CHAPITRE XII
Mina3 Geraes. — Généralités. — Situation géographique.
Situation géographique. — L'État de Minas s'étend de 13^55' à 230 de latitude, entre 3^33' et y^^S de longitude occidentale de Rio de Janeiro. Il compte 1.200 kilomètres de la rive droite du Carinhanha au N., jusqu'à Borda da Matta au S. et 1.500 de Santa Clara, sur le Mucury, à l'E., jusqu'au confluent du Rio Grande, avec le Paranahyba au S.-O. Sa superficie est de 574.855 kilomètres carrés.
Le chiffre de la population est assez diflicile à fixer. On l'estimait, en igoo, à 3.594.471 habitants. Il doit aujourd'hui dépasser 4 millions.
Minas tient le cinquième rang par l'étendue, le premier par la population entre tous les États du Brésil et a pour voisins Bahia, Goyaz, Sào Paulo, Rio de Janeiro et Espirito Santo.
Aspect du pays. Orographie. — On a comparé l'État de Minas à la Suisse. Il est en effet, comme elle, couvert de montagnes, moins élevées sans doute, mais tout aussi pittoresques, et remarquables surtout par leur admirable végétation.
La description physique et géologique de ce paj's, dit M. Carlos de Carvalho (i), dans l'intéressante étude qu'il a écrite sur cette région, a été faite par de nombreux voyageurs l'ayant parcouru dans tous les sens. Il suffira de citer les noms de Henri de Gorceix, Paul Ferrand et Arthur Thiré qui furent attachés à divers titres à l'École des mines d'Ouro Preto; plus récemment, M. Orville Derby, auquel on doit de grands travaux scientifiques, et M. le D^" Costa Sena,
(i) Carlos de Carvai^ho. — Un centre économique au Brésil.
iS
actuellement directeur de l'École d'Ouro Preto qui continue brillamment l'œuvre de ses devanciers.
Nous empruntons les détails géographiques qui suivent à un travail publié par M. Orville Derby dans le Brazil geographico e historico.
Au point de vue orographique, le plateau de Minas est, pour ainsi dire, le trait d'union entre les deux systèmes montagneux qui composent le relief brésilien.
Deux grands systèmes couvrent en effet le Brésil. ly'un est le massif central appelé « chaînes Goyana », parce qu'il possède sa partie la plus importante dans l'État de Goyaz, l'autre est la Serra do Mar, qui, sous différents noms, longe la côte orientale du Brésil. Distincte de la Serra do Mar, mais parallèle à elle et faisant aussi partie du système oriental, se trouve la Serra da Mantiqueira. Cette dernière chaîne, venue des États du Sud, se dirige vers l'intérieur de Minas, à la hauteur du Rio Parah^^buna et se divise en de nombreux chaînons qui forment le relief de l'Est de Minas.
Entre ces deux grands systèmes (massif central et chaînes orientales), séparés par les cours du Rio San Francisco et du Rio Paranâ qui creusent de longs et profonds sillons, se tenant presque l^out à bout, entre ces deux grandes « serras |^ se trouvent donc de hauts plateaux mamelonnés, dont les chaînes les relient entre elles. Ce dernier système comprend principalement la Serra das Vertentes et la Serra da Matta da Corda.
En somme, toute chaîne de montagnes peut, dans le pays de Minas, se rattacher à l'un de ces trois systèmes. I,e plus important est celui de la Mantiqueira qui comprend tout le Sud et l'Est de l'État. I^a chaîne dite Goyana n'envoie que de faibles prolongements sur le territoire de Minas. Quant au troisième, il est entièrement compris dans l'État, mais ses sommets dépassent rarement i.ooo mètres d'altitude.
I,a Serra da Mantiqueira, partie de l'angle des trois États de Sào Paulo, de Minas et de Rio, couvre de ses chaînons le bassin du Rio Grande; vers le Parahybuna, elle s'incline au Nord et sépare nettement les bassins du Sâo Francisco et du Rio Paranâ de ceux des petits tributaires de l'Océan
(Parah\'ba, Rio Doce et Mucury). C'est alors que se détache la Serra das Vertentes d'un côté et de l'autre, prolongement naturel de la Mantiqueira, la Serra do Espinhaço qui occupe tout l'Est de Minas par ses chaînons multiples (Serra da Chibata, Serra dos Aymorès, Serra Itacambira, etc.).
