CHAPITRE XII
Géologie et minéralogie du Brésil.
Avant de parler en particulier de chacune des nombreuses espèces miner alogiques que nous avons eu l'occasion d'observer dans le courant de notre voyage et dont nous avons pu rapporter de magnifiques échantillons, nous commencerons par quelques considérations générales sur la géologie du Brésil, faisant un large emprunt à l'exposé si clair qui figure à ce sujet dans le magnifique ouvrage publié récemment par la Commission d'Expansion économique du Brésil (i) :
« La base du vaste plateau brésilien est constituée par une grande série de roches, qui se divisent en deux groupes principaux.
« Le premier et le plus ancien est formé de gneiss, de granit, de syénites et de micaschistes; le calcaire y est relativement rare. .
« Le second est composé de schistes, de quartz, d'itabirites et de calcaires.
« Le groupe le plus ancien appartient au système laurentien; il est bien développé dans la Serra do Mar, la Serra de Mantiqueira et sur plusieurs autres points.
« Les dépôts métallifères sont rares dans les roches de ce groupe. Il existe des gisements de minerai de fer, ordinairement d'oxyde magnétique et de graphite; dans le nord de l'État de Minas, surtout dans les municipes d'Arassuahuy et de Salinas, on trouve des dépôts de gemmes colorées : tourmalines de couleurs variées, aigues-marines, dont quelques-
(i) Le Brésil, ses richesses naturelles, ses industries, Paris, Aillaud et C*^,
unes ont la coloration de la véritable émeraude, béryls, grenats, cymophanes, triphanes, andalousites dichroïques. « Nous reparlerons plus loin de chacune de ces espèces. « Le second groupe, qui appartient au système huronien, contient des gisements d'or, de fer, de plomb, etc. C'est dans ces roches que se font les exploitations.
« Ce terrain est bien développé dans les montagnes d'Bspinhaço, de Canastra et de Matta da Corda, État de Minas Geraes et dans les montagnes de Goyaz.
« Dans plusieurs États se trouvent des dépôts bien caractérisés des périodes silurienne, dévonienne et carbonifère.
« Les formations carbonifères du Nord sont marines et la faune, analogue à celle du carbonifère des États-Unis de l'Amérique du Nord. Les sondages pratiqués dans ces régions, et limités aux couches supérieures, n'autorisent pas à conclure avec précision à la non-existence de combustible.
« Dans le Sud, les terrains dévonien et carbonifère occupent une vaste étendue des États de Sâo Paulo, Paranâ, Santa Catharina et Rio Grande do Sul et s'étendent très probablement vers l'Ouest, vers ceux de Minas et de Matto Grosso.
« Connus depuis de longues années et examinés par des géologues brésiliens et étrangers, ces terrains sont étudiés actuellement par un autre géologue distingué, le D^" White; les sondages ont permis de vérifier l'étendue et l'importance du bassin carbonifère et la puissance des différentes couches de combustible.
« Ces bassins appartiennent tous à une même époque, correspondant à la partie supérieure du carbonifère ou au commencement du permien.
« Ils sont analogues aux couches de Newcastle et de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie; du bassin de Merce}^ en Tasmanie, de Karharbari, dans l'Inde; de Kimberley, dans l'Afrique du Sud; de Bajo de Velis, dans la République Argentine.
« Les formations quaternaires sont représentées par de nombreux bassins, en général peu étendus.
« C'est à elles qu'appartiennent les sables diamantifères et aurifères, qui contiennent fréquemment du platine et aussi
les dépôts des cavernes calcaires, avec leurs fossiles intéressants.
(( Il existe, dans l'Etat de Minas Geraes, des eaux thermales sulfureuses à 45°, qui sortent d'une roche abondante dans la région : le phonolithe, d'aspect plus ou moins décomposé et contenant des cristaux d'analcime et de foyaite, cette dernière formant en grande partie les montagnes d'Itatiaia, Pieu, etc.
« On y voit aussi des basaltes leucitiques, des leucitoporph^'res avec des leucites transformées en néphéline et en orthose. I,es basaltes riches en péridot existent à Fernando de Xoronha et dans d'autres îles d'origine volcanique.
« A Cabo Frio, Campo Grande et autres localités de l'État de Rio, on trouve des roches basaltiques et trach3^tiques et, dans la région d'Abaeté, État de Minas, la variété de basalte, dite « limburgite ».
(( Nous avons, dans nos excursions, observé sur place la plupart de ces roches, dont nous avons rapporté de nombreux échantillons, qui feront l'objet d'un travail d'ensemble.
