‹ A travers le Brésil au pays de l'or et de diamantsChapitre 13 sur 50 · partie S. de l'État de Maranhâo et l'O. de l'État de Ceara · texte numérisé non relu

partie S. de l'État de Maranhâo et l'O. de l'État de Ceara

Tous ces plateaux renferment beaucoup de vallées ; ils sont assez accidentés et arrosés par d'innombrables fleuves.

L<a grande dépression de l'Amazone est plus étroite dans la partie inférieure du fleuve, en aval du confluent du fleuve Negro. Dans la partie supérieure, entre le Negro, le Madeira et les contreforts des Andes, elle s'élargit considérablement. Les rives du fleuve Amazone sont formées de terres d'alluvion, sujettes à des inondations.

lycs plus hautes terres sont à 300 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La région de l'Atlantique se compose de terres basses, formant une zone étroite entre l'Océan et les montagnes (i).

Hydrographie. — Le système hydrographique du Brésil est très étendu et se compose d'un grand nombre de fleuves considérables, soit par leur étendue, soit par le volume de leurs eaux. Sur toute la côte, il y a un grand nombre de lacs, de lagunes et d'étangs, presque tous navigables.

Le fleuve le plus considérable est V Amazone, avec 5.400 kilomètres de cours, dont 3.800 en territoire brésilien, depuis Tabatinga, sur la frontière du Pérou, jusqu'à l'Océan Atlantique.

Les affluents de l'Amazone sont très longs, navigables et aussi importants que les plus grands fleuves d'Europe.

Sur la rive septentrionale ou rive gauche, les principaux sont : Vlça, le Yapurâ, le Negro, chacun d'eux avec plus de i.ooo kilomètres de cours; le Trombetas et le Paru, avec plus de 500 kilomètres, etc., etc.

Sur la rive méridionale ou rive droite, à partir de la frontière péruvienne, l'Amazone a des affluents dont les eaux ne sont pas moins considérables : le Javary, le Jutahy, le Madeira, le Tocantins, etc., etc. Plusieurs de ces affluents ont un cours qui varie de 1.500 à 3.000 kilomètres.

Parmi les fleuves qui se jettent dans l'Océan Atlantique et dont la liste serait trop longue à énumérer, citons cepen-

T) Extrait de l'ouvrage : « Le Brésil, ses richesses naturelles ». — Aillaud Alves & C", éditeurs.

daiit le San Francisco, dont le cours est de 3.000 kilomètres dans les territoires des États de Minas Geraes, Bahia, Pernambuco et Alagôas.

Constitution géologique (i). — Bien qu'imparfaitement connue, elle se caractérise par la grande importance des formations anciennes, terrains archéens et paléozoïqûes et le développement relativement restreint des dépôts mésozoïques et néozoïques.

Les roches cristallines métamorphiques appartenant au terrain archéen primitif de certains géologues, laurentien et huronien, forment une large zone côtière qui s'étend de la province de Rio Grande do Sul au cap S. Roque ; elles pénètrent dans la province de Minas Geraes dont elles constituent les montagnes et les hauts plateaux et se continuent dans celles de Sâo Paulo, de Goyaz et de Matto Grosso.

Ces roches appartiennent principalement à la série des gneiss, des micaschistes, des amphibolitoschistes, des quartzites micacés ou itacolumites, des schistes chloriteux et micacés, des tabirites. I^e carbonate de chaux, relativement rare, y est représenté par des roches calcaires cristallines fréquemment magnésiennes.

A ces terrains principaux se rattachent une série d'autres roches éruptives, granits, syénites, phonolithes, diorites, diabases, gabbros, mélaphyres, etc., dont un grand nombre ont apparu durant l'ère paléozoïque.

Ce sont surtout les quatre dernières séries, riches en phosphate de chaux, qui ont fourni, par leur décomposition, la célèbre « terra roxa » de Sâo Paulo, comparable, au point de vue de la fertilité, à la Terre noire de Russie.

La plupart des dépôts aurifères sont placés dans le terrain archéen, auquel appartiennent aussi les gisements de diamant et d'autres gemmes, topazes, améthystes, tourmalines, cymophanes, etc., et qui se fait encore remarquer par l'abondance des minerais de fer.

Je me propose de revenir plus loin avec de plus grands détails sur la question des pierres précieuses et des minéraux

(i) GoRCEix. — Grande Encyclopédie.

en général,' ce sujet ayant été un de mes buts principaux d'étude durant le cours de la mission qui m'avait été confiée. Quelques mots cependant encore pour compléter ce qui a rapport à la géologie du Brésil.

i^ Paléozoïque. — Les terrains paléozoïques, siluriens, dévoniens et carbonifères se montrent dans la partie inférieure des cours de l'Amazone et de ses affluents : Xingû, Tapa-

I,es rochers de Villa- Velha (Etat du Paranâ).

joz, etc. Les bassins étudiés sont de formation marine; les roches dominantes sont des schistes, des grès, des argiles; les calcaires ne prennent de l'importance qu'à la partie supérieure. Leur faune est remarquable par l'importance des brachiopodes. Dans les provinces de Bahia, Minas Geraes, Sào Paulo, Paranâ, Santa Catharina, où l'étude en a été entreprise, ils formeraient des bandes étroites enclavées dans le terrain archéen. Pour certains géologues, les dépôts de houille de Rio Grande do Sul appartiendraient au carbonifère.

2° Crétacé. — Le trias est mal connu. Le crétacé s'étend sur une partie des provinces du Cearâ, Piauh)^ Pernambuco, Sergipe, Alagôas, formant un bassin d'une grande étendue.

Au Ceara, sa faune est riche en poissons.