La Serra das Vertentes et la Matta da Corda sont réunies par des plateaux d'une altitude moyenne de 500 mètres. A ce système médian, se rattachent les « Chapadôes », qui constituent les principales hauteurs du Triangle de Minas (entre le Rio Grande et le Paranahyba).
Les plus hauts sommets de Minas sont dans le premier système et l'on peut les cataloguer ainsi :
a) Mantiqueira. — Pic d'Itatiaia .... 3 . 180 mètres.
— Pic do Passa quatro. . i . 955 —
b) Espinhaço. — Pic da Caraça i . 955 — ■
— Pîc de Itambé i . 817 —
c) Serra da Piedade i , 787 —
d) Serra de Ouro-Preto-Itacolumi 1-752
Hydrographie. — L'État de Minas est absolument favorisé sur ce chapitre.
^A part certaines régions dans l'Est, vers Diamantina et Salinas, tout le reste du territoire est parcouru par des fleuves immenses, avec des affluents nombreux et très importants eux-mêmes qui achèvent de contribuer à la fertilité des régions qu'ils traversent.
Nous ne pouvons les énumérer en détail : le plus important de tous est le Rio Sâo Francisco, qui a 2.900 kilomètres de cours.
Voici d'ailleurs la classification de ces cours d'eau, d'après leur étendue :
Rio Sào Francisco 2.900 kilomètres.
Rio Grande 1-353 —
Rio das Velhas i . 135 —
Rio Jequitinhonh?. 1.082 —
Rio Doce 977 —
Rio Mucury 530 —
Climatologie. — Au point de vue climatorial , les plateaux de Minas font partie de la zone subtropicale, caractérisée par la prédominance des pluies au printemps et en été.
Le climat de Minas est d'une extrême salubrité, en raison même de l'altitude et des conditions physiques. Le plateau est de 600 à 800 mètres d'altitude moyenne et une grande partie des villes se trouve à près de i.ooo mètres : c'est ainsi que nous voyons Barbacena à 1.178 mètres, Ouro-Preto à 1.160 mètres, Queluz à 954 mètres, Bello Horizonte à 920 mètres, Porto Alegre à 814 mètres, Uberaba à 760 mètres, Curvello à 633 mètres, Juiz de Fora à 675 mètres, etc.
Les écarts ne sont pas énormes et les moyennes varient entre 17 et 22 degrés. La ville de Queluz n'a encore jamais enregistré que 32^,4 au plus, sa moyenne est de 19^,9. Le climat de Barbacena est réputé pour sa fraîcheur, sa température moyenne est de 17^,2 et son maximum a été de 28^,8; en 1870, le thermomètre y descendit à — 6*^. A Lagôa Santa, la moyenne est de 20^,5. La température la plus élevée notée à Minas fut à Cascata, près de Caldas : en 1884, le thermomètre monta à 40*^. En 1843, il neigea à Ouro Preto qui est pourtant à une latitude de 20*^28'.
En plus d'un climat tempéré, d'un air pur et salub»^ l'État de Minas possède un grand nombre de villes d'eaux renommées dans le S.-O. La plus fréquentée est Caxambù, près de Baependy. Elle a huit sources d'eaux simples, ferrugineuses et sulfureuses. Les eaux bicarbonatées de Sào Lourenço sont bonnes, celles de Lambary et de Cambuquira acquièrent chaque jour plus d'importance. Mentionnons enfin la station thermale de Poços de Caldas, avec ses eaux sulfureuses et les eaux sulfuro-alcalines d'Araxâ.
Durant le rapide voyage que nous venons d'accomplir à travers les États de Sâo Paulo et du Paranâ, nous avons surtout porté notre attention sur les deux principaux produits, constituant la branche de commerce la plus importante du pays : le café et le maté.
