‹ A travers le Brésil au pays de l'or et de diamantsChapitre 19 sur 50 · REZENDE · texte numérisé non relu

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identique, sans feuilles également, mais à fleurs jaunes comme nos faux ébéniers.

Le mélange de ces deux couleurs, tranchant sur la teinte verte des fougères qui s'élèvent jusqu'à la cime, donne au paysage un grand cachet d'exotisme.

Nous continuons à nous élever. La végétation devient moins active. De grandes dunes, couvertes d'une Composée arborescente à fleurs blanches, ayant un peu le port de l'Bupatoire, avec de larges feuilles cordées, se succèdent sans interruption.

I heure. — Cachoeira. — Nous atteignons les cimes. La terre est rouge, c'est la couleur dominante au Brésil. Qui sait si la planète Mars n'est pas constituée par un sol analogue, ce qui expliquerait sa teinte rougeâtre?

A partir de ce moment et jusqu'à ce soir, le train circulera au milieu de nuages d'une poussière si épaisse, que l'on est obligé, toutes les fenêtres fermées, de se boucher les yeux et le nez avec son mouchoir (textuel). Ce sont des trombes, comme dans le désert africain. Malgré toutes les précautions, cette poussière pénètre partout : les objets sont couverts d'une poudre impalpable et, pour donner une idée du fléau, un journal étendu sur une banquette ne laisse plus, au

CACIIOEIRA. — En allant à Sâo Paulo.

bout d'un quart d'heure, reconn^tre la moindre trace d'impression.

Cette partie du voyage manque de charme et on aspire à quitter ces hauts plateaux, toujours balayés par les mêmes vents.

5 heures. — Tauhaté. — Nous redescendons. La végétation renaît et la poussière a disparu.

Partout surgissent de beaux groupes de bananiers. D'admirables touffes de bambous de 5 ou 6 mètres de hauteur forment des murailles verdoyantes et constituent des clôtures impénétrables.

Enfin, une liane chargée de grandes fleurs couleur orange rampe sur les talus, laissant pendre de ses capricieux festons, tellementj^ touffus qu'ils arrivent quelquefois à masquer complètement la couleur rouge du sol. L'aspect est le même

que celui de notre Jasmin de Virginie, aux longues corolles tubulées .

Pendant des kilomètres, elle forme comme un manteau fleuri qui cache l'aridité du sol.

6 heures. — Après dix heures de chemin de fer, nous débarquons enfin à Sâo Paulo, les yeux cuisants, le nez et les

SÂO PAUI^O.

oreilles à demi bouchés, et tellement couverts de poussière qu'on ne distingue plus la couleur des vêtements.

Je descends à l'hôtel Diemer, près de la gare de la I^uz. Iv'établissement n'est pas brillant, mais le propriétaire est un brave homme et, m'a-t-on dit, très complaisant.

lya vie est moins chère à Saint-Paul qu'à Rio.

Au lieu de 12 à 15 milreis par jour, on peut s'en tirer pour 8 milreis.

Avant d'aller plus loin, nous croyons utile de placer ici quelques généralités sur l'État de Sâo Paulo, une des régions du Brésil les plus intéressantes, tant par la variété de ses produits naturels que par son commerce et son industrie, qui lui donnent une physionomie bien spéciale et bien particulière.

De nombreuses publications ont paru dans ces derniers temps, abordant tous les points intéressants de la vie économique de cet État, relatant l'état actuel de ses relations mondiales et mettant au jour ses aspirations et sa marche incessante vers le progrès.

Nous leur ferons de nombreux emprunts, nous efforçant de présenter un tableau d'ensemble, résumant le passé, le présent et surtout l'avenir, de ce pays que l'on peut presque considérer, vu son importance, comme le cœur du Brésil.

Dans une petite brochure reproduisant de nombreux articles de presse, et intitulée : Les États du Brésil et leurs grandes ressources, nous lisons :

« Parmi les vingt États de l'Union, Sâo Paulo est, sans contredit, le plus connu et celui qui compte le plus grand nombre d'étrangers.

