CHAPITRE VI
Principaux monuments de Rio. — Musée national. — Ses magnifiques collections. — La météorite de Bendego. — L'École polytechnique. — Le Collège militaire. — La Faculté de médecine. — La Monnaie. — La Bibliothèque nationale.
Nous venons de donner un aperçu général de la topographie de la ville. Nous allons en signaler les principaux monuments. Ensuite, nous décrirons les promenades que l'on peut faire aux environs, très facilement et dans un assez grand périmètre.
De même que dans toutes les grandes capitales, on rencontre à Rio des monuments que l'on pourrait qualifier « d'utilité générale » : ministères, postes, télégraphes, arsenaux, casernes, gares. Hôtel des monnaies. Imprimerie nationale, etc.
Mais il en est d'autres qui, par leur importance et leur but spécial, sont particulièrement dignes d'attirer l'attention.
En première ligne, nous citerons le Musée national situé au nord de la ville, au milieu d'un grand parc.
Il occupe un vaste édifice où sont représentées toutes les branches de l'histoire naturelle.
Le meilleur moyen de transport est le tramway de S. Christovâo, qui, après avoir traversé la ligne du chemin de fer central du Brésil, coupe dans la rue S. Christovào, quelques minutes plus loin, la rue Pedro Ivo, à gauche, à l'extrémité de laquelle se trouve la porte principale du musée.
Tout d'abord, en entrant, au centre du vestibule, se dresse, supporté par un piédestal de granit, un des plus beaux échantillons de fer météorique que l'on connaisse et l'un des plus gros, car il ne pèse pas moins de 5.360 kilogrammes.
Son histoire mérite d'être racontée. Nous empruntons les détails qui vont suivre à un remarquable article de M. Sta-
nislas Meunier, Professeur de géologie au Muséum d'histoire naturelle de Paris (i).
« Bn 1784, Joaquim da Motta Botelho annonça au Gouverneur général de Bahia la présence sur une colline, proche du ruisseau de Bendego, d'une pierre colossale renfermant, à son sentiment, de l'or et de l'argent. Iv'année suivante, alléché par l'appât, d'ailleurs illusoire, de ces métaux précieux, Bernard Carvalho da Cunha, de son état capitaine d'état-major d'Ita-
Météorite de Bendego.
picuru, résolut de transporter le prétendu minerai jusqu'à Aracaju qui est le port de mer le plus voisin. Il fit construire un énorme char en bois que des bœufs devaient traîner et, ne reculant devant aucune dépense, il établit une chaussée empierrée pour la traversée du ruisseau. Après des difficultés innombrables victorieusement surmontées, la masse minérale de 5.360 kilogrammes mesurant 7 pieds de longueur sur 4 de largeur et 2 d'épaisseur, se mit en marche à la remorque de 12 paires de bœufs et tout alla bien pendant... 180 mètres. Mais, à la descente d'une colline, le chariot accéléra sa course.
i) Journal La Nature n'' 838 — Jviin 89.
les essieux prirent feu et le véhicule alla s'échouer dans le Bendego.
« Il n'en fut plus question jusqu'en 1810.
« Mais Joaquim da Motta Botelho, le premier initiateur, n'avait pas abandonné ses projets et il conduisit lui-même Mornay au lieu pitoyable du naufrage, quand ce voyageur passa à Bahia, avec la mission officielle d'étudier les sources minérales de l'intérieur de la province. lycs eaux du Bendego baignaient toujours le bloc inébranlablement assis sur les
Transport de la météorite de Bendego, à travers les forêts du Brésil, à la traversée du Rio Jacuricy.
débris du chariot. Mornay se contenta de prélever quelques fragments qui lui démontrèrent que le prétendu minerai d'or était un fer météorique. Il faut dire, à l'honneur des Brésiliens, que la qualité perdue de minerai d'or ne fit pas baisser dans leur estima la pierre de Bendego ; dès 1816, le brigadier Felisberto Caldeira se livra à de nouvelles tentatives pour retirer la météorite du bourbier qui l'avait saisie.