3° Tertiaire. — Les terrains tertiaires couvrent les bords de l'Amazone dont ils accompagnent le cours jusqu'à une très grande hauteur et forment une bande étroite sur la côte, de l'embouchure de ce fleuve jusqu'à la province de Espirito Santo; ils sont constitués presque entièrement par des grès.

Dans l'intérieur, comme à Minas Geraes, ils sont représentés par des petits bassins lacustres contenant du lignite.

40 Quaternaire. — Aux dépôts quaternaires appartiennent des couches d'argile, de graviers, de conglomérats disséminés par lambeaux sur les plateaux et dans les vallées et des dépôts argileux salpêtres de certaines grottes calcaires de Minas Geraes et de Bahia qui ont fourni de nombreux restes de mammifères appartenant à des genres ou espèces éteints : Scelidotherium, Megatherium, Milodon, etc., étudiés par lyund.

C'est au même horizon géologique que doivent être rapportés les gisements d'alluvions diame.ntifères de Minas Geraes, de Bahia, de Goyaz, de Matto Grosso. Dès la fin de l'époque paléozoïque, le Brésil était en grande partie émergé et, dans la suite des époques géologiques, sa forme générale n'a plus que faiblement varié. Les dislocations qui ont afïecté ces divers terrains ont produit, comme dans l'Amérique du Nord, de grands plis parallèles, avec de nombreuses failles et des lignes anticlinales peu fréquentes.

Nous avons pu nous-même, par l'examen des magnifiques collections géologiques du Musée national de Rio et sous la conduite du Docteur de Lacerda, son savant directeur, constater l'exactitude des vues de M. Gorceix, et à l'École des mines d'Ouro Preto, le Docteur Costa Sena, qui lui a succédé d'une façon si brillante, avec sa grande expérience en géologie, nous a mis à même d'étudier, pièces en main, la structure du sol brésilien, dont tous les éléments sont représentés dans les vitrines de son riche musée.

Nous ne pouvons laisser passer ici l'occasion qui se présente de remercier avec reconnaissance ces deux maîtres de l'accueil si bienveillant qu'ils ont bien voulu nous faire.

Dans ces derniers temps, M. Orville Oscar Derby a fait de

longues recherches sur la géologie brésilienne et a publié un résumé de ses savants travaux dans le volume le Brésil, publié sous les auspices de la Commission d'expansion économique. Son exposition est d'une netteté parfaite et nous conseillons la connaissance de ce travail à tous ceux qui désirent approfondir la question minière, question qui tient et tiendra toujours une place si importante dans l'avenir commercial de la grande République américaine.

Ci.iMATOi.OGiE. — Le Brésil, vu l'immensité de son territoire, ne saurait présenter partout un climat analogue. Le régime des vents, très variés, soufflant à certaines périodes de l'année, est la cause des variations qui se produisent avec une parfaite régularité. Leur étude nous entraînerait trop loin.

Qu'il suffise de dire qu'on peut établir, selon les régions, trois catégories bien distinctes :

Zone tropicale, zone sous-tropicale, zone tempérée douce.

1° Zone tropicale. — Elle comprend le haut Amazone, l'intérieur des États de Maranhâo, Para, Matto Grosso, Piauhy, Bahia et une partie de Minas Geraes, puis la région du littoral des États de Para, Maranhâo, Piauhy, Cearâ, Rio Grande do Norte et Parahyba do Norte.

L'année se partage en deux saisons; celle des grandes pluies et ensuite celle des petites, avec des alternatives de sécheresse.

A Cuyabâ, la température moyenne est de 260,25. La plus basse température qu'on y ait observée jusqu'à ce jour a été de 7<^,3.

Dans la capitale du Para, la pluie est abondante, surtout dans les premiers mois de l'année et la température n'y est pas excessivement élevée, le maximum étant de 34^,5 et le minimum de 20°.

Sur le littoral de l'État de Cearâ, la moyenne de la température annuelle est de 26° à 27°, mais les régions montagneuses de l'intérieur sont plus fraîches et il y a des points où le thermomètre descend à 14°. Dans cet État, la division de l'année en deux saisons est bien accentuée : la sèche et la

pluvieuse; la première, de juillet jusqu'à janvier, et la seconde de février à juin.

Pernambuco établit presque une transition entre la zone tropicale et la sous-tropicale.

2^ Zone sous-tropicale. — Elle se rapproche, par sa température et l'accentuation des saisons, du climat des régions les plus chaudes du Sud de l'Europe et de celles du Nord de l'Afrique.

Au point de vue du régime des pluies, on peut la subdiviser en deux parties distinctes : la première comprend les États de Pernambuco, Alagôas, Sergipe et le littoral de Bahia, où les pluies sont abondantes de juin à août; la seconde comprend le sud de l'État de Bahia, ceux d'Espirito Santo, de Rio de Janeiro, et une partie du littoral de Sào Paulo. Le fait caractéristique de cette subdivision, c'est la prédominance des pluies, surtout en automne et en été, c'est-à-dire de décembre à avril.

A Recife (par 80O7' lat. S.), capitale de l'État de Pernambuco, le mois le plus chaud est février, avec la moyenne de 28°, moyenne annuelle de 26°.

I,a ville de San Salvador (12O58' lat. S.), capitale de l'État de Bahia, a comme température annuelle moyenne, 260,01. Dans les terrains élevés de l'intérieur, le climat est doux.

Dans la ville de Rio de Janeiro, ainsi que sur les points de la côte de l'État de Rio de Janeiro, la moyenne est de 230,4. La température la plus haute qu'on ait observée dans la capitale du Brésil a été de 37^,5 et le minimum absolu de 10°, 2.

