CHAPITRE VIII
Excursion à Sào Paulo. — I^es chemins de fer. — Les buffets sur la route. — Généralités et détails géographiques. — La ville de Sào Paulo. — Ses monuments. — Santos et ses merveilleux travaux d'art. — La ville. — Le port. — Environs de Santos.
5 AOUT. — Je vais prendre congé de Son Excellence le Ministre de l'Industrie; il a la bonté de me remettre deux, lettres d'introduction, l'une pour le président de l'État de Minas et l'autre pour le docteur Costa Sena, directeur de l'École des mines d'Ouro-Preto, qui, me dit-il, est prévenu de mon arrivée et m'attend déjà.
Je le remercie encore de son extrême bienveillance et, avant de quitter le ministère, je fais également visite à son frère, qui remplit les importantes fonctions de chef de cabinet et qui m'avait reçu avec une amabilité et une cordialité que je n'ai pas oubliées.
Il devait plus tard, à mon retour à Rio, me rendre encore de nombreux services. Je lui garde une réelle reconnaissance.
6 AOUT. — Départ pour Sào Paulo.
Quelques mots d'abord sur les chemins de fer au Brésil.
Il n'existe pas de guide imprimé où l'on puisse, comme chez nous, consulter l'horaire et trouver les renseignements indispensables pour se mettre en route. De plus, les heures de départ changent fréquemment, paraît-il.
lyC seul moyen, pour se documenter, est de passer à la gare. Ce que je fis... mais j'en revins, après de nombreux pas et démarches, aussi peu fixé qu'auparavant. On ne trouve personne à qui s'adresser. I^es guichets sont fermés et si l'on interroge par hasard quelque employé subalterne, on reçoit des réponses différentes et par conséquent sans valeur.
Heureusement que j'avais à ma disposition M. Bozier l'excellent directeur de l'hôtel Bellevue, qui voulut bien, avec sa complaisance inépuisable, se charger de m'accompagner au départ, pour aplanir au besoin les difficultés.
Il y a tout d'abord la question des bagages. lycur transport est d'un prix fort élevé; il double presque celui du voyage et quelquefois, paraît-il, les colis n'arrivent pas toujours très bien à destinaton. Je ne saurais rien affirmer à ce sujet et n'insiste pas.
Ce qui est certain, c'est qu'il faut ne prendre avec soi que le strict nécessaire, une petite valise, et rien de plus. C'est ainsi d'ailleurs que tout le monde voyage.
Dans le wagon, on installe son bagage comme on peut, sous les banquettes, s'il n'est pas trop gros. Autrement, on le laisse au milieu du chemin.
Au bout de peu de temps, les colis s'amoncellent, et on doit, pour sortir, accomplir de véritables prodiges d'acrobatie.
Il n'existe que deux classes : la première seule est acceptable et encore ne vaut-elle pas mieux que nos troisièmes. Quant à l'autre, elle est occupée par une catégorie de voyageurs qui donne généralement envie de se gratter, rien qu'en les regardant, bonnes gens d'ailleurs, je n'en doute pas ; mais qu'il est peut-être prudent de ne pas trop frôler.
Ayant donc laissé à Rio le gros de mes bagages, je me résignai à partir avec une simple valise, celle que sur nos chemins de fer nous glissons dans le filet au-dessus de la tête.
Dans ceux du Brésil, la chose ne peut se faire. I^a place est trop exiguë et il n'est possible d'y déposer que de tout petits colis
7 heures du matin. — On ferme les portières, je serre la main de quelques amis qui sont venus me dire adieu à la gare et en route pour Sâo-Paulo.
Nous traversons les faubourgs de la ville et la banlieue de Rio, où la culture maraîchère me semble bien comprise.
— l'Jl —
Jusqu'à Bclem, le paysage est assez ordinaire; mais, à partir de cette station, on commence à retrouver le pittoresque et l'imprévu. Les collines, couvertes de forêts, dominent la voie à droite et à gauche, étalant aux yeux du voyageur tout le luxe d'une végétation tropicale.
On traverse des vallons verdoyants, émaillés de mille fleurs variées et, de temps en temps, enfouies sous les bananiers, on aperçoit de jolies fermes, d'où sortent des nuées de bambins qui accourent curieusement pour voir passer le train.
8 heures 1/2. — Oriente. — Le pays devient montagneux; les tunnels se succèdent.
Le paysage ressemble beaucoup à certaines régions de la Sicile. Partout des mamelons boisés, chevauchant les uns sur les autres.
Le long de la voie s'épanouit une luxuriante végétation où s'entremêlent d'innombrables espèces; mais où, cependant, dominent les fougères arborescentes, dont les frondes d'une fraîcheur matinale sont encore couvertes de perles de rosée.
De temps en temps, apparaissent des touffes énormes de Daturas arborescents et les bractées rouge vermillon d'un arbuste assez commun, d'ailleurs, dans toute la région. De loin, on croirait voir des fleurs de la dimension d'un rond de chapeau.
Pour achever de donner au pa^'sage son aspect vraiment exotique, de nombreux Erythrina dominent les broussailles qui constituent le fond de la végétation, et au-dessus desquelles elles forment d'immenses bouquets rouges comme le corail.
Ces arbres, dont les feuilles ne poussent que plus tard, sont absolument merveilleux. Ils appartiennent à la famille des Papilionacées et sont assez répandus.
9 heures 1/2. — Voici Barra do Pirahy, joli paysage. La voie longe une rivière aux eaux limpides, un rio comme on l'appelle, aux rives ombragées. Les arbres qui la bordent viennent jusque dans l'eau. Je note parmi eux une espèce excessivement décorative, dont les feuilles d'un vert assez foncé sont argentées à leur face inférieure. Le soleil leur donne un éclat métallique.
Partout, dans les endroits habités, des champs d'orangers chargés de milliers de fruits d'or.
II heures. — Rezende. — ly'appétit commence à se faire sentir et c'est le moment d'aller aux provisions.
Il y a bien un buffet où, à la rigueur, on pourrait déjeuner; non seulement il ne brille pas par la qualité de la cuisine, mais encore il est fort cher. D'ailleurs je trouve, en voyage,
REZENDE. — lyC long du fleuve,
infiniment plus agréable de faire quelques provisions et de déjeuner tranquillement tout en voyant le paysage défiler sous les yeux.
On trouve à acheter du jambon; des viandes froides, qu'on peut généralement traiter de pièces de résistance, vu leur dureté habituelle; de la volaille rôtie, encore plus coriace; puis des œufs durs ; et des espèces de petits pâtés contenant quelque chose qu'il serait peut-être imprudent d'analyser de trop près, mais qui, en somme, ne sont pas désagréables au goût et ne sont pas toxiques.
En dehors des barrières, des nègres vendent des fruits délicieux : oranges, bananes et une sorte de cerise propre au pays.
Si j'ajoute que le pain est excellent, on conviendra qu'on peut facilement, dans ces conditions, avec un peu de philo-
Sophie et beaucoup d'appétit, trouver tous les éléments d'un plantureux déjeuner.
Passé Rezende, le train longe la chaîne de la Mantiqueira, avec de hautes montagnes s'étendant à droite et à gauche.
Des ravins, à côté des arbres à fleurs corail, dont j'ai parlé tout à l'heure, surgissent d'autres arbres d'aspect