Mais, ce qui représente vraiment la richesse du Brésil, c'est qu'à côté de ce produit qui distingue particulièrement chaque
région, et la spécialise en quelque sorte, il en existe un grand nombre d'autres susceptibles de faire, à eux seuls, la fortune d'un pays et dont l'exploitation n'attend, pour prendre l'extension qu'ils méritent, que l'apport de capitaux suffisants, pour les mettre en valeur et réaliser rapidement, sans le moindre doute, des bénéfices considérables.
ly'Êtat de Sào Paulo est le centre caféier par excellence du Brésil, cela est incontestable, et nous avons, à ce sujet. signalé plus haut l'importance de ses transactions commerciales.
A côté de cette source de richesse, il en est d'autres qu'il convient de ne pas oublier.
ly'élevage du bétail prend chaque jour un développement plus considérable.
lyC sol produit naturellement d'excellents fourrages, constitués par de très nombreuses Graminées. On en compte près de deux cents espèces différentes, que l'on désigne dans le pays sous le nom général de Capim (terme de la langue Tupi-Guarani, qui signifie herbe).
Biles poussent mélangées avec une foule de Légumineuses, comme dans nos prairies européennes, et l'ensemble ^^nstitue une nourriture abondante et de choix pour les bestiaux.
lycs pâturages, d'ailleurs, s'amélioreront encore, quand on aura opéré une sélection parmi les espèces les plus productives du pays, ou qu'on aura réussi à acclimater certaines autres, n'appartenant pas en propre au Brésil, la luzerne, par exemple, qui ne peut manquer d'y prospérer, vu sa rusticité naturelle.
ly'espèce bovine est représentée par des types variés, accHmatés depuis de longues années, et qui proviennent de divers croisements avec les races de la Péninsule Ibérique et des races des Pays-Bas, introduites pendant la domination hollandaise sur une partie nord du Brésil, au xvii^ siècle;
Ivcs principales races sont les suivantes : le Caraçû, le Franqueiro, de grande taille et à cornes énormes, le Curraleiro, ressemblant à certaines espèces du Midi de la France, le Bruxo, le Mocho, etc. Toutes gagneraient à être croisées avec nos
races européennes; d'assez nombreux essais ont déjà été tentés €t couronnés de succès, surtout dans le Sud de l'État de Sào Paulo.
On estime actuellement à 30 millions le nombre de bêtes existant sur le sol brésilien.
I^a difficulté d'amener le bétail sur les marchés, par suite de l'absence de routes ou de moyens de communication, entrave l'expansion de cette branche de commerce.
lycs propriétaires de troupeaux sont obligés de faire parcourir aux bestiaux des distances quelquefois considérables; il s'ensuit des frais énormes pour entretenir le personnel nécessaite et de nombreux risques de route, accidents, maladies, qui sont autant de causes venant compliquer le problème. Quand les lignes ferrées, déjà si avancées, auront atteint leur point terminus, ce qui ne saurait être bien long, on verra les marchés de Sâo Paulo et de Santos envahis par les arrivages des points les plus éloignés de Goyaz et de Matto Grosso.
ly' espèce ovine se développe également avec succès. I^e SouTHDOWN est la race qui s'adapte le mieux aux conditions locales.
Des croisements judicieux, opérés dans ces dernières années avec nos meilleurs types français, ont déjà donné d'excellents résultats, ly' élevage du mouton ne peut qu'augmenter en importance, ly'espèce caprine est surtout abondante dans le Nord du Brésil. Mais je ne vois pas pourquoi on ne tenterait pas de l'acclimater également vers le Sud, où les conditions générales d'existence ne paraissent guère différentes. lyC climat, plus tempéré, semblerait même devoir être plus favorable à son développement.
Quant à l'espèce porcine qui a existé de tout temps au Brésil, elle est représentée par de nombreux types, provenant des croisements les plus variés, et que chaque jour on améliore par des mélanges avec les meilleures races européennes. Outre les animauix dits de boucherie, l'élevage comporte encore l'espèce chevaline.
lycs chevaux du Brésil proviennent de race arabe ou d'une
variété de cette race, introduite par les Portugais, mais elle y a dégénéré, faute de bonnes méthodes d'élevage.