« L'État de Sâo Paulo possède une superficie territoriale de 290.876 kilomètres carrés qui lui donne la neuvième place entre les États du Brésil. Son étendue est considérée comme moyenne dans la République, qui est la plus vaste de l'Amérique du Sud; mais cependant il est plus grand que l'Italie; ses terres équivalent à plus de trois fois la surface du Portugal, sept fois celle de la Suisse et presque dix fois celle de la Belgique.

« lya population de l'État de Sâo Paulo est de 3 millions d'âmes. Il est le second du Brésil à ce sujet. Seul, l'État de Minas possède un plus grand nombre d'habitants. La densité moyenne de la population est de 10,40 habitants par kilomètre carré.

« Le peuplement de cet État se fait plus rapidement que pour les autres, non seulement à cause des éléments de richesse qu'il renferme, mais surtout par suite de la propagande des voyageurs étrangers qui l'ont visité et proclament hautement les avantages qu'il offre à la colonisation.

« L'État de Sâo Paulo est borné : au N., par l'État de Minas Geraes; à l'B., par ce même État, celui de Rio de Janeiro et l'Océan Atlantique; au S., par l'État du Paranâ; à l'O., par celui de Matto Grosso.

« Le sol est peu montagneux, sauf dans la partie orientale,

— lî)7 -

où Ton trouve les chaînes du Cubatâo et de Mantiqueira ; de ces chaînes, vers l'intérieur, s'étend un vaste plateau, élevé, très fertile, qui occupe la majeure partie de l'État; entre la chaîne de Cubatâo et l'Océan se trouve une bande étroite de terres basses.

' (( lyC climat est d'une salubrité remarquable et très semblable à celui de la zone tempérée en Europe.

a Après l'État de Minas Geraes, celui de Sâo Paulo est probablement le plus riche au point de vue minéralogique : on

SAO PAUI,0. — Une rue de la ville.

y trouve le fer (abondamment), l'or, l'argent, le mercure, le plomb, l'étain, la houille, le marbre, etc.

« Sâo Paulo est l'État où l'agriculture est la plus prospère; elle produit le café, le sucre, le coton, le tabac, le riz, les céréales et les bois.

« Iv'élevage jouit également d'un grand développement; surtout celui des bœufs, des mulets et des porcs.

« Parmi tous les produits de l'État de Sâo Paulo, c'est le café qui concourt le plus efficacement à sa prospérité; il représente la valeur la plus importante dans l'exportation du Brésil.

« Nous consacrerons un des chapitres qui vont suivre à cette question si importante que nous traiterons à fond.

« Sâo Paulo est considéré comme le centre le plus vaste du monde pour la production du café; il réunit d'ailleurs toutes les conditions favorables à la culture de la précieuse plante.

« L'énorme production du café de l'État de Sâo Paulo est généralement supérieure à la moitié de la récolte du monde entier. Pour se rendre exactement compte de cette vérité, il suffira de rappeler que pour la seule année de 1 906-1907 la récolte mondiale étant de 23.920.000 balles de café, Sâo Paulo en a fourni 15.392.000 balles environ.

« D'après un rapport officiel, le nombre des caféiers plantés dans le sol de l'État est de 688.845.410.

« Il existe à^Sâo Paulo de très nombreuses colonies qui s'occupent de l'agriculture, mais surtout de la plantation du café; c'est l'Italie qui domine avec un million d'habitants environ.

« La plupart de ces colonies sont très prospères, ce qui est dû à la fertilité des terres et aux moyens de transport qui sont très nombreux.

« Bn effet, tous les points principaux de l'État sont en communication directe, par chemin de fer, avec la capitale et les \âlles principales comme Santos et Campinas. Les marchés ne manquent pas pour les productions des colonies et le travail est parfaitement assuré.

« Sâo Paulo possède un admirable réseau de voies ferrées, s 'accroissant tous les jours, dont l'étendue est supérieure à 5.000 kilomètres.

« Enfin, tous les éléments concourent à la prospérité de l'agriculture : le produit annuel moyen de l'hectare y est de i.ooo francs, alors qu'il n'est en France que de 350 francs, de 300 francs en Italie et 240 aux États-Unis.

