‹ A travers le Brésil au pays de l'or et de diamantsChapitre 3 sur 50 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce volume que nous publions aujourd'hui précède le «Compte rendu scientifique » de notre voyage, qui paraîtra plus tard ; il est écrit au courant de la plume, on pourrait dire, au courant des souvenirs et naturellement, sans la moindre prétention littéraire.

Ce sont des notes de route et rien de plus. Le lecteur verra ce qu'il est possible de faire en quatre mois de pérégrinations et notre but est de jeter quelques jalons sur sa route, dans le cas où il lui viendrait l'heureuse idée de tenter l'aventure à son tour et de visiter un des plus beaux pays du monde.

Lorsqu'il s'agit de parcourir les principaux centres européens ou quelques autres pays étrangers et renommés, comme l'Egypte, les Indes, l'Amérique du Nord, l'Australie, etc., rien n'est plus simple que de se documenter : les Guides existent à profusion, merveilleux de précision et l'on n'éprouve que l'embarras du choix.

Mais quand, plus gourmand, on veut s'aventurer en dehors des sentiers battus, on est surpris de la pénurie des renseignements qu'il est donné de rencontrer.

Je devais en faire personnellement l'expérience, à propos du Brésil.

« Le Brésil, me répondait-on partout, nous n'avons rien sur ce pays.

« On ne va pas au Brésil, ajoutait-on, et d'ailleurs, qu'irezvous faire dans ces régions peu fréquentées? Il n'y a rien d'intéressant qui puisse vous y attirer, etc., etc. »

Comme je savais à quoi m'en tenir, je continuai mes fouilles et ce ne fut que plusieurs jours après que, grâce aux indications de la Légation de Portugal, j'appris l'existence à Paris

d'une (( Commission brésilienne d'expansion économique », où je pourrais probablement trouver quelques renseignements utiles.

Ma bonne étoile me conduisit à son siège, 28, boulevard des Italiens. J'étais sauvé.

Je rencontrai dans cet établissement l'hospitalité la plus cordiale ; quand j'eus exposé le but de ma visite, chacun se mit en quatre pour me donner toutes les indications et me fournir les renseignements dont je pouvais avoir besoin.

Apres deux heures passées auprès des aimables secrétaires, MM. de Castro Guimaràes et Moutier, qui devaient devenir plus tard d'excellents amis, je partis, chargé d'une pile de cartes et de documents variés; il m'était désormais facile d'établir mon itinéraire et de préciser les points intéressants à visiter.

Cette Mission, dirigée par M. Vieira Souto, auquel j'eus l'honneur d'être présenté, l'un des hommes les plus éminents du Brésil, connaissant à fond les sciences économiques et les lois qui régissent les relations internationales ; cette Mission, dis-je, est, à mon avis, le trait d'union indispensable entre le Brésil et la France.

Maintenant que devenu, par mes nouvelles amitiés, un tantinet Brésilien, ce dont je suis fier ; connaissant un pays oil, j'ai pu le constater, les ressources naturelles du sol sont infinies et inépuisables ; oil nos relations de peuple à peuple, toujours amicales, ne peuvent manquer de se traduira fatalement par d'énormes transactions, à l'avantage des deux parties ; maintenant, seulement, je le répète, je puis me rendre compte du rôle capital que représente à Paris ce centre hospitalier, foyer de science et d' expérience coynmerciales, oii l'on est assuré de rencontrer auprès du Chef éminent qui se trouve à sa tête, aide et assistance, avec les documents les plus minutieux et les renseignements les plus pratiques.

Un joli musée est à la disposition des visiteurs, exposant toute la série des produits brésiliens qui peuvent intéresser le voyageur ou le commerçant: collections variées de bois, .de minéraux, de fibres textiles de toutes sortes; échantillons de café, de maté, de caoutchouc, etc., etc. Ajoutez à cela les docu-

ments imprimés, les journaux, et surtout des guides d'une complaisance inépuisable.

Si je parle ainsi, d'une façon aussi nette, c'est que j'ai pu apprécier l'étendue des services rendus.

Qu'il me soit permis de témoigner particulièrement toute ma reconnaissance à M. Vieira Souto, qui, avec un tact et une délicatesse que je ne saurais oublier, spontanément, sans la moindre demande de ma part, ce qui double la valeur du procédé, a bien voulu encourager mon entreprise, au nom de son pays, en s y associant pécuniairement, diminuant ainsi pour moi les dépenses forcément assez considérables d'un pareil voyage.

Que MM. les Ministres Sa et Rodrigues, qui m'ont si favorablement accueilli à Rio, veuillent bien également agréer tous mes remerciements pour le généreux appui qu'ils ont bien voulu me prêter. Grâce à eux, j'ai pu circuler librement et gratuitement sur les réseaux brésiliens!

On voit l'accueil que le Brésil réserve aux Français qui viennent visiter son beau pays. J'aurai lieu de revenir maintes fois sur cette question de l'hospitalité qui est une vertu nationale.

Pour terminer, je serais ingrat si je ne mentionnais pas également l'appui que j'ai trouvé en France.

Le ministère de V Instruction publique avait daigné m'accorder une mission « gratuite »/ Notre pays est si pauvre que je ne pouvais espérer davantage !

On sait que cette faveur consiste en ime belle feuille de papier, aux timbres imposants, recommandant le porteur à toutes les autorités françaises à l'étranger.

C'est peu, dira-t-on; mais, bien qu'au commencement de janvier, il n'y avait plus d'argent disponible. Devant ce cas de force majeure, il ne restait qu'à s'incliner.

J'ai compris facilement d'ailleurs que la somme de mille francs que la Commission des Missions scientifiques m'avait accordée à l'unanimité était vraiment exagérée et constituait une menace pour l'équilibre du budget.

Quant à certaine compagnie de chemin de fer que, par pudeur, pour la générosité de notre pays, je ne désignerai pas plus clai-

rement, elle n'avait pas cru « pouvoir accorder de réduction sur sa ligne » à la Mission officielle que je représentais ! !

Les ministres Sa et Rodrigues, en m' offrant le remboursement intégral de mes frais de route sur les réseaux brésiliens, ont bien ri de cette pingrerie administrative !

On voit, en résumé, que la France sait faire au besoin de grands sacrifices pour favoriser les quelques voyageurs qui, comme votre humble serviteur, se rendent à V étranger dans un but scientifique et forcément plus ou moins patriotique.

Cest en persévérant dans cette voie féconde et généreuse que notre pays ne peut manquer de voir progresser fatalement, sur les rives lointaines, son prestige et son influence !

Nous avons lu un grand nombre d'excellents ouvrages sur le Brésil, faisant notre profit des précieux renseignements qui pouvaient s'y rencontrer. On les retrouvera forcément reproduits dans ce volume. Nous aurons toujours soin d'indiquer les sources auxquelles nous avons puisé et nous terminerons par un index bibliographique aussi complet que possible.

S'il nous arrivait de faire une citation, et d'omettre le nom de son auteur, nous croyons devoir nous en excuser dès maintenant. Sous peine d'être incomplet, en matière de statistique, surtout, nous avons dû puiser un peu partout certains renseignements qui nous étaient indispensables. En les reproduisant, nous éviterons à ceux qui nous liront la peine de faire à leur tour des recherches, souvent longues et compliquées.

Le but de nos prédécesseurs étant de faire connaître tout ce qui peut intéresser la vie brésilienne, sous ses aspects les plus variés, ils ne nous en voudront pas de rééditer, pour les répandre davantage, si c'est possible, les idées qui nous auront surtout intéressé, dans la lecture de leurs savants ouvrages.

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