusement que trop justifiée.
Des baleines se montrent de temps en temps, projetant des gerbes d'eau qui jaillissent de toutes parts. Elles se livrent à de joyeux ébats, et nous assistons même à la conversation intime d'un couple de ces animaux, conversation que je n'hésite pas à qualifier de criminelle.
ly'écume des vagues soulevées par le sillage du navire, jetait heureusement un léger voile de gaze sur ce spectacle peu commun !
A mesure que nous avançons, la mer devient plus mauvaise, le roulis augmente d'une inquiétante façon et la barre apparaît menaçante dans le lointain.
De nombreuses barques de pêche évoluent autour de l'Atlantique. On les appelle « jangadas ». Formées simplement de trois poutres de bois grossièrement travaillé, et que réunissent deux autres barres transversales, elles sont munies d'une énorme voile triangulaire que soutient un mât fixé à l'avant. A l'arrière, un banc légèrement surélevé sert d'abri au pilote, le protégeant d'ailleurs très peu des lames qui déferlent sans cesse, et qui, le plus souvent, recouvrent l'embarcation sans bastingages.