« L'industrie a pris également son essor : on ne compte pas moins de 300 établissements industriels dans l'État de Sâo Paulo. Les filatures et draperies de coton représentent la somme la plus importante dans l'industrie textile; après celles-ci, viennent les filatures de jute végétal dont les fibres servent à la fabrication d'un tissu employé dans la confection des sacs pour l'exportation du café.

« L'État possède aussi des fabriques de chapeaux, savons, pâtes alimentaires, bières, boissons alcooliques, parfums, etc.

« La capitale conserve le même nom que l'État; Sào Paulo est admirablement située sur le fleuve Tamanduatehy et près du fleuve Tieté : sa population est de 300.000 habitants.

« Après la capitale fédérale, Sào Paulo est la première ville du Brésil, pour son commerce et sa beauté. Tous les conforts et progrès modernes y sont introduits.

« L'hygiène y est admirable et peut être comparée à celle des villes les plus avancées du monde.

« Le climat de la ville est très doux ; on n'y connaît aucune maladie endémique, la mortalité moyenne et annuelle est de 18,14, alors qu'elle est à Paris de 21,3, à Marseille de 30,6, à Milan 24,6, à Lisbonne 34,8 et à Madrid 36,4. ))

Voyons maintenant quelle est la constitution géologique du vaste territoire occupé par l'État de Sào Paulo.

« Le territoire de Saint-Paul, dit M. Pierre Denis dans son Brésil au XX^ siècle, où sont accumulés de si précieux documents, est la seule partie du Brésil dont nous ayons aujourd'hui une connaissance parfaite. Nulle part, sauf peut-être au Parand, le caractère de plateau n'est plus accentué et nulle part la Serra do Mar ne forme vers la mer un gradin d'accès plus rude. Au pied de la Serra, la zone basse, humide et chaude, s'élargit dans le bassin de la rivière d'Iguape. L'altitude corrigeant la latitude, il se trouve que la partie tropicale de l'État est justement la partie la plus éloignée de

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SÂO PAITT.O. — Rua Direita.

l'Equateur. Au N. de la Serra, au contraire, s'étend le cœur du pays pauliste. L'altitude du plateau est de 800 mètres en moyenne près de la Serra, mais il s'abaisse lentement vers le N.-O. et près du Paranâ. Il ne dépasse plus 400 et 300 mètres. Un climat uniforme y règne : les mêmes étés arrosés de gros orages, les mêmes hivers, clairs et secs où parfois, au matin des nuits les plus froides, on trouve un peu de glace dans les fonds. C'est qu'aucune chaîne montagneuse chevauchant le plateau, ne le découpe en cantons isolés, comme

fait la Mantiqueira à Minas. Une série de grandes vallées transversales 3' sont creusées; entre elles, le plateau s'étend en lobes allongés, qui ne sont pas de véritables serras, mais des zones dorsales, dépassant de quelques centaines de mètres à peine le niveau du plateau. I^es rivières naissent àl'B., dans les contreforts de la Mantiqueira qui, de Minas, envahit le territoire de Saint- Paul où elle se perd; leur orientation générale est du S.-K. au N.-O.

« lycs roches qui constituent les diverses parties du plateau donnent à chacun son aspect caractéristique. A l'E., régnent les granits et les gneiss formant des croupes arrondies, semées sans ordre; leur altération superficielle par les pluies produit une argile rouge, lourde et forte, qui donne aux eaux des rivières une couleur limoneuse.

« La ville de Saint-Paul est au cœur de cette zone de granits. A l'O. s'étend, au contraire, la région des grès. La limite des grès et des terrains gneissiques et granitiques est une vaste courbe, dont la convexité est tournée \'ers l'B., parallèle à la côte depuis la frontière du Parana, jusqu'aux

SÀO PAUI^O. — Rua Direita.

villes de Sorocaba et de Campinas, qui la jalonnent, et se dirigeant ensuite presque exactement vers le N., par Casa Branca et Franca. A l'O. de cette ligne, les grès régnent sans partage, grès rouges et grès gris, les uns friables et de topographie effacée; les autres ayant mieux résisté aux pluies et faisant saillie sur le plateau, tous donnant des terres légères et perméables où l'humidité ne séjourne pas.