On trouve sur divers points élevés de l'État de Rio, et tout près de la capitale de la République un climat beaucoup plus doux. C'est ainsi qu'à Nova Friburgo, à trois heures et demie de voyage dans la chaîne des Orgàos, la moyenne annuelle est seulement de 170,2. Dans les mois d'hiver, le minimum habituel est de 9° et quelquefois il baisse à 1°, tandis que, dans le mois le plus chaud de l'année, la moyenne ne va pas au delà de 20^,3. On constate à peu près la même

chose à Thérésopolis et à Pétropolis, à deux heures de la capitale.

Dans l'État de Minas Geraes, grâce à son altitude sur le niveau de la mer, surtout en quelques endroits, le climat a une grande douceur et il peut être comparé à celui des pays méridionaux de l'Europe : Queluz (moyenne de 20°), Uberaba (21^), Caldas et Barbacena (18°). Dans ces localités, en hiver, la température peut baisser à o*^ et même jusqu'à 6^ au-dessous de zéro.

ly'Êtat de Sâo Paulo offre les mêmes conditions climatériques : plusieurs points y ont les moyennes annuelles de 18^, 190 et 20°; dans quelques-uns, il gèle parfois en hiver. Dans la ville de Sâo Paulo, capitale de l'État, la température descend quelquefois à 0°, pendant l'hiver.

30 Zone tempérée douce. — Bile s'observe dans le sud de l'État de Sâo Paulo et les États de Paranâ, Santa Catharina et Rio Grande do Sul.

lyC climat, dans ces régions, est un des plus beaux du monde. La température y est très douce et la moyenne s'y maintient toujours à moins de 20^.

lycs hivers, peu rigoureux, qui ont lieu pendant les mois de juin à août, sont favorables non seulement à la santé des races européennes, mais au développement de toutes les cultures de l'Ancien Continent.

Plus bas, à Curityba, capitale du Paranâ, la température s'abaisse quelquefois à 5^ au-dessous de zéro, ainsi que sur tout le plateau du Sud (Paranâ, Santa Catharina et Rio Grande do Sul).

En somme, le climat de tous les États de la troisième zone est un climat tempéré des plus agréables.

SAI.UBRITÉ DU Brésii.. — Nous abordons un chapitre important et nous ne saurions trop prémunir les voyageurs qui se proposent de parcourir le beau pays du Brésil, contre les erreurs et les insinuations fausses qui ont été écrites à ce sujet. lyCS craintes qui pouvaient, il y a vingt-cinq ou trente ans, se trouver justifiées, doivent être presque complètement bannies actuellement.

— io:î —

Avec les progrès de l'hygiène et le développement de l'instruction publique, l'ancien genre de vie des populations indigènes s'est trouvé tellement modifié, les conditions vitales se sont tellement améliorées que, à part quelques rares territoires encore arriérés, mais qui subiront à brève échéance la loi fatale de la civilisation, la plupart des maladies tropicales, si redoutées autrefois, ont complètement disparu ou deviennent de plus en plus rares. C'est à ce point que le Brésil possède actuellement, si l'on considère l'ensemble du cadre pathologique, un coefficient bien inférieur à celui qui a été relevé dans la plupart des grandes nations européennes.

Entrons dans quelques détails : on a surtout beaucoup éciit sur la prétendue insalubrité de la région de l'Amazone, mais ce que l'on n'a pas dit le plus souvent, c'est que la plupart des soi-disant victimes du climat, ne devaient leurs maladies qu'au manque de l'h^^giène la plus élémentaire.

Appartenant généralement à une classe inférieure de la société, aventuriers pour la plupart et sans la moindre expérience, telle était la catégorie des Européens qui pénétraient dans les régions encore peu explorées de la région amazonienne.

Surmenés, mal nourris, ignorant les règles les plus rudimentaires de la propreté et souvent moralement déprimés par des causes multiples, ces malheureux devaient fatalement pa3^er leur tribut à la maladie et succomber là où d'autres pouvaient impunément vivre et prospérer.

Aujourd'hui, peu à peu, cet état de choses se modifie. I^e Gouvernement brésilien assainit l'Amazone, entreprend des travaux gigantesques en vue du dessèchement des marais et modifie chaque jour, en l'améliorant, la ph3^sionomie du pays, que sillonnent déjà de nombreux chemins de fer de pénétration.

Quelles sont, en somme, les maladies à redouter? Deux seulement : la fièvre paludéenne et le béribéri. On a noté qu'elles n'atteignent que les individus des classes inférieures, rebelles aux règles de l'hygiène. Et encore guérissent-ils, la plupart, rapidement, si, aux premiers s^-mp tomes, ils

changent d'air et viennent se réconforter dans un centre civilisé.

En somme, ces maladies ne sont pas, en réalité, inhérentes au climat de l'Amazone. On peut rencontrer les mêmes en d'autres pays et elles ne sont pas autrement dangereuses^ puisqu'il est avéré qu'en observant les règles d'une hygiène raisonnée, on est certain de rester indemne.

A l'intérieur et sur les plateaux élevés, les maladies sont rares. Le climat est sain, très tempéré, et l'Européen n'a même pas à compter avec une période d'acclimatation.

A mesure qu'on descend vers le Sud, les conditions climato ri al es deviennent de moins en moins discutables.

Battes disait que les Anglais qui avaient résidé au Para de nombreuses années conservaient le même aspect et les mêmes couleurs, comme s'ils n'avaient jamais quitté le paj^s natal; l'égalité de température, la perpétuelle verdure, la fraîcheur de la saison sèche et la modération des pluies périodiques rendent le climat du Para un des plus agréables du monde. (Battes, The River Amazonas.)

