‹ A travers le Brésil au pays de l'or et de diamantsChapitre 27 sur 50 · O.OI · texte numérisé non relu

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bas prix auxquels le maté est présenté sur les marchés, ce qui met ce produit à la portée de toutes les classes sociales.

Son prix moyen de fabrique est de 200 à 340 reis le kilogramme pour l'exportation; ces prix se sont maintenus depuis dix ans avec des variations insignifiantes. D'après un tableau fourni par le bureau de Repartiçào de Estatistica commercial, le prix moj^en du kilogramme de maté rendu à bord est de 460 reis, environ 0 fr. 70.

Enfin, il n'est peut-être pas inutile de donner quelques chiffres pour montrer le développement considérable d'une industrie longtemps négligée et peu encouragée; peut-être craignait-on à tort qu'elle ne fît concurrence à celle du café. Pour ne pas fatiguer, nous ne donnerons ici que la quantité exportée pendant l'année 1905 (chiffres officiels) par les quatre États producteurs de maté du Brésil, n'y comprenant pas les États de Goyaz et de Minas Geraes qui possèdent également des hervaes, mais où l'exploitation n'est encore qu'à son début.

État de Parauâ 29.937.738 i4-34i -^17

Santa- Catharina 4,630.625 2.146.994

Matto-Grosso 4.332.556 2.780.145

Rio Grande do Sul 4 . 304 . 760 i . 037 . 270

Total 43.205.179 20.306.046

A ces chiffres, il faut ajouter 12 à 13 millions de kilogrammes de consommation locale. Le prix moyen du kilogramme fut, en 1905, de o fr. 64. La variation est donc insensible.

On voit par ces chiffres que le principal, le grand producteur de maté est l'État de Paranâ qui, à lui seul, fournit les deux tiers de la production. Pendant les douze mois, de juillet 1906 à juillet 1907, cet État a à lui seul exporté pour l'Argentine, l'Uruguay et le Chili, 36 millions de kilogrammes de herva en chiffres ronds. La suprématie du Paranâ est indiscutable, tant par la quantité que par la qualité; il y existe 22 fabriques destinées à l'élaboration complémentaire d'un produit qui, inconnu en Europe il 3^ a quelques années, y compte maintenant de nombreux adeptes, principalement en Allemagne et en Angleterre, où ses propriétés toniques et aussi son prix insignifiant, semblent lui avoir conquis les petites bourses.

Pour terminer, qu'il me soit permis de revenir brièvement sur les qualités thérapeutiques du maté.

Pendant le long voyage que je viens d'exécuter à travers le Brésil, et dont le but était l'exploration du pays au double point de vue de la botanique et de la minéralogie, j'ai dû, presque quotidiennement, faire à pied de longues marches, souvent dans les montagnes, sous un soleil ardent et dans des conditions où toute idée de confort était devenue impossible, en raison le plus souvent de l'éloignement des centres civilisés.

Docile aux conseils qui m'avaient été donnés par plusieurs de mes devanciers, je me suis habitué à l'usage journalier du maté, et je dois dire qu'actuellement encore, de retour à Paris, je suis resté un fervent amateur de ce breuvage, dont l'emploi devrait être universel, à mon avis, et qui possède réellement des propriétés thérapeutiques de premier ordre.

Ce n'est plus maintenant seulement le voyageur qui parle, c'est le médecin qui tient à faire ressortir, en ayant fait l'expérience sur lui-même, combien précieuses et variées sont les propriétés du maté et combien même il serait patriotique d'en vulgariser l'emploi.

Aussi actif que la kola et la coca, dont le prix de revient est fort élevé, il n'en a pas certains inconvénients, et il présente cet avantage immense d'être presque sans valeur pécuniaire.

Comprend-on que peut-être, dans l'avenir, c'est de ce côté que l'on pourra trouver le remède contre le développement de l'alcoolisme ?

lyC jour où le maté, entré dans le domaine public, sera mieux connu et qu'on s'y sera habitué, ce jour-là, on ne songera plus aux boissons spiritueuses. Que leur demande- t-on le plus souvent? De procurer une excitation momentanée que l'on traduit par la phrase « donner des forces ». Le résultat obtenu est diamétralement opposé. lyC malheureux qui s'enivre perd, au contraire, le peu d'énergie et de vigueur qui lui restent.

Si, mieux avisé, l'ouvrier, qui peine, délaissait l'alcool et faisait une seule fois l'essai du maté, il verrait vite que l'effet

produit, non seulement se montre immédiat et absolument semblable, mais encore se prolonge des heures et des journées, le maintenant dans un état de force physique qui lui permet d'exécuter sans fatigue les travaux les plus laborieux.

Du même coup, sa santé serait préservée et il sauvegarderait les intérêts de sa bourse.

C'est également dans l'armée que l'usage du maté devrait être introduit. On objectera que le café y est en honneur. Si l'on prend la peine de descendre un peu au fond des choses, on sera rapidement désillusionné.

Ce que l'on distribue aux soldats sous ce nom n'est qu'une vulgaire décoction, dont le, seul mérite est d'être servie chaude et de réchauffer l'estomac, surtout en temps de campagne.

On sait que le café de l'armée n'est pas la fine fleur du produit ; de plus, il est notoire qu'avant d'arriver dans la gamelle du simple soldat, il lui faut « suivre la voie hiérarchique ». Aussi, n'est-ce plus, après ce voyage, qu'une mixture inerte, un liquide banal n'ayant plus du café que le nom, sans la moindre propriété bienfaisante.

Le maté, pouvant être distribué en quantité suffisante, vu ^n bas prix, serait bien vite accepté avec reconnaissance par l'armée, et rapidement préféré à l'insipide verre d'eau chaude noircie, décoction inerte de marc épuisé, qui est encore en ce moment la ration matinale du troupier.

Ajoutons enfin, pour finir, que les manipulations pour la préparation du maté ne sont pas plus compliquées que pour le café.

Voici la manière d'opérer : pour la valeur d'une tasse à thé, on prend deux petites cuillerées de feuilles. On passe d'abord une première eau bouillante que l'on jette; ensuite, on remplit la théière comme pour le thé ordinaire : on laisse infuser pendant trois ou quatre minutes, en remuant avec une cuillère pour rendre l'infusion plus ou moins forte, suivant le goût du consommateur.

lyC maté se sucre comme le café et peut s'additionner de lait, de kirsch, ou de jus de citron. On peut, si l'on préfère, le prendre sans sucre. En brûlant dans la théière les feuil-

les de maté avec une braise rouge, ce qui active l'odeur pénétrante et agréable de ce produit, on obtient un breuvage délicieux, dont on ne tarde pas à ne plus pouvoir se passer, parce que, dès le début même, on est forcé d'en reconnaître les propriétés actives et véritablement bienfaisantes.

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