« Mais ce n'est ni sur les argiles granitiques, ni sur les sables gréseux qu'est fondée la fortune de Saint-Paul. La plus grande partie de la propriété agricole est, en effet, concentrée sur des terrains qui ne recouvrent dans l'État qu'une superficie relativement restreinte : les diabases.

Des éruptions, probablement tertiaires, ont répandu à la surface du plateau des laves abondantes en phosphore ; partout où elles existent, la végétation naturelle était plus riche et la colonisation a trouvé un sol plus favorable.

Décomposées, elles se réduisent en une terre épaisse, de couleur sombre, que les Paulistes appellent la terre rouge, mais qu'il vaut mieux appeler la terre violette, pour la distinguer de l'autre terre rouge issue des granits et des gneiss. Bile est en effet d'un violet magnifique. Le plus souvent les diabases forment, au milieu des grès, de petits massifs arrondis, dépassant le niveau général. C'est ainsi qu'on les voit aux environs de Campinas ou de Ribeira ou Preto; ailleurs, les diabases se sont établies en nappes ou bien elles ont traversé en filons les couches de grès, qui se sont cuites à leur contact, comme des briques. Roche très dure, la diabase forme, lorsque ses affleurements coupent les

SAO PAUI^O.

Rua Direila,

cours d'eau, des rapides ou des chutes. Partout où les chutes barrent les rivières paulistes, on peut s'attendre à trouver des diabases. »

Sâo Paulo occupe une vaste superficie. Mais, de même qu'à Rio de Janeiro, un service de tramways admirablement organisé, dessert les principaux quartiers et fonctionne dans des conditions identiques-.

I^e premier jour, sortant le matin de mon hôtel, situé près

SAO PAUI^O.

de la gare de la I/Uz, je montai, selon mon habitude, dans le premier tramway qui se présenta, avec l'intention de le suivre jusqu'à son point terminus.

Au bout d'une petite demi-heure, quel ne fut pas mon étonnement de me trouver revenu au point de départ. L'itinéraire consistait à faire le tour de la partie commerçante de la ville.

On peut en efïet distinguer deux zones bien nettes : une partie centrale, une sorte de cité, qui représente l'ancienne ville telle qu'elle était il y a vingt ans et une zone périphérique, fort étendue déjà, susceptible de s'avancer plus loin encore et qui en constitue les faubourgs.

Percée de larges avenues, bien plantées, cette partie de Sào

Paulo est bordée de jolies maisons ou de villas entourées de jardins, habitées par l'élite de la population.

D'une façon générale, l'aspect est excessivement monotone pour le voyageur qui traverse ces quartiers où ne l'appelle aucun intérêt. Il existe, paraît-il, un grand confortable dans ces habitations, où les propriétaires vivent en famille et assez confinés.

Dans son centre, Sào Paulo présente un aspect des plus animés.

SÂO PAUI,0. — Attelage de bœufs.

En arrivant au viaduc, un panorama superbe sur la ville s'étend à droite et à gauche et il est permis alors de juger de son étendue.

Plus loin, on trouve la rue Direita, la plus belle et la plus commerçante, bordée de boutiques où se rencontrent tous les genres de commerce.

Puis encore les rues du 15 Novembro, de S. Bento, Marquez de Itù, etc., l'avenida Paulista.

De belles places : I^argo de Arouche, Praça D. A. Prado, lyargo do Thesouro, etc., etc.

Comme monuments, il faut citer la magnifique gare de la I^uz, le théâtre, le palais du Président.

Bn somme, Sâo Paulo est une grande ville; mais, il faudrait, pour la bien juger, n'avoir pas eu antérieurement le mirage de Rio de Janeiro.

Ces deux cités ne peuvent pas plus se comparer que, je suppose, Paris avec I^yon ou Bordeaux. Il est bien évident que ces deux villes sont fort belles et fort intéressantes. Il n'en est pas moins vrai que nous les qualifions de « villes de

SÂO PAUI^O. — Jardin pubUc.

province ». C'est le même cas pour Sâo Paulo, quand on arrive de Rio.

On s'attend à trouver une seconde édition de la prestigieuse capitale que l'on quitte et on éprouve immédiatement une désillusion.

Néanmoins, il existe de fort belles choses, ne serait-ce que le magnifique « parque Antarctico », qui rivalise avec les plus belles promenades de Rio.