Ce que nous venons de dire s'applique à plus forte raison au reste du Brésil, à mesure qu'on avance vers le Sud.

A Rio, en 1905, sur une population de 874.000 habitants, il y a eu 14.663 décès, ce qui donne un coefficient de mortalité de 16,7 0/0, inférieur à celui des plus grandes villes du monde : New- York (18,3); Paris (17,6); Berlin (17,1); Vienne (19,3); Tokio (18,9); Saint-Pétersbourg, (30,5); Budapest (19,2); Naples (25,2); Madrid (28); Lisbonne (23,1); Rome (20,8), et Athènes (30,9).

La fièvre jaune, effroyable fléau qui, autrefois, faisait son apparition à des dates plus ou moins rapprochées, a complètement disparu.

Les merveilleux travaux d'embellissement de la ville de Rio, exécutés dans ces dernières années, et les mesures d'hygiène généralisées pour arriver à la destruction des moustiques, en ont fait justice.

On ne sait plus aujourd'hui, dans ce paradis terrestre, ce que peut être la fièvre jaune. On vous répond, quand on interroge les habitants, que « c'était une maladie d'autrefois »,

et il y a si longtemps qu'on ne l'a vue, qu'il est fort difficile,

à son sujet, d'obtenir de plus amples détails.

Ceux qui, comme moi, ont parcouru le Brésil, ne peuvent s'empêcher de sourire, quand ils se souviennent des recommandations des amis au moment du départ : « Prenez garde surtout à la fièvre jaune... méfiez-vous des serpents. »

Si j'ai encore rencontré quelques serpents, ils étaient relégués bien loin dans l'intérieur; quant à la fièvre jaune, elle a disparu, ainsi que quelques autres maladies, terribles autrefois, alors que l'on en ignorait l'origine et par conséquent les moyens d'en triompher.

Si vous voulez faire des études sur la fièvre jaune, mes chers confrères, ce n'est pas au Brésil qu'il faut aller, car vous feriez, je vous l'affirme, un voyage bien inutile.

J'ai eu la curiosité de consulter la statistique relative aux maladies principales que l'on observe journellement dans la pratique médicale : fièvre typhoïde, rougeole, variole, scarlatine, tuberculose, diphtérie, etc., etc. Le résultat curieux est que Rio de Janeiro possède incontestablement le plus bas coefficient, comparé à celui des grandes villes citées plus haut.

Enfin, détail qui ne laisse pas que de rendre un tantinet rêveur, c'est qu'en 1906, il existait à Rio 178 personnes âgées de plus de 100 ans, ce qui représente un coefficient de 0,22 pour i.ooo, non encore observé nulle part !

M'est avis qu'il ferait peut-être bon d'aller vivre dans ce pays privilégié !

F1.0RE. — ly' article que M. Maury a consacré à ce sujet dans la Grande Encyclopédie est un exposé remarquable. A quoi bon chercher à faire mieux? A peine reste- t-il quelques rares lacunes que l'on pourrait combler.

Quand on a la bonne fortune, botaniste enthousiaste ayant étudié pendant de longues années la flore du vieux continent, de mettre le pied sur le sol américain, il faut avoir vécu dans le même milieu scientifique pour se faire une faible idée des jouivSsances qu'éprouve le naturaliste, alors que, la boîte au dos et la pioche en main, il peut récolter pour ses collections les merveilleux spécimens, véritables

joyaux qu'il n'avait pu jusqu'alors observer que cultivés en serre... comme de pauvres prisonniers condamnés à l'exil dans une prison sans jour et sans soleil !

Quelle joie lorsque, pour la première fois, on se trouve en présence de ces belles fougères arborescentes, au feuillage argenté, qui poussent librement sous le beau ciel azuré du Brésil et à l'ombre desquelles on peut rêver quelques instants !

^tC-;

ér^*tA

Dans la forêt vierge.

Saisi d'un saint respect, on ose à peine les froisser, craignant de flétrir leurs frondes si délicates, chefs-d'œuvre de ciselure et de grâce.

Il m'est souvent arrivé de plaindre le malheureux profane, étranger aux jouissances sans nombre que procure l'étude de l'histoire naturelle. Le naturaliste, quel que soit le point où le conduit sa course aventureuse, ne connaît jamais l'ennui. Tout ce qui l'entoure constitue une grande famille dont il parle la langue et avec laquelle il cause. Il rencontre des amis déjà connus..., d'autres et de non moins intéressants, avec lesquels il fait connaissance et là où le malheureux profane, cité plus haut, ne trouve sur sa route que le vide et la monotonie, lui, passe des moments inef-

fables, tout en s'instruisant, à faire l'inventaire des merveilles qui se pressent sur ses pas !

Je m'aperçois que je me suis laissé entraîner un peu sur le chemin de la rêverie, et j'en demande pardon au lecteur.

Qu'il prenne d'ailleurs la peine d'aller errer à son tour dans les merveilleuses forêts du Brésil et je serais bien étonné si, empoigné comme moi par le charme de cette nature vierge et d'une beauté exubérante, il ne devenait pas à son tour un fervent naturaliste î

Sur ce, je reviens à mon sujet.

(( La végétation du Brésil, dit M. Maury, présente deux caractères bien distincts, suivant qu'on se rapproche de l'Equateur ou du Tropique, régions influencées chacune par des climats différents. Dans l'une et l'autre, croissent des types qu'on a pu appeler américains, parce qu'ils sont nettement différenciés de ceux qui croissent dans les autres régions tropicales ou équatoriales du reste du globe. Ils donnent, malgré tout, une physionomie spéciale à la flore brésilienne. »

Nous étudierons les divers aspects dans deux zones différentes : le zone équatoriale et la zone centrale.

