MATE
comme la plupart des arbres que l'on veut soumettre à une exploitation quelconque.
Le maté se trouve à l'état sauvage au milieu des forêts, mélangé souvent avec le grand pin du Parana dont il semble affectionner le voisinage, groupé en îlots plus ou moins étendus ou poussant isolément.
C'est donc là qu'il faut aller le chercher et pour cela entreprendre de véritables expéditions, nécessitant une grande énergie, une grande vigueur et une sorte d'acclimatation spéciale permettant de vivre des mois entiers dans les grands bois, loin de toute habitation, sans autres ressources comme vivres que ceux que l'on emporte, sans parler des dangers nombreux auxquels on se trouve exposé, du fait des maladies, des insectes qui font souvent endurer des tortures abominables, et enfin des serpents qui, malheureusement, ne sont pas rares en ces régions.
On utilise dans ce but une classe particulière d'ouvriers, habitués aux privations, capables de se frayer une route à travers des forets inextricables que jamais pied humain n'a foulées et dans lesquelles on ne peut pénétrer, Dieu sait après combien d'efforts, que la hache à la main. lyorsqu'on a découvert un territoire où l'abondance des arbres paraît suffisante pour donner une récolte rémunératrice, on établit un campement sommaire sous des huttes construites en branchages et l'exploitation commence.
Nous allons en donner une idée.
Comme nous l'avons dit plus haut, ce sont les feuilles qui constituent le maté proprement dit et la seule partie de l'arbre qui soit exploitée.
lya récolte a lieu de préférence. d'avril en août.
Elle a lieu de la façon suivante : les ouvriers grimpent dans les arbres et abattent successivement, d'abord les frondes les plus jeunes, puis celles un peu plus anciennes et enfin les petites branches jusqu'à 2 centimètres de diamètre, ne laissant que les branches principales et naturellement la flèche de l'arbre, qu'ils appellent bander ola.
Cela fait, ils ramassent les divers rameaux émondés et les sèchent rapidement en les agitant au-dessus d'un feu ardent,
jusqu'à ce que les feuilles aient pris une couleur vert sombre avec reflet jaunâtre. Il faut savoir s'arrêter à temps et ne pas dépasser une température déterminée, à cause de certaine résine qui s'altérerait et donnerait mauvais goût à la feuille.
Cette première opération n'est que provisoire; la dessiccation définitive se fait quelques jours après, en entretenant des feux de bois, donnant le moins de fumée possible, au-dessous de sortes de treillis en bois, élevés de 2 mètres au-dessus du sol et sur lesquels on dépose les bouquets de feuilles, pour compléter le premier séchage.
D'autres procédés de dessiccation sont employés; mais tous laissent à désirer. Il faudrait opérer à l'aide de machines spéciales impossibles à transporter sur les centres d'exploitation.
Ajoutons qu'avec ces manipulations sommaires, il se produit une grande perte de feuilles, dans l'impossibilité où l'on se trouve de faire sécher les brindilles trop courtes dans la première opération.
Après la dessiccation des branches, on procède à une nouvelle opération qui consiste dans l'isolement et dans le broyage des feuilles. Pour arriver à ce résultat, on dépose la récolte sur une aire de terre battue ou sur un terrain uni quelconque, préservé par une bâche et à l'aide d'une sorte de fléau on triture et pulvérise la masse.
lyC produit obtenu est assez impur et mélangé de nombreuses brindilles. Il passe ensuite par une série de tamisages qui permettent d'établir en dernier lieu deux ou trois qualités différentes.
Il ne reste plus qu'à l'empaqueter pour le transporter soit dans les villes, soit dans les ports d'embarquement.
Un des procédés les plus répandus consiste à découper des sacs carrés en cuir qu'on mouille d'abord et dans lesquels on introduit le maté. On coud avec des lanières de cuir, et la peau, en se séchant, revenant sur elle-même, comprime le produit et en forme une masse solide et résistante.
Chaque sac est calculé pour peser environ 60 kilogrammes.
lyC maté craint l'humidité; aussi faut-il prendre, dans le transport, les plus grandes précautions.
