DAKAR
Place planléc de figuiers.
Je fais prix avec un batelier (2 fra.ncs aller et retour) et nous partons .
lyC quai de débarquement est assez élevé, et, pour mettre pied à terre, il est nécessaire d'utiliser les quelques talents d'acrobatie que l'on peut posséder.
Un plongeon dans l'eau profonde serait dangereux; les requins ne laisseraient probablement pas passer l'occasion de faire un joyeux festin !
lya première impression est assez favorable. Pour gagner la ville, on parcourt une centaine de mètres au milieu de terrains plantés de bananiers verts mélangés à de jolis palmiers.
Il fait un soleil superbe. Il n'est que 7 heures du matin et l'on se plaint déjà de la chaleur.
Avec quelques passagers débarqués comme moi, nous pénétrons dans un café, où nous trouvons un choix varié de boissons glacées et d'où j'expédie mes premières cartes postales !
Ce devoir accompli, je lâche mes aimables compagnons, préférant conserver ma liberté complète et, guidé par un brave nègre parlant très bien français, je pars à l'aventure pour visiter la ville.
Elle consiste en un immense territoire partagé en deux quartiers, l'un occupé par l'élément européen proprement dit et l'autre, le plus curieux, par la population indigène.
DAKAR. — Avenue du Tribunal.
La ville européenne est à peine esquissée. Il y a cependant déjà quelques jolies maisons, mais assez espacées.
Des avenues larges, bien plantées et suffisamment ombra-" gées, sont actuellement les premiers jalons de direction pour l'extension future.
De belles places se montrent de distance en distance, agrémentées de gigantesques figuiers ou de gommiers.
Je parcours successivement les principales rues, la rue Victor-Hugo, etc., qui, d'ailleurs, ne présentent rien de bien remarquable et j'arrive au marché.
C'est là, généralement, qu'on trouve de la couleur locale !
De nombreux étalages où l'on débite toutes sortes de marchandises sont tenus par de superbes négresses, nonchalamment accroupies sur leurs talons, montrant des formes
sculpturales et laissant voir des dents d'une blancheur éclatante.
Elles vendent des fruits, des conserves, du gibier, etc. Biles ne sont pas farouches et ne demandent qu'à rire.
Elles mâchonnent entre leurs dents de petits fragments d'un bois dur qu'on appelle « bois vert » et qui, paraît-il, a la propriété de conserver la blancheur de l'émail.
Coiffées d'un madras, généralement jaune et rouge, planté coquettement sur leur chevelure crépue, elles ne manquent pas d'une certaine grâce. En tout cas, quand elles sont jolies, elles connaissent, aussi bien que les femmes blanches, l'art de faire valoir leurs charmes naturels.
Le plus beau monument de Dakar est le Palais du Gouverneur. Il est placé sur une hauteur et domine toute la baie.
Comme il n'existe pas de carrière de pierre dans le pays, les matériaux ont été en totalité apportés d'Europe. C'est fantastique, quand on considère le poids que doit représenter la masse entière.
Peu à peu, on sort de la zone civilisée et on gagne le quartier nègre, où le pittoresque récompense le voyageur de sa peine.
Des huttes recouvertes de feuilles abritent la population, avec une simple porte ouverte, laissant voir l'intérieur.
Il est neuf heures du matin et la plupart des femmes sont dehors, va,quant à leurs occupations, allant au marché... ou se débarbouillant, sans vergogne, dans un costume sommaire, autour des fontaines "publiques.
On a grand tort de toujours dénigrer les négresses et de leur refuser les charmes qui sont le privilège général de la femme.
Il existe parmi elles de magnifiques créatures, laissant deviner des formes impeccables que je souhaiterais rencontrer chez beaucoup de nos Parisiennes cotées et réputées.
Il m'a semblé qu'il ne leur était pas désagréable de se laisser admirer par les voyageurs blancs que le hasard guidait vers leurs cases.. !
Ce quartier nègre ne brille pas par une extrême propreté et la voirie laisse quelque peu à désirer.
Une poussière fort désagréable rend la marche difficile.
Cet état de choses se modifiera peu à peu. De nombreux travaux sont projetés et ils sont déjà l'objet d'un commencement d'exécution.
J'ai pu, dans cette promenade, admirer de magnifiques baobabs, abritant des cases et dont un, entre autres, présentait certainement trois ou quatre mètres de diamètre.