1^ Zone équatoriale. — Elle comprend les bassins de l'Amazone et de ses tributaires. C'est là que l'on peut contempler dans toute sa splendeur la flore tropicale, aussi riche par le nombre considérable des espèces qui la composent que par

Dans la forêt vierge.

la beauté des fleurs, la permanence du feuillage, la dimension de quelques types, l'étrangeté de certains autres.

Mais, dans toute la région amazonienne, on rencontre deux formations végétales caractéristiques dues à une circonstance physique, le séjour de l'eau sur le sol voisin des rivières pendant plusieurs mois de Tannée.

Partout où les pluies abondantes transforment en marécages les rives de l'Amazone et de ses affluents, croissent des types particuliers, formant des forêts vierges que, depuis longtemps les Indiens ont désignées sous le nom de Caâigapô ou Forêt immergée.

lyC caractère des plantes de cette région est une taille moyenne, un tronc d'une certaine hauteur et un feuillage extrêmement abondant, d'un vert sonibre.

Il faudrait un volume pour donner seulement un aperçu des innombrables •espèces végétales que l'on rencontre sur sa route, et qui constituent par leur groupement un inextricable fouillis, à travers lequel on ne peut pénétrer qu'en se frayant un semblant de route, la hache à la main.

Citons quelques t5rpes de famille : les Myrtacées sont ■abondantes. La plus commune est le Couroupita guianensis. Puis ce sont des Guttifères, Méliacées, Bombacées, de jolies Mimosées, des Cinchonées, des Annonacées.

Ces espèces relativement peu élevées sont dépassées par

Un coin de forêt vierge.

d'innombrables variétés de palmiers qui viennent former ert quelque sorte une voûte de feuillage, de l'effet le plus gracieux et le plus fantaisiste.

En se rapprochant du bord de l'eau, ce sont d'autres espèces, surtout des monocotylédones : Graminées, Aroïdées, Scitaminées, Cypéracées, formant des fourrés impénétrables. Les Musacées sont abondantes et leur feuillage clair tranchesur l'aspect plutôt foncé de l'ensemble.

Forêts du littoral.

C'est là également qu'une Graminée de 5 à 6 mètres de haut, l'Arundo saccharoîdes, constitue d'énormes touffes,, s'avançant plus ou moins loin dans l'eau courante, où il n'est pas rare de voir, dans toute sa splendeur, s'étaler à la surface le merveilleux Victoria regia, aux feuilles et aux fleursgigantesques.

Dans les parties plus élevées, en s'éloignant des cours d'eau, se montre alors une végétation différente. C'est la forêt viergeproprement dite, appelée Caâ-guaçu par les Indiens, la grande forêt. lyà, la forme générale du feuillage est presque toujours, celle des lyauracées et ces arbres peuvent atteindre des dimensions colossales. La coloration est presque uniformément d'un, vert sombre et d'innombrables lianes s'enchevêtrent autour

•des troncs et des branches, d'où elles retombent en festons, chargés de fleurs du plus brillant coloris. Sur le sol poussent •de nombreuses espèces de Fougères, d'Aroïdées, de Scitaminées, etc., etc.

On rencontre fréquemment le Phytelephas qui fournit l'ivoire végétal, le Bertholletia excelsa qui fournit la noix du Para; puis de magnifiques Carludovicia, des Anonacées, des

Sapotacées, Apocyna-

KI^'^^^^QSyÉHIHH c^QS, Bignoniacées.

|^jC|^B||^^^^^^^B Citons encore com-

me types abondants :

des Cactées, Pipé racées. Broméliacées.

C'est dans cette région qu'on rencontre le Hevea brasiliensis qui donne le caoutchouc, le Theohroma cacao, la Vanilla aromatica et d'admirables bois, propres à tous les usages.

Aucune description

n'est susceptible de

donner une idée de

la magnificence de ces régions vierges et de l'exubérance

•capricieuse de la végétation.

Non seulement le sol est envahi par toute une flore de fougères et de selaginelles aux feuilles plus gracieuses et plus ■découpées les unes que les autres, mais les arbres eux-mêmes qui les abritent ne peuvent résister à l'envahissement des parasites de toutes sortes qui, se greffant sur le tronc, les anfractuosités des branches, forment, en s'y développant, comme un second étage, où s'étale une flore peut-être plus luxuriante encore. C'est là que, mélangés dans le plus gracieux fouillis, se développent pêle-mêle les Broméliacées, les Orchidées aux grappes de fleurs multicolores et nombre de

Fougères arborescentes.

Fougères épiphytes, sans compter les lianes pendantes, aux fleurs généralement^éclatantes, qui viennent encore compliquer le décor.

2" Zone centrale, comprenant toute la partie du Brésil se rapprochant du tropique, qu'elle dépasse même un peu dans son extrémité méridionale.

Tout d'abord, il faut établir deux subdivisions : régions du littoral et régions de l'intérieur.

Dans le premier cas, sur le bord du rivage même, s'étend un immense rideau formé par les Palétuviers, venant plonger leurs racines jusque dans la mer, barrière inextricable formant une digue devant laquelle la marée vient se briser.

Au delà de ce premier cordon végétal s'étendent des forêts,

composées des mêmes essences que sous l'Equateur, mais dont les fleurs ont un coloris plus brillant et dont les types caractéristiques sont des Rutacées, des Mutisiacées et d'abondants palmiers de la tribu des Coccoïnées (Coccos, Atalea, Bactris).