« On avait à peu près oublié tous ces incidents, lorsque, en 1883, le professeur Orville-A. Derby, directeur de la section de géologie du Musée national de Rio de Janeiro, ouvrit une enquête qui précisa les conditions du gisement de la masse métallique. A sa suite, le directeur du Musée, M. le
conseiller Ladislas Netto, fit envoyer en expédition un jeune ingénieur, M. Vicente de Calvalho fils, dont le rapport fut lu en juin 1887 à la Société de géographie de Rio de Janeiro. C'est ce jour-là que la résolution fut prise d'amener, coûte que coûte, le précieux minéral jusque dans la capitale du Brésil et il est honorable d'ajouter que c'est un simple particulier, M. le baron de Guahy, député de la province de Bahia, qui voulut prendre à sa charge tous les frais du transport, évalués à une cinquantaine de mille francs; l'État fournit le matériel et le concours des moyens dont il disposait, ce qui représentait une somme à peu près égale.
« Grâce à ces ressources, toutes les difficultés cédèrent : le 25 novembre 1887, la météorite était installée sur un char, traîné tantôt par des bœufs, tantôt par des hommes, et, le 14 mai 1888, elle arrivait à Jacuricy, station du chemin de fer de Bahia à San Francisco, ayant franchi 113 kilomètres à travers un pays des plus difficiles. Il fallut ouvrir un sentier de 5 mètres de large sur 68 kilomètres ; élargir à la dimension convenable 38 kilomètres de chemins; en débarrasser plus de 6 kilomètres des racines d'arbres qui les rendaient impraticables et en améliorer autrement 19 kilomètres. Il fallut, en diverses localités, remuer près de 2,000 mètres cubes de terre.
« lyC voyage, qui prit cent vingt-six jours, comprenait plusieurs montées ou descentes, des passages de rivières, de grandes lagunes, de vastes plaines de sable, des sols rocheux, des terres noyées. Aussi les incidents ne manquèrent-ils pas : versements du véhicule, rupture d'essieux, etc., etc.
« Le 15 mai, la masse fut placée sur un wagon qui la déposa le 22 à Bahia, d'où elle passa par mer à Rio de Janeiro. »
Ajoutons que cette météorite est considérée comme un palladium pour la ville de Rio, et que sa réputation est devenue maintenant universelle.
Bile représente une sorte de gloire nationale; quand on en parle, on la désigne familièrement : « C'est le Bendego ! » Cela suffit.
Muni d'une lettre d'introduction auprès du savant directeur actuel du Musée, M. le docteur de Lacerda, je fus reçu
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de la façon la plus aimable et la plus empressée. Il me fit les honneurs de son bel établissement et, sous la conduite de deux de ses collaborateurs dévoués, ^IM. Hildebrando Teixeira Mendes et Hermillo Bourguy Macedo de Mendonça, qui consacrent tout leur temps et une science des plus étendues à leurs délicates fonctions, je pus apprécier l'importance des trésors confiés à leurs soins vigilants.
En souvenir de ma visite et connaissant ma passion pour la science minéralogique, M. de I^acerda ne voulut pas me laisser partir sans m'ofïrir pour ma collection un superbe échantillon de la météorite de Bendego.
S'il vient à Paris quelque jour, il pourra le voir à la place d'honneur à côté d'une autre météorite brésilienne non moins curieuse dont je parlerai plus loin.
Le Musée national renferme les collections les plus variées et je n'ai malheureusement pas pu disposer du temps nécessaire pour en faire un examen approfondi, malgré plusieurs visites, que rendaient trop courtes les savantes causeries de M. de Lacerda et de ses deux érudits collaborateurs.
Les collections sont au premier étage. A droite et à gauche s'étendent de vastes salles consacrées à la géologie et à la minéralogie.
Tous les terrains sont représentés d'une façon générale avec leurs roches caractéristiques et des séries particulières représentent les espèces propres à chacun des États de la République, ce qui permet de suite de se rendre compte de la richesse de telle ou telle région.
Quant aux minéraux proprement dits, ils occupent une salle entière et sont très bien classés. Toutes les espèces figurent nominalement, mais, dans un pays aussi riche que le Brésil, je m'attendais à trouver des échantillons plus décoratifs. Il n'existe pas de types d'élite.
On aimerait y admirer certaines pièces de choix, comme nous en possédons à Paris dans nos collections; mais, de même qu'en France, il paraît que le budget affecté à ces établissements scientifiques si intéressants et si utiles à tous les points de vue, est tellement minime qu'il est impossible d'acheter les belles trouvailles que l'on propose journelle-
ment et qui finissent toujours par partir à l'étranger, où elles trouvent facilement des acquéreurs.
Citons cependant quelques jolies séries sur les minerais aurifères, les gisements de topazes et d'euclases et les tourmalines. - Enfin mentionnons une collection de météorites, représentées par 30 ou 35 espèces, et une autre série des minéraux argentifères de Freyberg, où j'ai noté quelques beaux et intéressants échantillons.