La meilleure est connue sous le nom de scrtanejo. Ce cheval est d'assez petite taille, mais bien conformé et d'une résistance à toute épreuve. On s'occupe depuis peu de temps d'améliorer les races chevalines nationales par des croisements avec les races étrangères les plus renommées.
Les États où ce progrès est le plus accentué sont ceux de Minas Geraes, de Paranâ et de Sâo Paulo. On y a introduit de nombreux étalons de race arabe, de race pur sang anglais, de race anglo-normande et d'autres races perfectionnées.
Enfin, il ne faut pas oublier les mulets qui, dans beaucoup d'endroits, représentent le seul moyen de transport et dont l'élevage constitue, dans le Sud du Brésil, une branche de commerce très importante; malgré cela, le Brésil est tributaire de la République Argentine, qui en expédie chaque année un nombre assez considérable.
Si nous examinons les productions végétales, ce sont de nouvelles sources de richesse qui apparaissent.
Les Céréales nous occuperont d'abord.
Le hlé, la plus importante de toutes, était autrefois cultivé ^n grand, presque dans toute l'étendue du Brésil, qui trouvait même le mo3^en d'en exporter jusqu'aux Etats-Unis.
Aujourd'hui, cette culture est presque abandonnée, excepté dans le Paranâ, où elle a été reprise récemment.
Il en résiilte que le Brésil est, de ce fait, tributaire de l'Etranger, soit des États-Unis, soit de la République Argentine.
Ce dernier pays a fourni, l'une de ces dernières années, le chiffre énorme de 231.483.929 kilogrammes.
Pourquoi ne cherche-t-on pas à encourager la reprise de ce genre de culture? Le climat se montre plutôt favorable aux essais qui seraient tentés, et, en cas de succès, il y aurait matière à réaliser de gros bénéfices, sans qu'il soit nécessaire d'engager un capital considérable.
Si le Brésil a besoin d'acheter le blé nécessaire à sa consommation, il n'en est pas de même du riz, qu'il récolte en abondance sur presque toute l'étendue de son territoire.
Le riz n'est pas indigène. Il a été importé autrefois des Iles
du Cap- Vert, et s'est naturalisé avec la plus grande facilité.
S'il est particulièrement abondant dans les régions chaudes du Nord, Maranhào, Para, Amazonas, il pousse cependant avantageusement dans les États de »Sào Paulo et de Paranâ, où sa culture a pris un grand développement.
Actuellement, non seulement le pays suffit à ses besoins, mais il en exporte encore des quantités considérables.
lyC riz constitue la base de l'alimentation, et ceux qui ont voj^agé au Brésil ont pu constater, peut-être sans grand enthousiasme, qu'il ne se passait pas un repas sans qu'on en vît paraître un plat sur la table, ou même deux à la fois !
Dans l'État de Minas Geraes, comme dans ceux de Sào Paulo et de Rio de Janeiro, la culture du riz a pris dernièrement une grande extension. Dans les meilleurs terrains, le riz rapporte 200 pour un et, dans les terrains médiocres, 100 pour un !
Nous citerons encore, pour mémoire, le maïs, qui joue également un grand rôle dans l'alimentation de l'homme et dans celle des animaux. On le cultive avec succès dans les régions les plus variées.
Une autre grande branche d'industrie réside dans la culture*" et l'exploitation de la canne à sucre.
Cette plante, qui appartient à la famille des Graminées, peut atteindre jusqu'à 8 mètres de hauteur et pousse en touffes composées d'un certain nombre d'individus. Bile est vivace et, après la coupe, peut repousser pendant plusieurs années.
JLfe temps nécessaire à la maturation de la canne à sucre varie considérablement suivant les différentes régions où elle est cultivée.
.^Au Brésil, la canne de plant demande de treize à dix-huit mois pour arriver à maturité. I^a canne de repousse mûrit plus vite, au bout de onze à treize mois.
On a prétendu que la canne était indigène au Brésil; mais c'est une erreur, car elle a été cultivée bien antérieurement à la découverte de l'Amérique, soit dans l'Inde, soit dans la Chine.