Enfin, de nombreuses Fougères arborescentes qui donnent au pa3^sage un aspect du caractère le plus particulier. I^es genres les plus communs sont des Lomaria, Alsopliila, Cyathea, Trichopteris, etc. Les arbres sont généralement couverts de Lianes et d'Épiphytes : Orchidées, Broméliacées, Aroïdées, Cuscutées, Loranthacées. Puis, ce sont, le long des

Palmier Buritv

cours d'eau, d'énormes' touffes de Bambous, des Vochisiacées, Ochnacées, Gesnériacées, Dalbergiées, Césalpiniées, etc., etc. Dans le Sud tout à fait, la végétation change d'aspect et, dans les provinces de Sâo Paulo, Santa Catharina et Paranâ, s'étend la région des Pinheiraes ou sapinières, uniquement composées à! Araucaria hrasiliensis, la seule espèce de ce remarquable genre qui croisse au Brésil.

Au delà des diverses zones que nous venons de mentionner,

et en s'avançant toujours vers l'intérieur, on gravit des plateaux plus ou moins élevés, sur lesquels régnent dans la plus grande partie de leur surface une sécheresse et une aridité qui s'opposent à toute végétation luxuriante. Ce qui achève d'accentuer le contraste de cette végétation avec celle des régions équatoriale ou littorale, c'est, pendant la saison sèche, la perte des feuilles que subissent les espèces ligneuses.

Ces savanes, élevées de 600 à 1.500 mètres, sont appelées Campos, d'une façon générale, et sont plus ou moins dépourvues d'arbres. I^a végétation se compose surtout de Graminées (Panicées et Stipacées), de Restiacées (Eriaucolon) de taille élevée, de Broméliacées épineuses, de Cactées quelquefois de 5 à 7 mètres de haut.

Dans les Campos, se rencontrent des forêts vierges, Matta Virgem, dont l'aspect diffère essentiellement de celui des forêts du littoral par la chute des feuilles. Les indigènes les appellent Caâ-tinga (bois blancs ou clairsemés).

Sur les arbres qui les composent croissent de nombreuses épiphytes, constituées pour résister à la sécheresse. Broméliacées, Cactées et du sol s'élèvent des Cereus et des Opuntia. En de nombreux endroits, les forêts primitives ont été détruites par l'exploitation ou par le feu et sur leur empla-

ArauL.ui i JJrasilici

cernent repoussent des taillis appelés Câpueiras, corruption du mot indien Caâ-cicerâ, qui signifie bois qui a repoussé. Ces Câpueiras forment l'un des traits particuliers de la végétation arborescente des Campos.

D'après l'exposé succinct que nous venons de faire de la végétation du Brésil, on se rend compte facilement des ressources immenses que l'industrie peut y rencontrer. En cherchant à approfondir davantage, nous sortirions forcément du cadre que nous nous sommes imposé.

Faune. — I^a faune est non moins riche que la flore et il n'est possible ici que d'en donner un faible aperçu. Nous passerons en revue les différents ordres :

a) Mammifères. — I^es singes sont surtout nombreux dans la région amazonienne, ainsi que les Chauves-Souris dont plusieurs peuvent atteindre de grandes tailles.

Parmi les espèces carnivores, on trouve tout d'abord le Jaguar ou Onça (Felis onça), qui n'est pas beaucoup moins redoutable que le tigre, et dont la robe est semblable à celle des léopards de l'Ancien Continent. Puis, parmi ceux de moindre taille, le Puma (Felis concolor), l'Ocelot (Felis pardalis) et le Margay (Felis tigrina); enfin plusieurs formes de loups ou chiens sauvages.

1^' Amazone est habité par une espèce particulière de dauphins d'eau douce (Platanista amazonica) , et à son embouchure par un lamantin (Manatus australis). On trouve également d'assez nombreuses baleines, surtout au voisinage des côtes.

Les autres mammifères que l'on peut citer sont : le Tapir (Tapir us americanus), quelquefois de taille assez volumineuse, deux Pécaris (Dicotyles labiatus et torquatus) et quatre ou cinq espèces de cerfs.

Les Rongeurs sont nombreux : le Cabiai, les Pacas et les Agoutis, excellents gibiers; une espèce de lièvre propre à la région (Lepus hrasiliensis) et enfin quelques types appartenant aux Édentés : Paresseux, Fourmilier et Tatou.

h) Oiseaux. — Cette classe est remarquable par le nombre •des espèces et la variété des couleurs.

Bn première ligne, il faut signaler les Oiseaux-Mouches ou Beij a-Florès (Trochilidce) , qui présentent 59 genres et les Tangarasou Tanagras (Tanagridce), avec 26 genres. ly'oiseau chanteur par excellence, au Brésil, est le Sahia de la famille des Turdidés, voisin du Moqueur de l'Amérique du Nord, qui ressemble à nos grives.

Les Perroquets et notamment les Aras, les Cotingas, sont très communs.

lycs Hoccos (Cracidœ) et les Pénélopes font le parallèle de nos perdrix et de nos faisans.

c) Reptiles. — Ils sont nombreux, mais relégués dans les régions les plus sauvages.

Quelques-uns sont redoutables par leur grande taille ou leur venin. Tel est le Boa constrictor qui peut atteindre des dimensions considérables. Le Sucuru ou Boa Anaconda (Eunectes murinus) est plus grand encore. Il atteint quelquefois 6 mètres.

Le Serpent à sonnettes se rencontre dans les zones rocheuses. C'est un des plus dangereux.

Outre ces espèces principales, il existe une quantité d'autres variétés. L'une d'elles, le Serpent corail, présente des couleurs magnifiques.