En résumé, cette partie du Musée n'est pas à la hauteur des autres branches d'histoire naturelle dont nous allons dire quelques mots, et qui sont magnifiquement représentées.
En suivant les- salles qui se développent sur une vaste étendue, voici d'abord les Mammifères, où l'on peut étudier toute la variété des singes, dont les espèces sont si nombreuses sur le sol américain, en commençant par l'orang-outang (Pithecus satyrus) pour descendre jusqu'aux espèces les plus petites.
Puis les Tardi grades, les Chéiroptères, les Carnivores. Dans cette classe figurent tous les grands fauves, assez abondants dans les forêts vierges, tels que : le jaguar (F élis onça), le coati (Procyon carnivorus), le puma (F élis puma), lemaracajâ (Felis pardalis) et le gato do mato (F élis tigrina), ces deux derniers assez communs sur toute l'étendue du territoire.
Les Insectivores, les Amphibies, les Pachydermes dont l'espèce la plus commune est le tapir (Tapir us americanus), les Marsupiaux, les Cétacés, etc., etc.
Toutes ces classes sont représentées largement et par de beaux types, parfaitement naturalisés.
Ajoutons qu'il existe actuellement à Rio de véritables artistes dans ce genre d'industrie. Les animaux sont montés avec intelligence et généralement dans l'allure qui leur est familière.
Poursuivant notre route, nous arrivons à la classe des
Oiseaux. L'œil est iravi en contemplant dans les vitrines des
milliers de ces petits animaux, qui semblent encore vivants,
tant leurs couleurs sont vives et tant ils sont bien conservés.
Il faudrait, de mêm.e que pour les autres classes, un volume
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spécial pour donner une faible idée de ces riches collections,
Il est impossible, cependant, de ne pas signaler la série des Oiseaux-Mouches, dont l'ensemble est merveilleux. C'est par milliers que les types sont représentés.
Citons enfin les Reptiles, collection très complète, quelques-uns naturalisés, la plupart conservés dans de jolis bocaux, avec leurs couleurs naturelles.
Le Musée possède des exemplaires uniques. On peut voir un python qui, si je me souviens bien, n'a pas moins de 15 mètres de longueur sur près d'un mètre de diamètre. En contemplant un pareil monstre, on ne peut se défendre d'un sentiment d'effroi. Il provient, je crois, des forêts vierges du Matto Grosso, où heureusement il est assez rare.
Les individus de 4 ou 5 mètres se rencontrent assez couramment.
Quant aux espèces venimeuses proprement dites, elles figurent avec toutes leurs variétés.
Elles appartiennent presque toutes à la famille des Crotalidés (groupe des Solénoglyphes).
Dans les Protéroglyphes, il faut noter le genre Èlaps et en particulier VË. corallinus (serpent corail).
Dans les Crotalidés se trouvent deux genres : Lachesis et Crotalus.
Les espèces du genre Lachesis sont: L. mutus : vulg. surucûcû. C'est l'espèce venimeuse qui atteint les plus grandes dimensions; L. lanceolatus , Bothrops jararaca: vulg. jararaca, la plus commune au Brésil et celle qui cause le plus d'accidents; L. alternatus, vulg. urutu, cruzeiro ou coatiara, assez dangereux par la grande quantité de venin dont l'animal dispose; L. Jararacuçu, vulg. surucûcû tapete, qui peut atteindre de grandes dimensions et deux ou trois autres variétés moins communes.
Le genre Crotalus ne présente qu'une espèce : Crotalus horridus, vulg. cascavel ou serpent à sonnettes. Sa queue se termine par un appendice de plaques imbriquées qui s'entrechoquent comme des castagnettes quand l'animal est en colère. C'est l'espèce la plus dangereuse.
Nous reviendrons plus loin sur la question des serpents et
montrerons qu'ils ne constituent pas, en réalité, au Brésil, de danger plus grand que, chez nous, les vipères et autres espèces voisines.
Ils sont canlonnés dans des zones où l'on ne se rend jamais, à moins d'avoir le désir de les chasser et je connais bien des personnes, ayant habité longtemps ce beau pays, qui n'en ont jamais rencontré un seul sur leur route.
Si j'en ai vu ou tué une douzaine en quelques mois, c'est que, comme naturaliste et surtout comme botaniste, je pénétrais quelquefois dans les fourrés les plus inextricables.