Disons quelques mots de la culture. Comme on vient de le
voir plus haut, c'est en pleine forêt que l'on se met en campagne pour trouver les territoires occupés par les hervaes et nous ne reviendrons pas sur les détails compliqués de l'exploitation, détails qui représentent, en somme, des frais assez considérables.
Il est donc naturel qu'on ait essayé de cultiver le maté et d'en faire des plantations de la même manière que pour le café.
lycs résultats ont été presque nuls. I^e maté exige des conditions, encore inconnues, pour se reproduire. Vainement on a essayé toutes les méthodes d'ensemencement les plus compliquées, on a dû y renoncer. Dans les cas rares où les graines germaient, on n'a pu obtenir que des arbustes rabougris.
Seule, la transplantation de jeunes plants recueillis dans la forêt semble donner quelque espoir d'acclimatation, mais, même dans les cas les plus favorables, les arbres sont loin d'atteindre les dimensions observées quand ils poussent naturellement en liberté.
Iv' arbre à maté vit longtemps et l'on peut compter sur une trentaine d'années d'exploitation utile. Après chaque récolte, il est nécessaire de le laisser reposer trois années au moins.
Après le caoutchouc, dit M. Paul Walle, dans le mémoire duquel nous avons puisé tous les renseignements qui précèdent, le maté est la plus importante des industries extr actives du Brésil. I^es exportations de ce produit atteignent à l'heure actuelle 44 millions de kilogrammes par récolte, ce qui fait entrer au Brésil 21.000 contos de reis de capital étranger pour la vie économique du pays.
La consommation locale peut être évaluée à 13 millions de kilogrammes d'une valeur de 4 millions de milreis (6 millions de francs).
Depuis vingt-cinq ans, cette industrie a progressé au Brésil de 300 % pendant qu'au Paraguay la production diminue sensiblement et bientôt ne fournira plus que pour la consommation locale. Cette production était encore, en 1908, de plus de 6 millions de kilogrammes.
(i) I^e conto fait un million de reis, qui, au pair, vaut 2,500 francs ; au cliange actuel (1909), le milreis vaut i fr. 50.
lycs procédés de certains yerbateros contribuent beaucoup à la diminution des récoltes; sauf les petits propriétaires de yerbales, qui soignent leurs arbres, il arrive que, dans les exploitations éloignées, les ouvriers, mal surveillés, les dépouillent sans considération et même les abattent pour aller plus vite et obtenir un plus grand rendement en tuant stupidement la poule aux œufs d'or. Bn outre, certains petits producteurs discréditent cette industrie du Paraguay, malgré les plus louables efforts du gouvernement de ce pays, en ajoutant aux feuilles de VIlex paraguayensis les feuilles d'autres plantes, soit pour en améliorer le goût, soit plus simplement pour l'adultérer.
Dans le premier cas, on emploie le ivahira; dans le second, la cauva (?) qui est aussi un ilex assez semblable à celui de la herva, mais dont les feuilles, amères, ont, en outre, des propriétés drastiques et même (à haute dose) toxiques. C'est d'une plante semblable que les Indiens de l'Amérique du Nord extraient le thé connu autrefois sous le nom de Ilex vomitoria ou thé des Apalaches.
A titre documentaire, nous donnons ici les composants du maté comparé au thé et au café, d'après une analyse du D^" Pekolt, signalée par Moreau de Tours : '
Composants (pour i.ooo)
Huiles essentielles
Chlorophylle
Résine
Tannin
Alcaloïde »
Matéine /
Théine ^ 4-5° ^-SO 2.66 2.5c
Caféine )
Matières extractives
Celluloses et fibres
Cendres
I^a crise qui a atteint les produits brésiliens, tels que le caoutchouc et le café, n'a pas touché le maté qui est resté produit rémunérateur aussi bien pour les herveiros, explorateurs de hervaes, que pour les fabriques d'élaboration, en dépit des
é vert
Thé noir
Café
Maté