« Nous en reproduisons ici quelques exemplaires à titre documentaire, d'après des photographies microscopiques que ;ious avons exécutées à notre laboratoire. »
Nous allons maintenant passer en revue les principales espèces minéralogiques qui peuvent avoir quelque application dans l'industrie.
Si tious voulions les signaler toutes, il nous faudrait, pour ainsi dire, faire un traité de minéralogie, aucune nation ne recelant dans son sol une semblable variété de types.
Nous les partagerons, pour la description, en trois classes : les Silicates, les Combustibles, les Métaux et leurs composés.
A. SILICATES. — lo Quartz hyaun (cristal de roche). — Il cristallise le plus habituellement sous forme d'un prisme hexagonal, terminé par une pyramide à six faces triangulaires.
Mais il peut présenter un grand nombre de modifications sur ses faces.
PYROXÉNITE AI.TÉRÉB (Sabara).
Pyrite de fer, en noir; Feldspath, Pyroxène. — I^umière directe : 150 diamètres.
PORPHYRITE ALTÉRÉE (Itambé). — Composition analogue. L,umière directe : 150 diamètres.
SYÉNITE (Matipo). — Quartz fondu, Feldspath, ^lica, Pyroxène. lyumière directe : 150 diamètres.
PORPHYRE AI^TÉRÉ {Mono Velho). — Feldspath, Pyroxène, Chlorite. Lumière directe : 150 diamètres.
PORPHYRE AlyTÉRÉ {Cubas). — I^umiére directe : 150 diamètres.
PORPHYRITE AI,TÉRÉE [Trtpuy). — Calcite, Feldspath, Pyroxène. I.umière directe : 150 diamètres.
rORPHYRITE PYROXÉNIQUE {Ania de Sa).
Lumière directe : 150 diamètres.
a^ORPHYRITP: AI^TÉRÉE {Morro Velhc). — I^umière directe: 150 diamètres.
M. le Dr de Mello, l'un des éminents professeurs de l'École militaire de Rio, possède une superbe collection de minéraux du Brésil, dans laquelle il nous a été possible d'admirer surtout une remarquable série représentant toutes les variétés cristallographiques de cette espèce.
AMPHIBOI.ITE AI^TÉRÉR {Abaeté}.
Prédominance de fer sulfuré, Pj'roxène, Amphibole,
lyUmière directe : 150 diamètres.
Composition. — Le quartz hyalin est formé de silice presque pure. Sa formule est SiO^
Gisements. — Très répandu dans tous les États du Brésil, il se rencontre surtout dans l'État de Minas, où il se montre en superbes cristaux hyalins à Congonhas do Campo, ainsi que dans la montagne de Crystaes, en se rapprochant de Goyaz. On le trouve dans cette dernière localité, sous forme de filons intercalés au milieu des gneiss profondément décomposés. Ivcur exploitation est très facile : on n'a qu'à recueillir
les cristaux sur place, après les fortes pluies qui ont entraîné l'argile et les sables avec lesquels ils étaient mélangés. lyC transport est plus coûteux. Il se fait à dos de mulets ou au moyen de chars à bœufs des plus primitifs jusqu'à Araguary, ville de l'État de Minas Geraes et, de là, par chemin de fer, jusqu'aux ports de Santos et de Rio de Janeiro, qui se partagent cette exportation (i).
La forme bipyramidée se trouve également dans les mêmes
Quartz hyalin maclé, provenant de Pitanguy, près du San Francisco.
localités, ainsi qu'à Sete Lagoas, Pitanguy et aux environs de la ville de Marianna.
Nous avons rapporté, pour notre collection, une macle fort curieuse, d'une limpidité merveilleuse, que nous devons à l'amabilité du D^ Costa vSena qui a bien voulu nous la. céder.
Nous signalerons également la fréquence des inclusions. C'est ainsi que certains cristaux renferment des aiguilles de
(i) Calogeras, As minas do BraziL
tourmaline, de l'actinote, du disthène et même de la topaze, etc. lyes plus beaux échantillons proviennent de Diamantina.
Commerce. — Le quartz présente de nombreuses applications dans l'industrie, surtout pour l'optique et la chimie. On fabrique actuellement des creusets et des coupelles en quartz fondu, d'une assez grande valeur.
Il est assez difficile de donner le chiiïre exact de l'exportation, qui est très importante.
Bn 1902, d'après V Office de statistique commerciale, elle a été de 35.459 kilogrammes, dont 18.391 kilogrammes pour la France, 14.028 pour l'Angleterre; 3.040 pour l'Allemagne.
En 1903, elle est descendue à 22.292 kilogrammes.
lyC prix du kilogramme, en 1902, était de 2 fr. 25 environ. Bn 1903, il s'est produit une légère augmentation.