Les habitants de Sâo Paulo présentent un type spécial. Tandis qu'à Rio, le peuple est remuant, agité, à Sâo Paulo, au contraire, il paraît plus sérieux et d'allure plus concentrée, lya ville est moins bruyante. Il semble exister plus de positivisme et de réserve.

A Rio, c'est l'exubérance de Marseille, à Sâo Paulo, c'est le calme de Lyon!

Quant à l'hospitalité, quelle que soitJa forme sous laquelle elle se manifeste, elle est aussi délicatement pratiquée qu'à Rio et les étrangers sont assurés de trouver partout, sur leur route, accueil sympathique avec aide et assistance.

Pour ma part, j'y passai quatre ou cinq journées à faire d'agréables excursions, le plus souvent guidé par d'aimables habitants avec lesquels j'avais noué connaissance et qui, en vrais patriotes, étaient heureux de me montrer les beautés et les points intéressants de leur riche cité. [^^^

Sào Paulo est l'en- f^' trepôt général où vient s'accumuler tout le stock de café récolté sur l'immense étendue de cet État.

Santos, le port le plus voisin, admirablement construit et aménagé, est le point terminus d'où partent, pour le monde entier, des milliers de navires, chargés de la précieuse marchan dise.

On ne peut se dispenser de pousser

une pointe jusqu'à ce grand centre commercial qui, seul, quand on l'a visité, peut donner une idée de l'importance des transactions du Brésil et de l'intensité de sa vie maritime.

.SÂO PAUI^O. — Jardin public.

7 AOUT. — 10 heures du malin. — Départ pour Santos.

A la sortie de la ville, le paysage se développe grandiose et majestueux. lya voie du chemin de fer, par des lacets successifs, va s'élever jusqu'au sommet de la montagne qui sépare Sào Paulo de la mer, pour redescendre ensuite, par le même s^^stème, jusqu'à Santos.

Nous sommes en pleine forêt vierge. A droite et à gauche de la voie, c'est un inextricable fourré d'arbres chargés de plantes parasites : Orchidées, Broméliacées, Cactées, reliés les uns aux autres par des lacis de lianes aux fleurs multicolores qui les enserrent comme dans les mailles d'un filet.

De nombreux bambous, d'une longueur de 7 à 8 mètres et d'une gracilité charmante, viennent s'incurver en forme

d'arcades d'un vert tendre, formant des sortes de berceaux, et donnant ombrage sous leur dôme à d'admirables fougères arborescentes, dont les frondes, en s'élançant symétriquement de la souche, semblent former une sorte de grand vase ou de corbeille découpée.

De temps en temps, apparaissent quelques fazendas, jolies maisonnettes aux tuiles rouges, entourées de plantations de bananiers dont les longues feuilles d'un vert clair, se mélangent harmonieusement au feuillage plus foncé des orangers, couverts de fruits d'or.

SÂO PAUI^O. — Jardin public.

II heures. — Riheirâo Pires. — On s'arrête quelques minutes, le temps d'admirer le paysage ambiant qui est de toute beauté.

La flore est d'une richesse incomparable et c'est une joie pour le botaniste de contempler ces arbres énormes chargés d'épiphytes, dont les branches sont envahies par des cactus pendants qui, de loin, ressemblent à de grandes barbes blanches.

lyC naturaliste qui herborise dans les grands bois trouve à récolter, pour ses collections, peut-être plus d'espèces pous sant au-dessus de sa tête qu'il n'en rencontre sous ses pas.

II heures et de^nie. — Rio Grande. — Le même paysage grandiose s'étend à perte de vue. Partout des travaux d'art gigantesques ont dû être accomplis pour permettre l'accès au milieu de ce chaos de la nature.

En certains points, la voie côtoie des précipices d'autant plus mystérieux qu'une végétation intense en tapisse les parois et ne permet pas à l'œil d'en sonder la profondeur.

De jolies cascades entretiennent la fraîcheur, éclaboussant les frondes des fougères d'une éternelle poussière humide qui les fait paraître couvertes de petites gemmes scintillantes.

Puis ce sont des tunnels, et encore des tunnels, et des ponts suspendus sur l'abîme...