Ajoutons encore de nombreux lézards ou Iguanes, souvent de grande taille, des Crocodiles qui ne sont pas rares dans les grands fleuves, des grenouilles énormes et des tortues aquatiques qui peuvent atteindre des proportions aussi considérables que certaines espèces marines.

d) Poissons. — Très variés comme genres et comme espèces, très abondants sur les côtes et dans les principaux cours d'eau. Il en est d'énormes comme le Pirarucu, qui peut dépasser 3 mètres de longueur.

e) Enfin, pour terminer, nous mentionnerons la classe des Insectes qui se fait remarquer tout particuHèrement par l'abondance des espèces, la variété des formes et la magnificence des couleurs.

Il est peu de pays où l'on puisse rencontrer des types aussi intéressants et en telle profusion.

lycs lyongicornes sont surtout remarquables par leurs variétés (489 genres propres) et leur grande taille (Titanus, Macrodontia, l'Arlequin ou Macropus longimanus, etc.). Viennent ensuite les Lucanidés et surtout les Cetoniidées, parmi lesquelles les genres Inca et Dynastes, remarquables par leurs formes robustes, les Buprestidœ, également de grande taille et parés de couleurs métalliques, les Elateridœ ou Taupins, dont une espèce, d'un pouce de long (Pyrophorus noctilucus), répand dans son vol nocturne ime lueur phosphorescente.

I^es papillons ne sont pas moins éclatants : tel est le Morpho aux ailes azurées et changeantes, un des plus grands papillons connus, et d'innombrables autres espèces, toutes plus belles et plus décoratives les unes que les autres.

Dans les autres familles, citons un hémiptère, le Fulgore porte-lanterne ou Getiranaboia, célèbre par la propriété lumineuse qu'il possède; les Termites (Termes devastans) de l'ordre des Névroptères qui vivent en société comme les fourmis et construisent des nids de forme conique qu'on prendrait dans la campagne, vu leurs dimensions, pour des habitations humaines. Dans certaines régions du Paranâ, d'immenses étendues sont couvertes de leurs habitations. Ces insectes sont très redoutés pour leurs ravages.

lycs Arachnides ne sont pas rares : au premier rang se placent la Mygale aviculaire et la Mygale versicolore. Certains Myriapodes peuvent atteindre des dimensions relativement gigantesques (Scolopendra platypoîdes, variegata, morsitans) et leur morsure est quelquefois dangereuse.

Enfin, dans la catégorie des Mollusques, on rencontre également un nombre considérable d'espèces et de variétés.

ANTHROPOI.OGIE. — MIVI. Zaborowsky et Rio Branco ont publié dans la Grande Encyclopédie un article très documenté que nous allons résumer brièvement.

C'est au Brésil peut-être que l'on a tout d'abord découvert des fossiles humains, alors que l'ancienneté de l'homme préhistorique était niée ou à peine soupçonnée.

lyUnd, en effet, en 1841, explorant la caverne de Sumidouro, dans la province de Minas Geraes, à trois lieues de Santa

Luzia, y reconnut les restes de trente individus, plus ou moins pétrifiés, recouverts d'une brèche très dure et parmi ces débris, seize crânes, dont cinq en bon état.

Ces ossements gisaient dans le plus grand désordre, mêlés aux restes de plusieurs animaux, les uns existant encore, d'autres éteints ou émigrés, ce qui exclut toute idée de sépulture.

Chose intéressante, il y avait des mâchoires qui n'étaient pas seulement dépourvues de toutes les dents, mais qui étaient tellement usées qu'elles ressemblaient à une plaque osseuse, épaisse seulement de quelques lignes.

Cela montre, peut-être, que l'homme fossile de Sumidouro portait déjà à la lèvre inférieure l'étrange ornement ou botoque .que portent encore aujourd'hui les Botocudos du Rio Doce. Sur des crânes modernes de ces mêmes Indiens, on a pu constater que, grâce à son action prolongée, il provoque la chute des dents antérieures de la mâchoire inférieure et comprime en même temps si fortement les os maxillaires que les alvéoles des dents ne tardent pas à disparaître.

Aujourd'hui, le même usage persiste encore dans certaines tribus. lycs Botocudos du Rio Doce et quelques Indiens du Xingù portent des rondelles de bois. D'autres tribus emploient des coquillages, des os, des arêtes de poissons et différentes pierres polies, de forme ronde et aplatie ou longues et cylindriques, metara, temheta (tembé, lèvre inférieure, ita, pierre). lyCS plus beaux tembetas étaient fabriqués en quartz hyalin, en albâtre, en néphrite, en béryl et en orthose verte. Ces pierres vertes, désignées par les voyageurs sous des noms très différents (émeraude, albâtre vert, jade, etc.) qui n'avaient pas été reconnues au Brésil, firent soupçonner que les Indiens, aux temps les plus reculés, entretenaient des relations lointaines avec le Mexique et peut-être même l'Asie; mais ce fait a été infirmé par la découverte dans la province de Minas de minéraux de même nature.

Lorsque les Portugais, au commencement du xvi^ siècle,

débarquèrent au Brésil, ils rencontrèrent les Tupys ou Gua-

ranys, race conquérante, qui occupait presque tout le littoral.

Un grand nombre de tribus ayant avec eux les plus grands

rapports étaient dispersées dans l'intérieur et la plupart étaient anthropophages.

Les Tupys parlaient tous, avec de petites différences, une langue qui, parce que très répandue, a été désignée sous le nom de langue générale des Brésiliens. C'était V Ahâneenga (langue des hommes), plus connue aujourd'hui sous le nom que les jésuites du Paraguay lui ont donné, de Guarany (Guarinyhara, guerrier) . Le tupy du Brésil était cette même langue avec de légères modifications. Aujourd'hui encore, malgré les transformations subies pendant quatre siècles de relations avec d'autres peuples barbares, avec les Espagnols et les Portugais, un indien brésilien de la race tupy peut s'entendre aisément avec un Guarany du Paraguay et du Corrientes.