Améthyste. — Cette pierre plus ou moins colorée en violet, probablement par l'oxyde de manganèse, présente la même composition que le quartz et cristallise de la même façon.
C'est la carrière des Americanas, dans l'État de Minas Geraes, qui fournit les plus belles améthystes.
Cependant, on en trouve également dans les États de Bahia, Goyaz et Rio Grande do Sul.
A Salinas, à Caldas, il en existe aussi des gisements.
Comme le fait observer M. Calogeras (i), il est difficile de savoir quelle est son importance commerciale, attendu qu'à la douane on la confond avec les tourmalines et d'autres pierres colorées.
J'ajouterai que j'ai pu rapporter également des mêmes localités de jolis échantillons de quartz plus ou moins noir, dit quartz enfumé.
Signalons enfin le quartz rose du municipe do Rio Pardo et une variété rougeâtre trouvée à Salinas.
Outre le quartz cristallisé dont nous venons de parler, on
. (i) Calogeras, .-^5 minas do Brazil, vol. I, p. 420 et suivante.
trouve au Brésil d'autres minéraux de même composition chimique et qui donnent lieu à un trafic considérable; je veux parler des agates et de certains jaspes.
Agates. — Elles proviennent surtout de l'Etat de Rio Grande do Sul et offrent une grande variété.
Elles forment quelquefois des rognons volumineux et servent alors à la confection de vases précieux ou d'objets de fantaisie.
On peut les colorer artificiellement et varier les teintes à l'infini.
C'est ainsi qu'en les faisant baigner successivement dans des solutions de sels de fer et de cyanure jaune de potassium, on obtient des pierres d'un bleu magnifique.
Les cornalines s'obtiennent par des moyens analogues. Cependant, il en existe de naturelles aux environs de la ville d'UrugU3'ana.
Enfin, on a signalé également des exploitations de jaspe, surtout aux environs de la ville de Santa Luzia, sur la rive droite du Rio de Velhas, où cette matière donne lieu à un commerce assez étendu de petits objets d'art et notamment de petites statuettes assez recherchées (i).
2^ ANDAI.OUSITE. — C'est un silicate d'alumine : SiO''Al[A10].
ly'andalousite cristallise en prisme rhomboïdal droit de 90O44'. Cassure inégale, esquilleuse.
Rarement transparente, ordinairement translucide ou opaque, elle se montre diversement colorée : gris-perle, rouge de chair, brun rougeâtre, plus rarement verte.
Au Brésil, on trouve une variété roulée, dite dichroïque. qui,.
(i) Nous avons vu, à Ouro-Preto, un magnifique groupe de quartz hyalin composé d'une gerbe de huit ou dix gros cristaux absolument transparents, du centre desquels émergeait un gros bloc formé par l'accolement de cristaux plus petits, irréguliers, ayant l'aspect de trémies, le tout formant un ensemble des plus intéressants. Ce superbe échantillon, de 50 centimètres de hauteur, avait, je crois, été déposé chez M. le D'" Costa Sena, pour être vendu. Ce serait une pièce d'élite pour un riche Musée. Je ne crois pas qu'il se soit encore trouvé d'acquéreur.
-polie et travaillée, fournit d'assez belles pierres. Leur dureté ^=7,5. La densité ==3,1 à 3,2.
Biles atteignent quelquefois, quand elles sont bien limpides et de belles nuances, des prix relativement élevés.
Gisement. — On rencontre l'andalousite dans certains graviers, principalement dans les affluents du Rio Jéquitinhonha, dans la province de Minas Geraes.
On l'a trouvée également en cristaux roulés, transparents, de couleur verte et rouge et à poussière rose, mélangée aux cymophanes de la Serra de Jéquitinhonha, entre Bahia et ^io de Janeiro.
Nous en possédons un joli échantillon donné jadis par M. Damour, qui avait étudié spécialement cette espèce.
30 DisTHÈNE. — Très voisin de l'andalousite, comme composition, le disthène se trouve assez répandu au Brésil. Nous l'avons recueilli aux mines de fer d'Itabira; mais, il est fort rare de trouver des cristaux assez transparents pour être utilement travaillés dans la bijouterie. On l'a encore signalé dans le municipe de Boa Vista, de Tremedal (Minas Geraes) et à Cova da Onça, aux environs de S. Vicente, municipe d'Ouro-Preto, où il est associé à la pyrophillite.
Sa dureté, assez faible, contribue encore à lui enlever toute valeur commerciale.
40 Amiante (silicate de chaux et de magnésie). — A été rencontrée en plusieurs localités : à Taquaral, près de Ouro Preto; à Roças-Novas, municipe de Caeté; aux mines de manganèse de Bocaina, près Miguel Bumier, station du chemin de fer d'Ouro Preto.