Je dois ajouter que, loin d'attaquer, comme on le prétend, ils s'éclipsaient le plus vite possible, et plusieurs fois leur présence n'était signalée que par le bruit de leur fuite à travers les broussailles.
Les Poissons, très abondants et très variés au Brésil, constituent une jolie section. Rien n'est curieux comme de suivre dans la série des familles toutes les métamorphoses de formes que présentent ces êtres encore si mystérieux et si incomplètement connus.
Enfin, pour terminer l'inventaire des richesses zoologiques du Musée, nous signalerons la collection des Insectes, aussi prestigieuse que celle des oiseaux, dont nous parlions plus haut.
Dans d'innombrables cadres vitrés s'étalent d'admirables papillons aux ailes diaprées de toutes les teintes du spectre, dont les formes bizarres et capricieuses à l'infini échappent à toute description, et quand on a passé en revue ces merveilles de la création, le spectacle recommence de nouveau, quelques pas plus loin, plus captivant peut-être, en présence de ces milliers de Coléoptères, dont les teintes sont non moins vives et dont les formes revêtent quelquefois les aspects les plus fantastiques.
Mais le Musée national possède encore d'autres trésors; je veux parler de ses collections d'Ethnographie et d'Anthropologie.
Je ne crois pas qu'il existe nulle part une série aussi complète et aussi savamment classée.
On y peut suivre tous les développements de l'industrie
humaine depuis les âges préhistoriques jusqu'à nos jours, et admirer, en nombreux échantillons, merveilleux de conservation, tous les objets caractérisant la vie des peuples aux diverses périodes de leur évolution.
En ce qui concerne le Brésil, toutes les anciennes tribus, dont quantité d'entre elles ont disparu, revivent dans ce Musée par les innombrables objets, témoins de leur existence : armes, étoffes, costumes, bijoux, poteries, etc., etc.
Les poteries en particulier représentent un ensemble unique. On sait l'importance qu'elles possèdent, comme documents, pour reconstituer l'histoire des anciennes civilisations. En les passant en revue, on est immédiatement tenté de les rapprocher des types grecs de Mycènes et de Tyrinthe. On y retrouve les mêmes motifs d'ornementation, avec les mêmes lignes tracées à la surface. Pourquoi ces ressemblances ? On ne peut les attribuer au hasard. Il ne reste alors qu'à se demander si, en remontant de quinze ou vingt mille ans dans le passé, il n'existait pas, entre l'Amérique et l'Europe actuelle, un vaste continent, expliquant ainsi la migration de peuples qui, à ces époques éloignées, seraient venus en Grèce et en Egypte, apportant avec eux leur civilisation spéciale, leurs arts et leur industrie.
Nous ne pousserons pas plus loin nos réflexions sur un sujet aussi brûlant et n'oublierons pas les savantes causeries échangées sur ce thème toujours captivant, en compagnie des aimables conservateurs du Musée.
Parmi les nombreux établissements scientifiques, dignes d'attirer l'attention, nous signalerons l'Ecole Polytechnique, qui m'a semblé créée dans le même but que notre École française et dont l'enseignement est entre les mains d'une pléiade de professeurs et de savants de premier ordre.
Grâce à la bienveillance de son éminent directeur, le docteur Ortiz ^lonteiro, j'ai pu visiter tous les services et me rendre compte de l'importance de ce centre intellectuel, destiné à former la jeune génération en vue des professions libérales les plus élevées. C'est de son sein que sont sortis la plupart des ingénieurs qui ont produit ces œuvres d'art magnifiques, qu'on
ne se lasse d'admirer, quand on parcourt les réseaux de chemins de fer de Sâo Paulo à vSantos ou ceux du Paranâ.
Comme moyens d'étude, elle dispose de tous les éléments les plus modernes : de vastes laboratoires de chimie et de physique sont à la disposition des élèves, avec de riches collections intéressant toutes les branches scientifiques.
Comme naturaliste, j'ai surtout beaucoup admiré la collection de minéralogie qui renferme de magnifiques spécimens : topazes, diamants, tourmalines de toutes les variétés et notamment un cristal de couleur rose clair, de 7 à 8 centimètres de longueur et de toute beauté. C'est le plus remarquable échantillon de ce genre que j'aie rencontré au Brésil.
En France, notre enseignement conserve toujours un cachet trop ofiiciel. Les professeurs font leurs cours, très consciencieusement, je le reconnais, mais n'entretiennent généralement, en dehors des leçons, aucune relation avec leurs auditeurs.