Outre les Tupys, il y avait au xvi^ siècle et il y a encore, au Brésil, des régions occupées par des Indiens dont la langue diffère entièrement de l'abaneenga.

Martius, d'après la langue, les a ainsi groupés : les Tupys ou Guarany s, dont nous venons de parler; les Gés ou Crans du bassin des Tocantins et d'une grande partie du Maranhào et du Piauhy (Cayapos, Chavantes, Cherentes, etc.) ; les Crens ou Guerengs, du versant oriental de la chaîne des Aymorès, de la partie occidentale de Sào Paulo, des États du Paranâ et de Matto Grosso (Botocudos, Puris, C oroados, Malalis) ; les Goyatacazes qui, jadis, s'étendaient depuis le Parahyba do Sul jusqu'à la partie méridionale de Bahia et dont on trouve des représentants dans ce dernier État et dans celui de Rio, la plupart incorporés à la civilisation et dans l'État de Sào Paulo à l'état sauvage (Coropos,Machacalis,Patachos) , les Gucks ou Cocos, dans l'intérieur de Bahia, Pernambuco, Parahyba, Rio Grande du Nord et Cearâ et au N. du Rio Negro (Cairiris ou Kiriris, Sahujas, Manaos, Maxurunas); les Parecis dans le Matto Grosso (Parecis, Guachis, Apiacas). Enfin, les Arnacs qui habitent les régions voisines de la frontière N. du Brésil et les Guaycurus du Matto Grosso, plus répandus, sur la rive droite du Paraguay, hors des limites du territoire brésilien.

Au premier aspect, tous les Indiens du Brésil se ressemblent par leurs caractères physiques et leurs mœurs. La seule langue

est le tupy et c'est elle qui est parlée par la majorité de la race indigène indienne.

De toutes les peuplades du Brésil, en dehors des Indiens de la race tupy, la plus curieuse est celle des Botocudos ou Aymores. Habitant autrefois une grande partie des provinces de Minas-Geraes et d'Espirito Santo, ils ont été peu à peu refoulés dans l'intérieur, reculant devant l'envahissement des blancs et aujourd'hui c'est dans les forêts vierges, sur les rives du Rio Doce, du Jequitinhonha et du Mucury qu'il faut aller les chercher.

Tandis que la plupart des anciennes tribus ont été anéanties par suite de causes multiples de destruction : maladies, massacres, etc., ils ont pu résister et échapper, pour ainsi dire, à toutes les atteintes de la civilisation.

lycur nom de Botocudo vient de l'habitude qu'ont ces sauvages de porter des rondelles de bois, implantées dans les oreilles et la lèvre inférieure. Ces rondelles, faites du bois très léger du fromager (Bomhax ventricosa), peuvent atteindre jusqu'à 6 centimètres de diamètre et amènent de telles dilatations des régions où elles sont implantées que la lèvre est projetée en avant en forme de plate-forme et que les lobes des oreilles descendent quelquefois jusqu'aux épaules. Ils présentent un aspect repoussant et ne semblent susceptibles d'auctine éducation. Ils sont incapables de se soumettre à un travail régulier. Ils vivent réunis en tribus de 50 à 60 membres, sous des huttes de branchages, au plus épais des forêts, chassant et péchant, et incapables de se livrer à la moindre culture. C'est à peine s'ils font cuire leurs aliments, lycs iiaturalistes qui ont pu les observer chez eux s'accordent à les considérer comme occupant un des derniers degrés de l'échelle humaine.

Ils sont extrêmement sauvages, féroces au besoin, et de temps en temps se risquent à faire des incursions sur les territoires occupés par les blancs pour piller et incendier les exploitations.

Quelques rares individus, dressés par des missionnaires, consentent quelquefois à séjourner dans les fermes où on les emploie, tant bien que mal, aux travaux les plus grossiers et

les plus élémentaires; mais, généralement, ils n'y font pas de longs séjours et disparaissent pour regagner leurs forêts où ils préfèrent errer en toute liberté.

En somme, ce sont de malheureux sauvages destinés à disparaître, comme tant d'autres de leurs congénères, à mesure que la pénétration des voies ferrées s'accentuera de plus en plus dans l'immense continent brésilien.

On n'est pas d'accord sur le nombre d'Indiens vivant encore en liberté et échappant à toute trace de contrôle. On en estimait le nombre à 600.000, il y a quelques années; mais aujourd'hui, d'après M. Netto, il ne dépasserait pas 200.000.

Nous reviendrons plus loin sur quantité de points très importants que nous n'avons fait qu'effleurer, pour ainsi dire, dans l'exposé général que nous venons de tracer.

C'est ainsi que, dans nos courses soit vers le Sud, soit vers le Nord, nous étudierons en détail les grandes questions économiques et commerciales liées à l'exploitation du café, du maté, du tabac, du coton, de la^canne à sucre, etc.

lycs questions minières, quijnous ont surtout intéressé, seront l'objet d'un long chapitre.

Malheureusement, le cadre restreint de ce volume ne nous permettra pas d'accorder à chacun de ces sujets l'extension qui lui serait due. Nous tâcherons, cependant, de donner une idée suffisante des ressources naturelles réellement inépuisables que recèle en son sein le sol brésilien. On verra alors, nous n'en doutons pas, comment, avec l'intelligence, la hardiesse et des capitaux suffisants, un homme sérieux et persévérant trouverait facilement à se créer une place brillante dans ce pays vierge qui a déjà donné naissance à de nombreuses et grandes industries, et auquel l'avenir réserve de grandes surprises.

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