C'est à Roças No vas que se trouve la meilleure qualité, recherchée surtout pour la longueur de ses filaments.
Cette matière constitue un commerce assez étendu, ses applications multiples dans l'industrie devenant de jour en jour plus nombreuses.
50 Arguées. — Ocres. — Ces substances sont actuellement employées à la confection de nombreux produits céramiques, •depuis les poteries ordinaires jusqu'à la porcelaine dure.
Dans plusieurs centres, Caété, Barbacena, Sào Paulo, Rio de Janeiro, se sont fondés des établissements qui fournissent actuellement presque la totalité de certains objets, tuyaux de conduites d'eau, etc., que l'on faisait venir il y a peu de temps encore d'Angleterre ou de France.
Les principaux gisements d'argile sont situés à Itabira de Matto Dentro ou à Santa Luzia do Rio das Velhas.
Ses ocres, communes un peu partout, surtout dans la province de Minas Geraes, sont exploitées surtout à Sâo Joào del Rey et près d'Ouro Preto.
6" Mica. — Le mica est un silicate d'alumine avec addition d'autres substances (fer, magnésie, soude, potasse), qui contribuent à en faire autant de variétés.
Ses nombreuses applications dans l'industrie du chauffage, des machines électriques, de l'éclairage, etc., sont cause que le développement de son commerce a considérablement augmenté dans ces dernières années.
L'exportation actuelle peut se chiffrer par un minimum de 30.000 kilogrammes.
Gisements. — Assez nombreux : Bspirito Santo do Carangola, station de Bicas, sur le chemin de fer Leopoldina; Gidade da Conceiçâo. On le rencontre fréquemment dans les chaînes de montagnes de la Serra do Mar et de la Mantiqueira, sur le territoire des États de Minas Geraes et de Rio de Janeiro et surtout, dans celui de Matto Grosso, où il est le plus exploité et où l'on trouve des plaques de plusieurs décimètres carrés de superficie.
Nous citerons, pour mémoire, un autre silicate, le talc, susceptible également d'un certain commerce.
On le trouve dans de nombreuses localités : S. Sebastiào de*Marianna; Cidade do Serro; Santa Rita, près Ouro Preto; Cattas Altas de Matto Dentro, municipe de Santa Barbara; Cachoeira do Campo, près Ouro Preto, etc., etc.
70 Triphane. — [SiO'j^Al (Li, Na). — Cette espèce a été trouvée un certain moment en assez grande quantité aux environs d'Arassuahy, en cristaux transparents, un peu jaunâtres, et ressemblant au cj^mophane.
Taillée, elle possède un certain éclat; mais sa dureté ne dépasse pas celle du quartz.
8° Bmeraude et Béryl. — Sous ces deux noms, on confond une seule et même espèce qui est un silicate de glucine, dont la formule est [SiO']^Al-Be\
L'émeraude proprement dite n'a jamais été trouvée au Brésil, ainsi que le déclare M. Gorceix, bien que chez les bijoutiers de Rio, on offre souvent sous ce nom des pierresde teinte plus ou moins verte. Ce ne sont généralement que des tourmalines. Quand la couleur est un peu vive, une légère confusion est possible tout d'abord, mais elles n'ont jamaisl'éclat de l'émeraude véritable.
lyC Béryl présente les caractères suivants : prisme hexagonal régulier. I^a forme dominante est celle d'un prisme hexagonal portant quelquefois des modifications sur les arêtes verticales,, sur les arêtes horizontales et sur les angles. Clivage suivant la base. Cassure conchoïdale ou inégale. Transparente ou translucide. Éclat vitreux.
Couleurs variables : vert de diverses nuances, bleu plus ou moins clair, jaune, incolore.
Iva dureté est 7,5 à 8.
Le béryl se trouve, en général, en cristaux disséminés (^u implantés dans les roches granitiques ou schisteuses, principalement au milieu des j^egmatites, des micaschistes et desschistes argileux. Il se rencontre aussi dans les filons qui les traversent ou dans des gîtes analogues, qui, quelquefois,, remontent jusqu'à des schistes et des calcaires compacts d'une époque assez moderne.
Gisements. — Les cristaux de béryl et d'aigues-marines du Brésil proviennent du Nord de l'État de Minas Geraes, principalement du bassin de l'Arassuahy, affluent du Rio Je^uitinhonha et de ceux de petits cours tributaires du Mucury, qui prennent , comme le premier, leurs sources dans la chaînede montagnes portant le nom trompeur de « Serra das Esmeraldas » (i).
(i) Gorceix, Ressources minérales du Brésik