Il en est tout autrement au Brésil. Il existe entre élèves et professeurs une sorte d'intimité respectueuse qui ne tarde pas à se transformer en un véritable attachement et c'est plaisir de voir, après les leçons, les professeurs, très entourés, compléter en quelque sorte leur enseignement par d'intéressantes causeries.
Le Collège militaire est un autre établissement dont les rouages sont également fort intéressants à étudier et qui poursuit un but analogue à nos grands lycées parisiens.
En principe, il est destiné à donner l'instruction aux orphelins des ofiiciers de terre et de mer.
On les prend très jeunes, comme nos enfants de troupe, et on les amène successivement, en six ou sept années d'étude, à posséder une éducation qui leur permet alors d'orienter leur carrière, vers les Écoles militaires supérieures, vers la marine ou même vers les professions libérales : droit, médecine, beaux-arts.
Outre cette catégorie d'élèves, on compte des bénévoles, externes et internes, qui peuvent être admis, sous certaines conditions.
L'enseignement est très varié et très étendu : les exercices physiques tiennent une place importante : gymnastique, escrime, natation, équitation.
Le programme, tel que je l'ai sous les yeux, embrasse les connaissances les plus variées : Langue maternelle, arithmétique, géométrie, algèbre, géographie, histoire universelle, dessin, musique, histoire naturelle, et trois langues étrangères : anglais, français et allemand.
J'ai pu, guidé par un des maîtres les plus expérimentés du Collège, M. le docteur de Mello, parcourir les salles, pendant les leçons, et les élèves, très bien disciplinés, me parurent très attentifs.
J'ai assisté également aux exercices de gymnastique. Les équipes, très entraînées, manœuvraient avec un ensemble parfait et les mines roses de tous ces enfants ou jeunes gens témoignaient en faveur de l'état sanitaire de l'établissement.
On peut réellement le citer comme modèle du genre : l'air et la lumière y circulent à profusion et tous les perfectionnements les plus raffinés de l'h^-giène moderne apparaissent à chaque pas.
J'aurai tout dit en ajoutant qu'il existe de nombreuses collections et de beaux laboratoires de chimie et de physique pour compléter l'enseignement si complet dont nous venons de parler.
M. le docteur de Mello professe, je crois, particulièrement les mathématiques; mais j'ai pu apprécier l'étendue de ses connaissances dans les autres branches, physique, chimie et histoire naturelle. Excessivement instruit et documenté, je n'oublierai jamais les instants charmants et trop courts passés en sa compagnie.
Minéralogiste passionné et collectionneur lui-même, il n'en fallait pas plus pour créer entre nous des liens mutuels de vive sympathie.
C'est ainsi que j'ai pu admirer sa belle collection, où il a su réunir toutes les espèces minéralogiques rencontrées sur le sol brésilien.
Il possède des séries magnifiques et ses cristaux de quartz constituent un ensemble scientifique du plus haut intérêt.
La place me manque pour passer en revue tous les établissements, plus intéressants les uns que les autres, que l'on rencontre à Rio ainsi que dans toutes les grandes villes du monde.
Comme médecin, je ne puis pourtant pas ne pas signaler la Faculté de médecine, école de premier ordre, dirigée par le docteur Luiz da Cunha Feijô Junior, un des maîtres les plus renommés du Brésil.
Je ne surprendrai personne en ajoutant que la Faculté de Rio marche actuellement de pair avec les plus célèbres écoles du vieux monde.
La mission dont j'étais chargé au Brésil, ayant trait surtout aux recherches botaniques et minéralogiques, je n'ai pu, et je le regrette, visiter ce bel établissement; j'aurais aimé à faire la connaissance des maîtres éminents qui le dirigent et qui en font la gloire.
Mon plaisir eût été d'autant plus vif que, depuis trente ans que je professe à Paris des cours d'histologie et de technique microscopique, j'aurais certainement rencontré quelques-uns des nombreux élèves qui ont fréquenté mon laboratoire et aux succès desquels j'aurais été fier d'applaudir de tout mon cœur.
Je réparerai cette lacune dans un autre voyage.
Citons enfin, pour mémoire : la Monnaie, avec une jolie collection numismatique; l'Observatoire, qui est de premier ordre; la Bibliothèque nationale, riche de 240,000 volumes et plus de 100,000 estampes, et qui possède aussi une riche collection de médailles et de monnaies.
On peut y admirer deux pièces uniques : la Bible latine en parchemin de Furst et Schœffer de Mayence, imprimée en 1469, et la première édition des Lusiades, de Camoëns, imprimée en 1579.