On ne sait qu'admirer le plus, de la science technique des ingénieurs qui ont créé ces merveilles ou de l'audace et de l'énergie qu'il leur a fallu posséder pour avoir osé même concevoir des œuvres aussi fantastiques.

On se fait une gloire de faire parcourir aux étrangers la route de Sâo Paulo à Santos, qui, en effet, depuis le commencement jusqu'à la fin, ne cesse d'être pour le voyageur un sujet d'étonnement et d'admiration.

Chemin de fer de Santos.

Poste- vigie surplombant la vallée.

Alto da Serra. — Nous atteignons le sommet. A partir de ce point, le paysage devient encore, si c'est possible, plus grandiose et plus pittoresque.

lycs lacets de la route sont visibles jusque dans la profondeur de la vallée et de la portière du wagon on aperçoit tous les méandres du chemin que l'on va parcourir.

Peu à peu, on descend. La végétation qui, au sommet, semblait se ralentir quelque peu, ne tarde pas à reprendre

SÀO PAUI^O. — Alto da Serra. — Chemin de fer.

toute son exubérance. On traverse des vallées profondes sur des ponts suspendus donnant le vertige et l'on entend à chaque instant, le long de la voie, le murmure des ruisseaux qui tombent en cascade pour aller se perdre dans l'abîme des ravins.

La chaleur commence à se faire sentir... ce qui est une façon de parler. En vérité, il fait très chaud! On sent nettement qu'on se trouve en pays tropical avec un ciel bleu impeccable, le même qu'on a laissé à Rio et qu'on retrouve sans s'en lasser jamais.

Nous traversons des terrains humides, couverts de palétuviers, dont les racines formant des milliers d'arcades s'enfoncent profondément dans la vase. Groupés étroitement les

uns contre les autres, ils constituent des fourrés impénétrables où l'on ne pourrait s'engager, sans risquer d'être enlizé à chaque pas.

Toutes les côtes plates sont envahies par cette végétation d'une monotonie désespérante qui ne laisse pas que d'être une menace permanente au point de vue de la salubrité du pays.

Hâtons-nous de dire qu'à Santos, et dans nombre d'autres ports brésiliens, on a, depuis quelques années, exécuté de tels travaux d'assainissement et pris de telles mesures d'hygiène, que l'état sanitaire ne laisse presque plus rien à désirer.

C'est ainsi qu'à Santos la fièvre jaune qui, autrefois, faisait de lugubres apparitions, a totalement disparu depuis plusieurs années.

lycs habitants actuels sont maintenant bien étonnés quand un voyageur témoigne des craintes à ce sujet.

Ils sourient... comme nous le ferions, nous autres Parisiens, si on venait à nous interroger sur les menaces du choléra. . . ou de la peste !

Toutes les nations du monde pourraient demander des leçons au Brésil et adopter ses lois d'hygiène. Il est incontestable qu'il a su faire actuellement de son pays, qui, en réalité était autrefois souvent victime de graves épidémies, un des plus salubres que l'on puisse rêver et un de ceux où les statistiques relèvent la plus faible mortalité.

Midi et demi. — I^e train s'arrête. Nous sommes à Santos. Je suis venu sans bagage, simplement porteur de mon appareil de photographie, un petit hlock-note de Gaumont, avec lequel je vais pouvoir prendre, dans ce coin pittoresque, une foule de vues intéressantes.

Aussi, à peine débarqué, je saute dans le premier tramway qui passe et en route pour visiter la ville.

Il faut être venu ici pour se rendre compte de l'intensité du mouvement.

D'innombrables chariots chargés de sacs de café se sont engagés sur la voie que suit le tramway et forment une bar-

rière infranchissable. Il nous faut vingt minutes pour franchir les 50 mètres qui nous séparent de l'entrée d'une voie collatérale où nous pourrons retrouver la liberté du parcours.

Tous ces véhicules se dirigent vers le port et c'est par millions que les sacs s'engouffrent dans les flancs des navires. Dans ce quartier, ce ne sont que des magasins, des entrepôts pour le café. Dans les rues, on marche sur des grains de café !

Mais n'anticipons pas, nous allons au chapitre suivant parler en détail de cette grande spécialité commerciale.

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